Quand Disney fait du tourisme spatial

Quand Disney fait du tourisme spatial

Pour son parc Animal Kingdom en Floride, la Walt Disney Company a ouvert une nouvelle section basée sur le film Avatar qui transforme les visiteurs en touristes spatiaux venus découvrir un monde en dehors du Système solaire.

Le tourisme spatial est une réalité depuis que l’Américain Dennis Tito a payé une vingtaine de millions de dollars à l’agence spatiale russe afin d’aller en 2001 vers la Station Spatiale Internationale en Soyouz et en revenir après une semaine là-haut. Après, 6 autres ont ainsi acheté leur «billet» pour une prestation similaire, mais les prix ont fortement grimpé. Le dernier à ce jour, le Canadien Guy Laliberté, a déboursé en 2009 le double.
Et pour considérablement moins cher, un parc à thème vous fait partir bien plus loin, à 4 années-lumière… L’astuce ? Le voyage n’est pas réel bien évidemment.

Pandora chez Disney : du tourisme spatial en dehors du Système solaire !

Depuis le mois de mai 2017, le parc Animal Kingdom du complexe Walt Disney World en Floride propose une nouvelle section intitulée Pandora – The World of Avatar. Ce «land» (partie thématisée spécifique d’un parc à thème) est basé sur le film Avatar de James Cameron qui détient toujours le record de recettes au box-office mondial avec 2,8 milliards de dollars.

Ci-dessous un spot publicitaire de présentation.

Le sujet peut paraître étrange pour un parc consacré à la nature, mais le message ouvertement écologique du film offre une logique commune. Le scénario posait en revanche plus de problèmes. Dans Avatar, les humains se sont installés sur la lune (Pandora) d’une exoplanète géante qui tourne autour d’Alpha Centauri, l’une des plus proches étoiles de notre Soleil à 4,3 années-lumière. Pour extraire de ce monde un minerai supraconducteur sans aucun respect pour l’environnement, ils sont en conflit avec les na’vis, des humanoïdes de 3 m de haut d’apparence féline et de couleur bleue organisés en tribus. Sans rentrer dans les détails, n’oublions pas que des humains prenaient fait et cause pour les autochtones au cours d’un conflit qui signe la fin de l’exploitation déraisonnée de Pandora. Du coup, on imaginait mal Disney proposer des attractions où des familles allaient tirer sur des humains pour les faire partir de Pandora…

Si dessous, la bande-annonce du film.

La solution trouvée par les imagineers (les concepteurs des parcs à thèmes Disney) consiste à oublier l’aspect guerrier du film en positionnant l’univers fictif proposé bien après le conflit. La paix revenue, tout le land de Pandora repose sur le fait qu’une compagnie de tourisme spatial appelée ACE (Alpha Centauri Expeditions) permet aux humains de partir en vacances sur la très lointaine exo-lune (pour lune d’une exoplanète).

Dans la vidéo de la Walt Disney Company ci-dessous, la création du land basé sur Avatar est expliquée par les équipes du film et de Disney, notamment le réalisateur et le producteur (James Cameron et John Landau) ainsi que par l’imagineer en chef (Joe Rohde).

Faisant d’une pierre deux coups, Disney occulte ainsi la thématique peu familiale de la guerre contre les humains et surfe sur la mode du tourisme spatial. À ce titre, le texte de présentation d’ACE sur le site web fictif de cette compagnie est on ne peut plus clair : «Jusqu’à récemment, les voyages vers l’espace lointain n’étaient qu’un rêve de voyageurs aventureux. Maintenant, Alpha Centauri Expeditions (…) a rendu possible le fait de traverser des années-lumière jusqu’à Pandora, un monde d’expéditions au-delà de votre imagination avec de nouvelles possibilités pour ceux qui recherchent des voyages interplanétaires sous le signe de l’aventure».

Bien évidemment, pour cette extension de son parc Animal Kingdom (un investissement de 500 millions de dollars au bas mot !), la Walt Disney Company s’appuie sur un film au succès établi (Avatar) pour développer sa recette d’un environnement immersif (le décor de ce land est particulièrement détaillé) qui accueille des attractions à la technologie poussée offrant un divertissement unique. En l’occurrence, il s’agit d’une balade en bateau dans la forêt bioluminescente de Pandora de nuit et d’une simulation de vol sur le dos d’une créature ailée de cette lune. Mais cette thématique ne tiendrait pas sans le socle (tout aussi fictif) d’un tourisme spatial interplanétaire. Le fait qu’une compagnie comme Disney s’appuie sur le tourisme spatial montre bien que ce sujet est tendance, tout comme le spatial qu’on retrouve dans de nombreuses publicités, de façon frontale ou à peine esquissée.

Ci-dessous, version longue d’une publicité de Total où le spatial version SF est on ne peut plus présent.

Autre exemple avec Renault qui fait référence à l’exploration lunaire pour sa voiture Kadjar.

Si le land Pandora s’inscrit dans une tendance de fond, elle n’est toutefois nullement une nouveauté au sein de la Walt Disney Company pour qui le spatial est presque… une tradition.

