Falcon Heavy entre dans l’histoire

Falcon Heavy entre dans l’histoire

Le nouveau lanceur de SpaceX a quitté avec succès la Floride, donnant à Elon Musk l’occasion de faire rêver les gens en montrant un roadster Tesla dans l’espace avec la Terre en arrière-plan !

Le bouillant patron de SpaceX avait annoncé la couleur à plusieurs reprises, évoquant lui-même un risque de feu d’artifice et estimant que si le Falcon Heavy explosait suffisamment loin du pas de tir LC-39A pour ne pas l’endommager, ce serait déjà un succès…
Étant donné que pour ce vol inaugural seule la récupération de l’étage central ne s’est pas déroulée selon les plans, Elon Musk a pu qualifier de réussite ce «test flight» (vol d’essai) lors d’une conférence de presse (voir plus bas).

Falcon Heavy : le lanceur le plus puissant en service

Le 6 février, le compte à rebours de ce vol inaugural n’aura connu des reports successifs de l’heure de décollage qu’en raison de la météo. Les équipes de SpaceX surveillaient les vents en haute altitude qui dépassaient les critères de sécurité. Au final, la situation météo s’améliorant, le feu vert a été donné et le premier Falcon Heavy s’est envolé à 15h45 heure locale de Floride. Rappelons qu’il partait du pas de tir LC-39A loué à la NASA au centre spatial Kennedy. Ce pas de tir a vu le départ de missions Apollo (dont 11) et de navettes.

Ci-dessous, l’enregistrement du direct vidéo de SpaceX.

L’envol commence à 21:50 dans cette vidéo. Le Falcon Heavy consiste en 3 premiers étages de Falcon 9 accolés les uns aux autres. Ce sont donc 27 propulseurs Merlin qui s’allument produisant une poussée de 2200 tonnes, ce qui en fait le lanceur le plus puissant en service actuellement.

On notera l’incroyable retour en parallèle des 2 étages latéraux qui se posent presque simultanément sur leur zone réservée à quelques kilomètres du lieu d’envol ! Une séquence à revoir à partir de 24:30 pour la séparation et 29:40 pour l’atterrissage.

En revanche, Elon Musk a confirmé que l’étage central n’est pas revenu sur la barge en mer et a heurté l’océan non loin de cette dernière à plus de 480 km/h. En effet, 1 seul moteur sur les 3 prévus s’est rallumé et la vitesse d’arrivée fut du coup excessive.

Ci-dessous, 3 photos SpaceX du lancement et du retour des 2 étages latéraux.

Un roadster Tesla dans l’espace avec Starman au volant

Au regard des nombreux défis de ce vol d’essai, et des inconnues qui subsistaient, on peut estimer que le succès est au rendez-vous pour les équipes de SpaceX. Elon Musk a aussi réussi un extraordinaire coup de com avec son roadster Tesla qui se retrouve dans l’espace. En effet, après 3 minutes et 49 secondes de vol, la coiffe est éjectée et le véhicule apparaît sur fond de Terre avec «Starman» au volant (43:10 dans la vidéo citée plus haut). Ce Starman est en fait un mannequin qui porte la combinaison envisagée pour les futures capsules habitées de SpaceX.

Par la suite, SpaceX diffusera en direct des vues vidéo du roadster Tesla et de Starman voguant dans l’espace sur orbite autour de notre planète. Des images carrément hypnotisantes qui fascinent sur les réseaux sociaux assurant à la marque de voitures électriques une publicité hors de portée de la concurrence ! N’oublions pas que le constructeur Tesla appartient à Elon Musk.

Ci-dessous, le flux vidéo du roadster avec plusieurs caméras embarquées qui était en direct avant de basculer en replay.

Au-delà de cette communication originale, il s’agit aussi pour le deuxième étage auquel la voiture est attachée de démontrer sa capacité à rallumer son unique propulseur Merlin plusieurs fois même après plusieurs heures, ce qui donne beaucoup de flexibilité pour certaines missions.

Là aussi le succès est au rendez-vous puisqu’Elon Musk a confirmé sur son compte Twitter la troisième et dernière remise en route du deuxième étage.

