Obama vise les astéroïdes et Mars

Obama vise les astéroïdes et Mars
Lors d’un discours très attendu au centre spatial Kennedy, le président des États-Unis a précisé les objectifs de l’agence spatiale américaine, plus particulièrement dans le domaine des vols habités.


Obama - KSC - 15 avril 2010 - April 15 2010
Le président des États-Unis Barack Obama lors de son discours du 15 avril au centre spatial Kennedy en Floride.
Crédit : NASA/Jim Grossmann


Au centre spatial Kennedy, devant une assemblée de 200 personnes invitées, et précédé du sénateur de Floride Bill Nelson et de l’administrateur de la NASA Charles Bolden, le président Barack Obama a fixé un agenda pour les prochaines étapes des vols habités américains (vidéo ci-dessous).

Le recours au secteur privé confirmé
La politique spatiale de la Maison Blanche exposée en début d’année, et qui avait soulevé de vives critiques y compris dans le propre camp Démocrate du président, ne change pas de cap. En revanche, on peut noter des aménagements et des objectifs datés beaucoup plus clairement exprimés.
Le recours au secteur privé pour accomplir des vols cargo puis habités vers la Station Spatiale Internationale n’est ainsi pas remis en cause. Barack Obama a même directement pointé les reproches adressés à ce point précis de sa politique en évoquant ceux qui jugeaient imprudents de confier au secteur privé de telles missions. «Je ne suis pas d’accord» a-t-il alors appuyé en rappelant que depuis le début, la NASA a toujours travaillé avec le secteur privé en lui faisant construire tous ses vaisseaux habités.

Falcon 9 - SpaceX
La Falcon 9 de SpaceX sur son pas de tir en Floride. Cette société doit prochainement tester cette fusée et espère par la suite répondre aux critères de la NASA pour un contrat de vols cargo vers l’ISS qui pourra évoluer vers le transport d’astronautes. Le président a confirmé le 15 avril la logique de recours au secteur privé pour de telles missions vers l’orbite basse.
Crédit : SpaceX


Le président a ensuite dit être persuadé qu’en achetant une prestation de service de transport d’astronautes, plutôt que seulement le véhicule, l’agence américaine permettra au secteur privé d’innover plus rapidement tout en respectant des critères de sécurité rigoureux. Il répond ainsi directement aux critiques soulevées par Bill Nelson lui-même. Le sénateur Démocrate de Floride (qui a volé une fois dans la navette spatiale) s’était en effet montré très réservé quant au plan présenté en début d’année par la Maison Blanche alors même qu’il avait soutenu la candidature de Barack Obama pendant la campagne présidentielle. De son côté, le président sait que la Floride est un État clé pour son éventuelle réélection fin 2012, car il s’agit d’un «swing state» (État qui peut basculer du camp Démocrate à Républicain ou inversement durant les élections). Barack Obama peut ainsi difficilement se passer du soutien d’une figure politique locale comme Bill Nelson et la présence de ce dernier lors de cette visite du 15 avril constituait un signal politique fort. C’est pourquoi aussi, 40 millions de dollars sont annoncés pour aider à la création de nouveaux emplois en vue d’amoindrir l’impact des licenciements qui vont découler de l’arrêt des vols de navettes. Mais surtout, le président a fixé des objectifs pour les vols habités américains et donc, par voie de conséquence, garanti un avenir au centre spatial Kennedy et à l’économie spatiale de Floride.

Après l’ISS : les astéroïdes et Mars
L’extension de la participation américaine au programme de la Station Spatiale Internationale a été confirmée lors de ce discours du 15 avril. La NASA restera un partenaire de premier plan jusqu’en 2020 et probablement au-delà (les agences partenaires ont estimé récemment que l’ISS pouvait être exploitée jusqu’en 2028). Si le programme Constellation de retour vers la Lune reste annulé, la capsule Orion connaît une forme de «sauvetage». En effet, celle-ci servira tout d’abord de base à la réalisation d’un vaisseau de secours pour les équipages de l’ISS. Aucune précision n’a été donnée sur la fusée qui sera chargée de la lancer. En revanche, une décision sera prise en 2015 pour le développement d’un lanceur lourd qui aura pour but d’envoyer un vaisseau habité américain, à nouveau basé sur Orion, au-delà de l’orbite basse. Une enveloppe de 3 milliards de dollars est d’ores et déjà prévue pour les études sur ce lanceur lourd (après 2015, il conviendra donc d’initier le budget nécessaire à sa réalisation). Grâce à ce lanceur et au vaisseau dérivé d’Orion, le président souhaite que son pays réalise en 2025 une première spatiale : une mission habitée sur un astéroïde.

Des astronautes américains sur un astéroïde géocroiseur (type d’astéroïde qui passe près de la Terre) à l’horizon 2025 : un objectif fixé par le président dans son discours du 15 avril.Crédit : NASA

Barack Obama a clairement indiqué qu’un retour sur la Lune ne présentait qu’un intérêt limité puisque cet exploit avait déjà été accompli (en saluant Buzz Aldrin, deuxième marcheur lunaire, présent dans l’assistance et qui a dès le début soutenu la politique spatiale de la Maison Blanche). L’agenda présidentiel exposé ce 15 avril prévoit aussi un survol habité de Mars pour la moitié des années 2030, suivi d’un atterrissage sur la planète rouge. Barack Obama a même précisé qu’il souhaitait voir cet événement de son vivant. En 2035, il aura 74 ans.
De fait, les annonces du 15 avril ne remettent pas en cause les grandes orientations de la politique spatiale édictée en début d’année. Utiliser le travail accompli sur la capsule Orion afin de développer un vaisseau de secours pour l’ISS puis un engin habité pour des missions vers les astéroïdes et Mars est d’ailleurs essentiellement un aménagement et ne contredit en rien l’abandon de Constellation qui pourtant initia la majorité des critiques. En revanche, avec des destinations plus clairement identifiées (les astéroïdes et Mars), le président corrige le flou dans lequel se trouvait les vols habités américains concernant l’après ISS. On remarquera toutefois que la décision cruciale susceptible de rendre possible ces missions, à savoir la réalisation d’un lanceur lourd, est repoussée à 2015, soit 3 ans après l’éventuelle réélection de Barack Obama ou l’élection de son successeur.

Texte intégral du discours de Barack Obama (NASA)

Publié le 16 avril 2010