La tradition spatiale de Disney

Walt Disney (1901-1966) lui-même, le fondateur avec son frère de la compagnie de production de dessins animés devenue aujourd’hui un géant des médias et du divertissement, était fasciné par la technologie et le futur. Logiquement, il s’intéressa aux débuts de l’ère spatiale. Il produisit ainsi 3 films pour la télé destinés à expliquer les promesses de l’astronautique. Le premier épisode intitulé «Man in Space» (l’homme dans l’espace) fut diffusé en 1955, 2 ans avant le premier satellite artificiel Spoutnik. Dans «Man in Space», un des experts interrogés à l’écran n’est autre que Wernher von Braun, le savant allemand architecte du V2 nazi et récupéré par l’armée américaine à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. La logique de conquête spatiale mise en scène est d’ailleurs basée sur les idées de von Braun qui plus tard travaillera pour la NASA au développement de la fusée lunaire Saturn V du programme Apollo.

Ci-dessous, un extrait de Man in Space.

Deux autres épisodes furent diffusés : «Man and the Moon» fin 1955 et «Mars and beyond» en 1957.

Le spatial et Disney ne s’arrêta pas à ces 3 programmes télévisés. Lorsque le parc Disneyland ouvrit en Californie, la section consacrée au futur, Tomorrowland, était peu développée en raison de limites budgétaires. Walt Disney s’attacha plus tard à enrichir cette partie du parc qui en avait besoin. Mais dès l’ouverture, une attraction (Space Station X-1 puis Satellite View of America) proposait l’illusion de regarder la Terre depuis une station spatiale ! Le célèbre créateur de Mickey décéda en 1966 et ne vit donc jamais l’Homme marcher sur la Lune. L’intérêt pour l’astronautique de Walt Disney ne fut cependant jamais oublié. Dès 1967 une simulation de voyage vers la Lune intitulée «Fligh to the Moon» s’ajouta à Tomorrowland. Déjà du tourisme spatial ! Lunaire en tout cas.

En fait, le thème de l’espace ne quitta jamais les différents parcs Disney. Période post-Apollo oblige, le voyage vers la Lune devint «Mission To Mars», à la fois au Disneyland de Californie et au Magic Kingdom de Walt Disney World en Floride.

Ci-dessous, une vidéo documentant cette attraction dans sa version Lune et Mars à Walt Disney World.

Les 2 parcs reçurent ensuite le fameux Space Mountain (1974 en Floride et 3 ans plus tard en Californie), grand huit dans le noir qui évoque les voyages spatiaux. Cette idée fut initiée par Walt Disney en personne mais ne put techniquement être réalisée qu’après sa mort.

En février 1975, cosmonautes et astronautes posent devant le Space Mountain de Floride. Les Soviétiques visitaient alors les installations la NASA au centre spatial Kennedy (à 1 heure de route du parc) dans le cadre de la préparation de la mission Apollo-Soyouz. De gauche à droite : Valery Kubasov (ingénieur de vol du Soyouz), Donald Slayton (en charge du module d’amarrage de la capsule Apollo), Vance Brand (pilote Apollo), Mickey en scaphandre, Alexei Leonov (commandant du Soyouz), Thomas Stafford (commandant Apollo) et Vladimir Shatalov (responsable de l’entraînement des cosmonautes). Une photo qui montre que la Walt Disney Company a toujours entretenu un partenariat avec la NASA.<br /> Crédit : NASA

En février 1975, cosmonautes et astronautes posent devant le Space Mountain de Floride. Les Soviétiques visitaient alors les installations de la NASA au centre spatial Kennedy (à 1 heure de route du parc) dans le cadre de la préparation de la mission Apollo-Soyouz. De gauche à droite : Valery Kubasov (ingénieur de vol du Soyouz), Donald Slayton (en charge du module d’amarrage de la capsule Apollo), Vance Brand (pilote Apollo), Mickey en scaphandre, Alexei Leonov (commandant du Soyouz), Thomas Stafford (commandant Apollo) et Vladimir Shatalov (responsable de l’entraînement des cosmonautes). Une photo qui montre que la Walt Disney Company a toujours entretenu un partenariat avec la NASA.
Crédit : NASA

Sans être exhaustif, on peut cependant souligner que la Walt Disney Company a souvent utilisé ce thème de l’exploration spatiale et même parfois en partenariat avec la NASA. Lorsque l’attraction Horizons ouvre au parc Epcot à Walt Disney World en 1983, elle projette sur un écran IMAX omnisphérique un des premiers décollages d’une navette spatiale de l’agence américaine. La suite montre le futur avec des décors et des animatroniques en se concluant par la visite d’une ville sur orbite autour de la Terre ! Horizons cédera sa place en 2003 à Mission: Space inaugurée en présence d’astronautes de la NASA et même de son administrateur de l’époque Sean O’Keefe. Cette fois-ci vous participez à un entraînement pour vous préparer à un vol vers Mars.

Ci-dessous, une vidéo sur cette attraction.

Articulée autour d’une centrifugeuse, l’attraction fait subir aux passagers jusqu’à 2,5 g, proche des 3 g subis lors d’un décollage de navette spatiale. Mission: Space accueille dans sa file d’attente une plaque qui a été sur orbite à bord d’une navette et une reproduction taille réelle de la «Jeep Lunaire» (appellation non-officielle) d’Apollo.

On le voit, le land Pandora d’Animal Kingdom et son idée de tourisme spatial interplanétaire est au final une nouvelle étape de l’imaginaire astronautique façon Disney.