Cette ultime mise à feu devait envoyer l’étage et la voiture sur une orbite entre la Terre et Mars (mais le roadster n’ira pas sur Mars car ce serait une violation des règles de protection planétaire). On remarque qu’Elon Musk précise que l’orbite suivie (trajet vert dans le schéma joint au tweet) dépasse finalement largement de la planète rouge pour s’aventurer jusqu’à la ceinture d’astéroïdes entre Mars et Jupiter !
Mise à jour : les derniers paramètres communiqués par SpaceX sont différents, nous en parlons dans cet article « Où va la voiture d’Elon Musk« .

Elon Musk pense déjà à l’après-Falcon Heavy !

Les félicitations ont été de rigueur avant même le troisième et dernier rallumage du deuxième étage. Sur Twitter, plusieurs astronautes ont salué le vol inaugural du Falcon Heavy, mais aussi Tory Bruno, le patron d’United Launch Alliance (Boeing et Lockheed Martin), société rivale de SpaceX sur le marché des lancements.

Le Président des États-Unis Donald Trump n’a pas manqué de commenter cette réussite qui selon lui «montre l’ingéniosité américaine à son meilleur».

Jan Woerner, le directeur général de l’Agence Spatiale Européenne (ESA) s’est joint au concert de louanges avec un sobre «Félicitations».

Beaucoup de félicitations aussi de la part des journalistes présents à la conférence de presse d’Elon Musk après ce vol (vidéo ci-dessous).

L’avenir du Falcon Heavy est abordé car le nouveau lanceur de SpaceX a pour le moment 2 missions commerciales (2 satellites de télécommunications) dans son carnet de commandes. Le patron de SpaceX a évoqué d’éventuels vols militaires tout en faisant un appel du pied à la NASA pour l’exploration robotique en parlant de la possibilité d’envoyer une sonde directement vers Pluton sans recours à l’assistance gravitationnelle.

Toutefois, il est clair que les vols habités pour la NASA vers la Station Spatiale Internationale avec le vaisseau Dragon Crew se feront en employant le Falcon 9 comme lanceur. La performance supérieure du Falcon Heavy est en effet inutile pour de telles missions. Pour Elon Musk, une fois que la version Block 5 du Falcon 9 et que le Dragon Crew seront au point (un vol pourrait se produire à la fin de l’année) SpaceX doit se concentrer sur le Big Falcon Rocket ou BFR. Ce dernier n’est qu’un projet, mais pour le patron de SpaceX ce lanceur potentiellement réutilisable en intégralité pourra tout faire ou presque ! Lancements de satellites même très massifs comme d’ambitieux observatoires spatiaux, vols habités vers l’ISS, missions lunaires, etc. La flexibilité souhaitée donne le vertige puisque le BFR devrait même être capable de transporter des passagers d’un bout à l’autre du monde en moins d’une heure en adoptant un profil de vol suborbital ! La vidéo SpaceX ci-dessous explique ce concept.

Enthousiasmant sur le papier, une telle application du BFR pose cependant de nombreuses questions, notamment les contraintes d’accélérations imposées aux passagers plus une phase d’impesanteur ! Ce sera certes bien plus court qu’un vol sur un avion de ligne, mais aussi bien plus sportif…

En ne prenant en compte que les autres usages plus classiques du BFR, le Falcon Heavy ne serait-il alors du coup qu’un lanceur de transition ? Tout d’abord, n’oublions pas que le développement du BFR pourrait demander plus de temps que prévu, à l’image du Falcon Heavy qui devait s’envoler pour la première fois en 2013. Ainsi, dans l’immédiat, SpaceX dispose avant tout d’un nouveau lanceur qui lui donne accès à une part du marché des lancements qui lui échappait tout en confirmant, si besoin était, sa capacité à communiquer de façon originale. Le roadster Tesla avec un «astronaute» au volant voguant dans l’espace avec la Terre en arrière-plan est en effet déjà une des images iconiques de l’astronautique.

Crédit : SpaceX

Crédit : SpaceX