Mars : un demi million de tirs laser pour ChemCam

Autoportrait du robot Curiosity pris le 11 mai 2016 sur le lieu de forage du rocher "Okoruso", sur le "plateau Naukluft", au pied du Mont Sharp. Cette scène est une mosaïque de plusieurs clichés pris avec la caméra montée sur un bras, MAHLI

La caméra laser ChemCam, montée sur le robot Curiosity qui vient de fêter ses cinq ans de pérégrinations sur Mars, vient d’effectuer son 500.000ème tir laser pour analyser les roches sur la planète rouge.

ChemCam, développée avec la participation du Cnes (Centre national d’études spatiales), du CNRS (Centre national de la Recherche scientifique) et de l’Université Paul Sabatier via leur Institut de recherche en astrophysique et planétologie (IRAP) basé à Toulouse, permet l’analyse des roches et des sols autour du robot de la Nasa.
Jusqu’à présent, cet instrument a réalisé 15.000 points de mesure et recueilli plus de 10.000 images, ce qui a «donné lieu à plus de 50 publications scientifiques, ce qui constitue une bibliothèque de composition des sols de Mars sans précédent », s’est félicité le Cnes dans un communiqué. Par ailleurs, 15 échantillons de roches et du sol ont été analysés.

La caméra laser ChemCam, développée avec la participation du Cnes (Centre national d'études spatiales), du CNRS (Centre national de la Recherche scientifique) et de l’Université Paul Sabatier via leur Institut de recherche en astrophysique et planétologie (IRAP) basé à Toulouse, Crédit : Cnes

La caméra laser ChemCam, développée avec la participation du Cnes (Centre national d’études spatiales), du CNRS (Centre national de la Recherche scientifique) et de l’Université Paul Sabatier via leur Institut de recherche en astrophysique et planétologie (IRAP) basé à Toulouse. Crédit : Cnes

Construit par Thales Optronics, le laser ChemCam est le plus puissant opérant à la surface d’une planète extra-terrestre : Pouvant « tirer » jusqu’à 9 m ; il permet, sans déplacer le robot, de faire une présélection des roches intéressantes à étudier. Il produit une impulsion de lumière infrarouge de quelques milliardièmes de secondes, vaporisant la roche à plus de 8.000°C. Le plasma qui en résulte est analysé à distance en spectroscopie UV-visible.
ChemCam possède également une caméra (RMI – Remote Micro-Imager qui fournit une image à haute résolution de l’échantillon.

Vue de la crête Vera Rubin prise par ChemCam sur le robot Curiosity de la Nasa, montrant des couches de sédiments et des dépôts de minéraux. Ce cliché a été pris le 3 juillet 2017. Crédit: NASA/JPL-Caltech/CNES/CNRS/LANL/IRAP/IAS/LPGN

Vue de la crête Vera Rubin prise par ChemCam sur le robot Curiosity de la Nasa, montrant des couches de sédiments et des dépôts de minéraux. Ce cliché a été pris le 3 juillet 2017. Crédit: NASA/JPL-Caltech/CNES/CNRS/LANL/IRAP/IAS/LPGN

Toutes les données recueillies par ChemCam sont transmises chaque jour vers le FIMOC (French Instruments Mars Operations Centre), sur le site du Cnes à Toulouse, et les quelque 120 scientifiques dans le monde (géologues, biologistes, minéralogistes…) qui travaillent sur la mission.

Chemcam met au jour une planète habitable

Chemcam et SAM (Sample Analysis at Mars), autre instrument de Curiosity conçu avec la participation de la France, ont permis depuis le début de la mission du robot de la Nasa, «d’identifier toutes les caractéristiques d’une planète habitable », a souligné pour sa part l’INRAP dans un communiqué célébrant ce 500.000 ème tir.
Ils ont ainsi observé «des anciennes rivières, un delta qui remplissait un lac dont l’eau avait un PH neutre et une température de plus de 30°C (…) des veines minérales témoignant d’une activité aqueuse souterraine prolongée, (…) et ils ont catalogué des sources de sédiments », a énuméré l’IRAP.
Ces découvertes ont été réalisées au fond du cratère Gale, dans la zone dénommée Yellowknife Bay, où Curiosity s’était posée le 6 août 2012.

Photo du cratère Gale prise par le robot Curiosity, où il a atterri le 6 août 2012      Crédit : NASA/JPL-Caltech/MSSS

Photo du cratère Gale prise par le robot Curiosity, où il a atterri le 6 août 2012
Crédit : NASA/JPL-Caltech/MSSS

A l’assaut du Mont Sharp

Depuis, son arrivée, le robot de 900 kilos a parcouru un peu plus de 17 km. Après avoir roulé dans le cratère Gale, il s’est attaqué à l’ascension du Mont Sharp pour examiner, entre autres, des couches d’argile qui pourraient permettre de déterminer combien de temps l’eau a pu rester sur Mars, et sous quelles conditions.
Il est désormais arrivé au sommet d’une crête, baptisée Vera Rubin.

Les chercheurs ont utilisé 70 photos prises le 13 août 2017 par la caméra du mât de Curiosity pour obtenir une vue détaillée de la crête Vera Ridge du Mont Sharp, vers laquelle se dirige le robot Crédit: NASA/JPL-Caltech/MSSS

Les chercheurs ont utilisé 70 photos prises le 13 août 2017 par la caméra du mât de Curiosity pour obtenir une vue détaillée de la crête Vera Ridge du Mont Sharp, vers laquelle se dirige le robot
Crédit: NASA/JPL-Caltech/MSSS

Saluant le 500.000 ème tir de ChemCam, le président du Cnes, Jean-Yves le Gall, a rappelé qu’en 2020, « un nouveau rover sera lancé en direction de Mars, équipé du successeur de ChemCam, SuperCam », capable de détecter des molécules organiques, traces d’éventuelles formes de vie passée. « Pionnier dans l’exploration de Mars, le CNES démontre, une fois de plus, qu’il invente l’espace de demain», s’est-il félicité.