Et si vous partiez sur Ganymède ?

Et si vous partiez sur Ganymède ?

Envoyez des astronautes vers Mars puis la lune de Jupiter Ganymède pour partir vers des exoplanètes. Tel est le thème d’un jeu de société de l’éditeur français Sorry We Are French qui prouve, une fois de plus, que le spatial est tendance.

Les jeux de société dits modernes (oubliez les Monopoly, Cluedo ou Scrabble) connaissent un véritable essor qui se traduit par des ventes en hausse, une offre diversifiée et des thématiques porteuses. Et justement, au titre des thèmes employés, on note que le spatial se fait de plus en plus présent (comme nous l’indiquions dans cet article à propos du Festival International des Jeux de Cannes). Le jeu Ganymede (sans l’accent car il vise le marché international) illustre bien cette tendance, d’autant plus que chez son éditeur Sorry We Are French plusieurs personnes s’avèrent véritablement intéressées par l’élan de l’humanité vers les étoiles.

Terre, Mars, Ganymède et bien plus loin !

Dans le futur, ce sont les corporations qui envoient femmes et hommes explorer et habiter d’autres planètes, y compris en dehors de notre Système solaire ! Et chaque joueur (de 2 à 4) s’occupe pour ainsi dire de la logistique de transport d’une corporation, devant faire passer 4 types d’astronautes (en charge du commandement, de la communication, de l’ingénierie ou du médical) de la Terre à Mars puis Ganymède d’où ils partiront à bord de vaisseaux vers des mondes lointains. Dès qu’un joueur, pardon une corporation, a fait décoller 4 vaisseaux interstellaires, on additionne les points récoltés pour déterminer le gagnant.

Dans Ganymede, les joueurs incarnent des corporations qui doivent transporter des colons de la Terre vers des exoplanètes en passant par Mars et la lune de Jupiter qui donne son nom au jeu. Il faut tenir compte des déplacements autorisés par les cartes disponibles, ce qui confère au jeu un côté gestion de la logistique qui n’est pas étranger à l’astronautique (le tapis de jeu à fond étoilé ne fait pas partie de la boîte). Crédit : Sorry We Are French/Cité de l’espace/Olivier Sanguy

Dans Ganymede, les joueurs incarnent des corporations qui doivent transporter des colons de la Terre vers des exoplanètes en passant par Mars et la lune de Jupiter qui donne son nom au jeu. Il faut tenir compte des déplacements autorisés par les cartes disponibles, ce qui confère au jeu un côté gestion de la logistique qui n’est pas étranger à l’astronautique (le tapis de jeu à fond étoilé ne fait pas partie de la boîte).
Crédit : Sorry We Are French/Cité de l’espace/Olivier Sanguy

Dans le jargon ludique, ce jeu est dit de type développement et de construction de tableau. Les règles sont vite assimilées et les parties rapides (30 à 40 minutes). Du coup, Ganymede se prend en main aisément bien qu’il cache une véritable profondeur qui se découvre au fur et à mesure. On le ressort donc avec plaisir d’autant plus que les sessions sont différentes du fait des tirages de cartes qui remettent en cause les éventuelles habitudes stratégiques !

Dans la vidéo ci-dessous, Emmanuel Beltrando (à gauche) et Matthieu Verdier de Sorry We Are French vous expliquent les règles de Ganymede.

Une thématique spatiale sincère

Pour en savoir plus sur le pourquoi d’une thématique spatiale, nous avons contacté Emmanuel Beltrando, le patron de Sorry We Are French qui édite Ganymede. Avec sincérité, il nous a tout de suite dit que l’auteur du jeu, le coréen Hope S. Hwang, n’avait pas développé celui-ci avec l’astronautique en tête. Recourir à des planètes et des vaisseaux est l’idée d’Emmanuel Beltrando en tant qu’éditeur. «L’auteur me fait confiance» nous a-t-il précisé tout en ajoutant que le spatial est son «thème préféré». Et n’y voyez pas là un discours de circonstance du fait de la sortie de Ganymede cet été : le patron de Sorry We Are French évoque certes son intérêt pour la science-fiction, mais les sociétés privées Blue Origin ou SpaceX ne lui sont pas inconnues et il explique que Ganymède a été choisie car il s’agit de la plus grosse lune du Système solaire et qu’elle abrite probablement un océan sous sa croûte de glace tout en bénéficiant de son propre champ magnétique (ce qui est exact et justifie d’ailleurs son exploration prochaine avec les autres lunes de Jupiter par la sonde JUICE de l’Agence Spatiale Européenne construite par Airbus – décollage attendu pour 2022). Bref, le satellite naturel de Jupiter peut prétendre servir de base spatiale avec des ressources.

À gauche, la matrice de tuiles et de cartes de Ganymede qui permet aux joueurs de recruter des astronautes et de les envoyer vers Mars, Ganymede puis d’autres mondes lointains (de bas en haut). Le plateau joueur (à droite) est une sorte de centre de commande logistique pour gérer les déplacements et cumuler certaines cartes, ce qui donne des bonus. On doit aussi tenir compte d’une piste de réputation qui apporte des points supplémentaires. Après tout, les entreprises spatiales soignent de plus en plus leur communication et réputation comme on a pu le voir ces derniers temps avec de nouveaux acteurs de ce secteur tel SpaceX.<br /> Crédit : Cité de l’espace/Olivier Sanguy

