Une fin très pacifique pour Tiangong-1

Une fin très pacifique pour Tiangong-1

Première station spatiale chinoise lancée en 2011, Tiangong-1 est finalement rentrée dans l’atmosphère au-dessus du sud de l’océan Pacifique le 2 avril à 8h15 du matin heure de Pékin (00h15 Temps Universel).

Constitué d’un unique module de 8,5 tonnes, ce «palais céleste» (Tiangong en chinois) a été lancé en septembre 2011 et a accueilli 2 équipages de 3 astronautes chinois : Shenzhou-9 en 2012 et Shenzhou-10 en 2013 (à chaque fois 2 hommes et une femme).
Depuis 2016, l’agence spatiale chinoise n’est plus en mesure de contrôler cette station, ce qui faisait craindre une rentrée dans l’atmosphère au-dessus de zones habitées et d’éventuelles conséquences graves avec l’arrivée au sol de débris. Des risques extrêmement faibles comme nous l’avions expliqué. Au final, Tiangong-1 a même fini sa vie orbitale au-dessus d’une zone quasiment idéale si sa rentrée avait été contrôlée.

Tiangong-1 a brûlé au-dessus du Pacifique sud

Les derniers tours de Terre de la station ont été scrutés de près non seulement par l’agence chinoise mais aussi par d’autres institutions comme le Space Debris Office de l’Agence Spatiale Européenne (ESA), le Center for Orbital Reentry and Debris Office d’Aerospace Corporation (qui travaille pour l’US Air Force), le Fraunhofer Institute en Allemagne, etc. Plusieurs estimations de rentrée furent ainsi calculées, parfois différentes. Mais au plus on se rapprochait de l’échéance et plus les fourchettes d’estimation convergeaient puisque les incertitudes se réduisaient grâce aux observations.

Image radar de Tiangong-1 obtenu par l’institut allemand Fraunhofer le 1er avril. Crédit : Fraunhofer Institute

Image radar de Tiangong-1 obtenu par l’institut allemand Fraunhofer le 1er avril.
Crédit : Fraunhofer Institute

Tiangong-1 est donc rentrée dans l’atmosphère le 2 avril à 00h15 Temps Universel (02h15 en France) au-dessus du sud de l’Océan Pacifique. Ci-dessus un graphique d’Aerospace Corp avec leur estimation de la rentrée (cercle orange) et le lieu constaté (cercle rouge).

Crédit : Aerospace Corporation/Cité de l'espace

Crédit : Aerospace Corporation/Cité de l’espace

On notera que l’heure exacte de l’entrée dans l’atmosphère de Tiangong-1 ne varie que très légèrement selon les sources. Le site officiel China Manned Space de l’agence spatiale chinoise cite ainsi 08h15 du matin heure de Pékin (soit 00h15 TU et 02h15 en France) alors que l’US Strategic Command et Aerospace Corporation précisent 00h16 TU.
Une heure de rentrée en phase avec les ultimes calculs communiqués puisque l’ESA tablait sur 01h07 TU à +/- 2 heures et Aerospace Corporation annonçait 00h30 TU à +/- 1,7 heure.

En se frottant aux couches de plus en plus denses de l’atmosphère, Tiangong-1 a alors subi une intense chaleur qui a consumé la plupart de ses éléments tout en provoquant très probablement sa rupture en plusieurs débris qui, à leur tour, ont brûlé. Les quelques morceaux qui ont résisté sont tombés dans l’océan Pacifique. Ci-dessous, une animation d’Aerospace Corporation destinée à illustrer ce processus.

Tiangong-1 n’est pas le premier objet artificiel a finir ainsi sa vie orbitale et il ne sera pas non plus le dernier. Bien évidemment, les agences spatiales tiennent à procéder de la sorte de façon contrôlée ! L’avantage de consumer les satellites en fin de vie dans l’atmosphère terrestre réside dans la limitation de la pollution orbitale. Lorsque ce n’est pas possible (l’engin est trop haut), on favorise du coup la mise sur une orbite dite cimetière, loin des zones où évoluent les satellites actifs. Comme l’a d’ailleurs souligné Laurent Francillout du CNES (l’agence spatiale française) : «il vaut mieux que cette station soit détruite plutôt qu’elle ne génère des milliers de débris car en cas de collision dans l’espace, ces débris deviendraient de véritables dangers pour les satellites opérationnels en orbite».

Côté Chine, la fin de Tiangong-1 ne signifie nullement l’arrêt du programme de vols habités de ce pays. Actuellement, la station Tiangong-2 (modèle similaire à Tiangong-1) orbite au-dessus de nos têtes et elle a reçu la visite de l’équipage de la mission Shenzhou-11 (2 astronautes) en octobre et novembre 2016 pendant 33 jours. Cette station a ensuite servi à tester à plusieurs reprises l’amarrage en mode automatique avec un vaisseau cargo Tianzhou-1. L’agence spatiale chinoise a ainsi préparé la prochaine étape de son programme habité : l’assemblage à venir d’une nouvelle station plus ambitieuse car constituée de plusieurs modules à partir de 2020. Il est même prévu d’y inviter des astronautes d’autres pays et des accords sont à ce titre en cours avec l’Agence Spatiale Européenne (ESA).

La station Tiangong-2 et le vaisseau Shenzhou-11 photographiés sur orbite en 2016. Crédit : CNSA

La station Tiangong-2 et le vaisseau Shenzhou-11 photographiés sur orbite en 2016.
Crédit : CNSA