Les Figures de l’Ombre : les héroïnes méconnues du spatial

Les Figures de l’Ombre : les héroïnes méconnues du spatial

Marraine de la Cité de l’espace, l’astronaute Claudie Haigneré a beaucoup apprécié ce film qui évoque les discriminations sexiste et raciale tout en rendant hommage au rôle souvent méconnu, mais essentiel, des équipes au sol.

Réalisé par Théodore Melfi, Les Figures de l’Ombre se déroule pour l’essentiel au centre Langley de la NASA en Virginie alors que l’Amérique tente d’envoyer un astronaute sur orbite dans le contexte tendu de la course à l’espace avec l’Union Soviétique dans les années 1960.

En avant-première à la Cité de l’espace

Adapté d’un livre du même nom de Margot Lee Shetterly, Les Figures de l’Ombre se concentre sur 3 femmes Africaines Américaines spécialisées dans les calculs et qui doivent affronter une double discrimination : celle d’être femmes et celle qui découle de la couleur de leur peau. La force du film est de ne jamais se transformer en discours militant, mais de montrer leur parcours fait de volonté et de courage. Si Les Figures de l’Ombre n’est pas un documentaire comme le souligne l’historien en chef de la NASA Bill Barry interviewé par la Cité de l’espace ci-dessous, il retranscrit toutefois avec justesse le climat de l’époque où l’Amérique luttait pour ne pas se laisser distancer par les exploits spatiaux soviétiques tout en faisant face aux problèmes que posait la ségrégation.

Dans son interview, Bill Barry rappelle d’ailleurs que «beaucoup de grandes contributions à la NASA sont le fait de gens qui étaient des immigrants, ou des minorités, ou de groupes religieux que l’on n’associerait pas avec l’image habituelle de la NASA». Il précise même qu’au sein de l’agence américaine «on veut être certain qu’une personne qui a ces compétences et aptitudes ne soit pas écartée de la NASA en raison de son apparence».
Un message qu’a apprécié Claudie Haigneré, astronaute de l’Agence Spatiale Européenne (ESA), venue pour deux avant-premières organisées le 24 février à la Cité de l’espace. Elle a rappelé que les femmes hésitent encore trop à se diriger vers des carrières scientifiques. Sa venue à fait l’objet d’un reportage France3 (ci-dessous).

Deux doctorantes de l’ONERA, Marina Gruet et Pauline Oudayer, étaient également présentes. Elles ont expliqué qu’aujourd’hui le métier d’ingénieur ou d’autres professions scientifiques n’étaient plus perçues comme des activités essentiellement masculines. Lors de la deuxième avant-première en fin de journée, Anny Cazenave, spécialiste en océanographie spatiale, s’est jointe à ce panel pour encourager les jeunes filles à se réaliser.

Lors des 2 avant-premières à la Cité de l’espace le 24 février, la place des femmes au sein des métiers scientifiques et notamment spatiaux fut abordée. Crédit : Cité de l’espace

Lors des 2 avant-premières à la Cité de l’espace le 24 février, la place des femmes au sein des métiers scientifiques et notamment spatiaux fut abordée.
Crédit : Cité de l’espace

L’héroïne des Figures de l’Ombre honorée aux Oscars

Bien évidemment, Les Figures de l’Ombre prend quelques libertés avec l’histoire afin de maintenir une tension dramatique. La vérification du calcul de l’orbite de John Glenn, par exemple, ne s’est pas déroulée au tout dernier moment avant le lancement. Mais il est vrai que les chiffres fournis par un ordinateur IBM ont bien été validés «à la main», ou plutôt avec le cerveau de Katherine Johnson et à la demande de John Glenn ! Ainsi, le rôle important de cette mathématicienne Africaine Américaine interprétée par l’actrice Taraji Henson n’est pas une astuce scénaristique. D’ailleurs, la NASA a baptisé un bâtiment en l’honneur de Katherine Johnson qui a de plus reçu la médaille présidentielle de la liberté (plus haute distinction civile aux États-Unis) de la part de Barack Obama en 2015.
Nominé pour 3 Oscars (meilleur film, meilleur scénario adapté et meilleur second rôle féminin), Les Figures de l’Ombre n’a reçu aucune statuette. Toutefois, lorsque les actrices principales du film ont présenté sur scène au cours de la cérémonie Katherine Johnson, cette dernière a été accueillie par une standing ovation (vidéo ci-dessous).

Qualifiée de «véritable héroïne de la NASA et de l’Amérique» par son interprète dans le film, Taraji Henson, Katherine Johnson âgée de 98 ans apparaît aussi surprise qu’émue. Il faut dire que lorsque Les Figures de l’Ombre lui fut montré la première fois, et alors qu’elle avait discuté avec le réalisateur et Taraji Henson avant le tournage, elle s’étonna que le film la mette autant en avant !

Les Figures de l’Ombre sort sur les écrans français le 8 mars.

Site officiel du film Les Figure de l’Ombre