À gauche, la matrice de tuiles et de cartes de Ganymede qui permet aux joueurs de recruter des astronautes et de les envoyer vers Mars, Ganymede puis d’autres mondes lointains (de bas en haut). Le plateau joueur (à droite) est une sorte de centre de commande logistique pour gérer les déplacements et cumuler certaines cartes, ce qui donne des bonus. On doit aussi tenir compte d’une piste de réputation qui apporte des points supplémentaires. Après tout, les entreprises spatiales soignent de plus en plus leur communication et réputation comme on a pu le voir ces derniers temps avec de nouveaux acteurs de ce secteur tel SpaceX.
Crédit : Cité de l’espace/Olivier Sanguy

Bien évidemment, Emmanuel Beltrando n’a pas pour but d’être scientifiquement réaliste, le jeu reste dans un cadre de SF, mais il précise qu’un travail de recherche à partir de documents NASA (pour le visuel notamment) a été fait : «ce sont des choses qui me passionnent» souligne-t-il.
Pour s’en convaincre, il suffit de scruter quelques détails. Ainsi, les cartes qui permettent de faire voyager les colons de la Terre à Mars sont bleues au verso (pour évoquer notre planète en tant que lieu de départ) et montrent des navettes qui se posent sur Mars. Mais allons plus loin. La Terre représentée au verso est centrée sur l’Asie, un clin d’œil à l’auteur sud-coréen et aussi à la Chine car Emmanuel Beltrando est fasciné par le programme spatial de ce pays.

Les cartes navette de Ganymede. Celles de gauche permettent de voyager de la Terre (dos bleu) à Mars avec des illustrations montrant des arrivées en mode rétropropulsion. À droite, les cartes navette de Mars (dos rouge) à Ganymède avec un engin spatial forcément différent.<br /> Crédit : Cité de l’espace/Olivier Sanguy

Les cartes navette de Ganymede. Celles de gauche permettent de voyager de la Terre (dos bleu) à Mars avec des illustrations montrant des arrivées en mode rétropropulsion. À droite, les cartes navette de Mars (dos rouge) à Ganymède avec un engin spatial forcément différent.
Crédit : Cité de l’espace/Olivier Sanguy

On note aussi que les navettes qui arrivent sur Mars exhibent en majorité des propulseurs allumés vers le bas. Pour l’éditeur, c’est très clair, ces navettes atterrissent en rétropropulsion à la façon des premiers étages du lanceur Falcon 9 de SpaceX ou de certaines sondes martiennes ! Du coup, lorsqu’il nous a dit «On s’est renseigné» à propos du travail de son équipe, on ne peut que le croire. Il pointe aussi le fait que les navettes Terre-Mars se posent dans la région d’Olympus Mons car il souhaitait faire référence à ce lieu emblématique de la planète rouge qui est la plus haute montagne du Système solaire.
Toujours guidée par la volonté de faire du spatial, non pas une simple ambiance collée à un jeu, mais bien un thème présent, l’équipe de Sorry We Are French a demandé à l’illustrateur Oliver Mootoo de dessiner des navettes différentes pour celles qui accomplissent le trajet Mars-Ganymède puisque les enjeux techniques ne sont pas les mêmes. Enfin, les cartes des vaisseaux qui quittent la lune de Jupiter pour «coloniser des planètes aux confins de la galaxie» (extrait de la règle du jeu) évoquent des destinations totalement fictionnelles toutefois inspirées des couleurs et visuels employés par le Jet Propulsion Laboratory de la NASA pour ses posters sur les exoplanètes.

Pour mettre en images de façon très SF les mondes inattendus qui tournent autour d’autres étoiles, le Jet Propulsion Laboratory de la NASA a produit plusieurs posters (à gauche). Le design des cartes vaisseaux de Ganymede (à droite) s’inspire habilement de cette approche avec de surcroît la patte visuelle très réussie de l’illustrateur Oliver Mootoo. Crédit : JPL/Caltech - Cité de l’espace/Olivier Sanguy

Pour mettre en images de façon très SF les mondes inattendus qui tournent autour d’autres étoiles, le Jet Propulsion Laboratory de la NASA a produit plusieurs posters (à gauche). Le design des cartes vaisseaux de Ganymede (à droite) s’inspire habilement de cette approche avec de surcroît la patte visuelle très réussie de l’illustrateur Oliver Mootoo.
Crédit : JPL/Caltech – Cité de l’espace/Olivier Sanguy

Emmanuel Beltrando avoue aussi être un fan de la série TV The Expanse qui montre une humanité établie dans l’ensemble du Système solaire. Alors que la chaîne SyFy avait abandonné l’idée d’une quatrième saison, le milliardaire Jeff Bezos qui a créé la compagnie spatiale Blue Origin a décidé qu’Amazon Prime financerait la suite de cette saga de SF. Rappelons qu’Amazon Prime est le service de vidéo à la demande du géant de la vente en ligne fondé par Jeff Bezos… Du coup, il est amusant de constater que dans Ganymede, ce sont des corporations et non plus des agences spatiales qui partent explorer des mondes lointains. La boucle est bouclée en quelque sorte et montre une fois de plus que la thématique spatiale du jeu résulte bien du fait de personnes au moins intéressées par le sujet et en tout cas plutôt au courant de son actualité !
L’astronautique se révèle être de plus en plus présente au cinéma, dans la publicité, la mode, les arts, etc. et touche ainsi un public de plus en plus large. Emmanuel Beltrando estime à ce titre que, pour les jeux de société, «ça fait une petite année qu’on est entré de plain-pied dans le spatial» et il pronostique bien d’autres jeux de plateau ou de cartes basés sur cette tendance. D’ailleurs, Ganymede connaît un très bon accueil et une extension est d’ores et déjà prévue. Sorry We Are French n’a pas fini de nous faire voyager vers les étoiles !

Ganymede est édité par Sorry We Are French
Auteur : Hope S. Hwang
Illustrateur : Oliver Mootoo
Prix public conseillé : 30 euros
Site web : https://ganymede.sorryweare.fr