La double surprise de la comète de Rosetta

La double surprise de la comète de Rosetta
Le 14 juillet, à 12 000 km de distance, la sonde européenne Rosetta a saisi des images de la comète vers laquelle elle aura rendez-vous début août : le noyau de 4 km de large de l’astre vagabond apparait composé de deux parties !

Le noyau de la comète 67P vers laquelle se dirige la sonde Rosetta : une forme double qui est une véritable surprise.Crédit : ESA/Rosetta/MPS for OSIRIS Team MPS/UPD/LAM/IAA/SSO/INTA/UPM/DASP/IDA

La distance qui sépare la sonde Rosetta et la comète 67P-Churyumov-Gerasimenko diminuant, les images réalisées avec les caméras embarquées gagnent logiquement en résolution. Ainsi, le 14 juillet dernier, la caméra OSIRIS a scruté comme jamais le noyau de 67P alors que l’explorateur robotique de l’Agence Spatiale Européen (ESA) était éloigné de 12 000 km. L’image peut paraître peu détaillée, mais l’ESA rappelle que ce qui a été accompli revient à photographier une montagne sur l’île d’Hawaii depuis l’Allemagne ! Certes, les images récoltées ne montrent pas encore l’état de la surface du noyau, mais en revanche elles révèlent que le noyau de la comète visée par Rosetta (environ 4 km au plus large) est constitué de deux parties accolées. La plus grande présente une forme allongée alors que l’autre apparait plus sphérique. La compilation de 36 images issues de la caméra OSIRIS ci-dessous permet de saisir la forme du noyau 67P au fur et à mesure de sa rotation sur lui-même qui dure en réalité un peu plus de 12 heures (si besoin cliquez sur l’image pour voir l’animation).

Cette «double surprise» n’est toutefois pas un cas isolé. En ce qui concerne les astéroïdes, des objets équivalents ont déjà été observés et il a été déduit qu’ils pouvaient avoir été formés suite à une collision relativement douce entre deux corps distincts, soit lors de la formation de notre système solaire voici plus de 4 milliards d’années, soit plus tard. Côté comètes, on a l’exemple de 103P/Hartley 2 survolée par la sonde EPOXI de la NASA en 2011 dont la forme en os trahissait le fait que son noyau consistait en deux parties reliées entre elles. Pour 67P, les scientifiques soulignent qu’il faudra attendre que Rosetta soit plus proche afin d’étudier la surface du noyau et ainsi comprendre comment ce noyau double est né. Car la théorie de deux noyaux qui se sont réunis n’est pas la seule possible. La force gravitationnelle d’une planète comme Jupiter pourrait par exemple avoir déformé le noyau. Autre explication : le noyau peut avoir été «sculpté» lorsque la comète a perdu de la glace d’eau au cours de ses passages successifs près du Soleil.
À n’en pas douter, les jours et semaines qui arrivent seront décisifs car avec des images de plus en plus résolues, les astronomes dresseront un portrait de 67P de plus en plus précis.
Cette forme inhabituelle pose aussi un défi pour les équipes chargées de calculer la mise sur orbite de Rosetta autour du noyau (prévue début août) et celles responsables de déterminer la trajectoire que devra suivre l’atterrisseur Philae. Ce dernier, d’une masse de 100 kg, doit en effet se poser à la surface du noyau vers le 11 novembre (une première, tout comme la mise sur orbite autour de la comète).
À Toulouse, la Cité de l’espace explique les enjeux de cette mission avec son exposition Exploration Extrêmes. Vous pouvez même y voir une maquette taille réelle de Philae (vidéo ci-dessous).

Publié le 17 juillet 2014