L’Europe se prépare à tourner autour de la Lune

L’Europe se prépare à tourner autour de la Lune

L’Agence Spatiale Européenne (ESA) a demandé à l’industriel Thales Alenia Space d’étudier la faisabilité de deux modules dont un d’habitation afin de participer à la station orbitale lunaire de la NASA.

La NASA pense depuis un moment à l’après-ISS. Ce sera toujours une station spatiale, mais cette fois-ci ce ne sera plus autour de la Terre mais de la Lune ! L’agence américaine affiche la volonté de renouveler l’exploration et l’étude de notre satellite naturel tout en testant les technologies qui serviront aux missions habitées vers Mars.

L’Europe autour de la Lune

Cette nouvelle station, plus petite que l’ISS, est appelée Lunar Orbital Platform – Gateway ou LOP-G. Si la NASA précise qu’elle en dirigera l’architecture, elle compte en faire aussi un programme de coopération internationale et on retrouve d’ailleurs ses partenaires de l’ISS, à savoir la Russie avec son agence spatiale Roscosmos, l’Europe avec l’Agence Spatiale Européenne (ESA), le Japon avec la JAXA (Japan eXploration Agency) et le Canada avec l’ASC (Agence Spatiale Canadienne).
Encore au stade de projet, la LOP-G a cependant reçu le soutien politique de la Maison-Blanche notamment lorsque le vice-président Mike Pence a visité le 23 août le Johnson Space Center de la NASA à Houston. Il a déclaré qu’il souhaitait voir les premiers équipages à bord de cette station cislunaire dès 2024.

Image d’artiste de la station orbitale lunaire LOP-G selon Lockheed Martin. Crédit : Lockheed Martin

Image d’artiste de la station orbitale lunaire LOP-G selon Lockheed Martin.
Crédit : Lockheed Martin

À l’image de l’ISS, la LOP-G devrait accueillir des modules construits par des partenaires internationaux sur un principe de partage des coûts et des ressources. Ce qui signifie que chaque agence aura une part des retombées scientifiques et programmatiques de l’exploitation de cette station en fonction de leur contribution et donc, entre autres, des modules fournis. Pour se positionner en qualité de partenaire de premier plan, l’ESA projette de fabriquer 2 éléments de la LOP-G, l’un de service et l’autre d’habitation. Les astronautes qui iront vers notre satellite naturel pourraient du coup vivre dans un module européen !

Thales Alenia Space étudie ESPRIT et I-Hab

C’est dans cette optique que l’ESA a confié à l’industriel Thales Alenia Space l’étude des éléments ESPRIT et I-Hab de la LOP-G. Il s’agit en jargon spatial d’une phase A/B1 qui permet d’identifier les requis des modules, les contraintes techniques et leurs solutions envisagées et même de dégager une enveloppe budgétaire. Avec ces informations, l’ESA pourra présenter fin 2019 à ses États membres pour accord, lors d’un conseil dit ministériel, les modalités de sa participation au projet américain.
L’élément ESPRIT (European System Providing Refuelling, Infrastructure and Telecommunications) se définit tel un module de service pour les télécommunications et aussi le stockage des ergols pour la propulsion. Cette dernière sera fournie par le Power/Propulsion Element américain. Ces 2 éléments devraient d’ailleurs être lancés ensemble vers la Lune et constitueraient alors l’embryon de la LOP-G.
Le I-Hab est l’International Habitat, donc un module de vie pour les astronautes. Thales Alenia Space fera appel au savoir-faire qu’il a développé pour la fabrication de certains éléments de l’ISS, plus particulièrement les «Nodes» ou nœuds de jonction. Il ne s’agit cependant pas de faire un «copier/coller» ! Si le I-Hab présente une taille similaire à un Node de l’ISS, il devra en revanche peser 10 tonnes au lieu de 14. Ceci alors que le I-Hab est contraint d’inclure dans cette masse restreinte son propre système de gestion thermique (radiateurs pour expulser dans l’espace le surplus de chaleur). Cette exigence liée au poids s’explique par le fait que le I-Hab s’envolera au sommet du futur lanceur lourd SLS de la NASA en compagnie d’une capsule Orion qui affiche déjà une masse conséquente.

Ce document NASA précise l’architecture de la LOP-G. Les 2 éléments européens actuellement étudiés par Thales Alenia Space pour l’ESA sont ESPRIT (flèche jaune) et I-Hab (flèche rouge). Crédit : NASA/Cité de l’espace Ce document NASA précise l’architecture de la LOP-G. Les 2 éléments européens actuellement étudiés par Thales Alenia Space pour l’ESA sont ESPRIT (flèche jaune) et I-Hab (flèche rouge). Crédit : NASA/Cité de l’espace

Ce document NASA précise l’architecture de la LOP-G. Les 2 éléments européens actuellement étudiés par Thales Alenia Space pour l’ESA sont ESPRIT (flèche jaune) et I-Hab (flèche rouge).
Crédit : NASA/Cité de l’espace

Si le projet LOP-G de la NASA obtient les budgets nécessaires et que la participation européenne se concrétise, les missions typiques consisteront en 4 astronautes vivants autour de la Lune pendant une trentaine de jours. Des expériences scientifiques concernant notre satellite naturel ou l’espace lointain (en dehors du champ magnétique protecteur de la Terre) pourront être menées. Des documents de l’agence américaine indiquent que des atterrisseurs robotiques reviendraient vers la station pour y ramener des échantillons lunaires.
Notons que le 23 août, le vice-président Mike Pence n’a pas fait qu’évoquer sa volonté de voir une première mission en 2024 : il a de plus clairement parlé du retour des États-Unis autour et sur la Lune. Le «sur la Lune» laisse donc entendre que la station cislunaire servirait aussi d’étape orbitale à partir de laquelle seront menées des expéditions habitées à la surface de notre satellite.