PILOT gagne le Sud

PILOT gagne le Sud

Après un vol réussi au Canada en 2015, le ballon stratosphérique PILOT du CNES part dans l’hémisphère sud en Australie. Son instrument y observera le ciel afin de mieux comprendre le Big Bang.

Imaginez un gigantesque ballon de 800 000 m3 qui décolle pour atteindre presque 40 km d’altitude afin d’y emmener un instrument de pointe d’une tonne. C’est PILOT, pour Polarized Instrument for Long-wavelength Observations of the Tenuous interstellar matter ! Il s’agit de mesurer l’émission polarisée des grains de poussière du milieu interstellaire. Vous avez déjà mal à la tête et vous vous demandez quel est le rapport avec le Big Bang ? On vous explique tout.

Un PILOT pour mieux voir le Big Bang

De 2009 à 2013, le satellite Planck de l’Agence Spatiale Européenne (ESA) a effectué le relevé le plus précis du ciel dans le domaine des micro-ondes (oui, les mêmes qui sont dans votre four du même nom). Ce faisant, Planck nous montre une lumière émise 380 000 ans après le Big Bang, la naissance de l’Univers. Cette lumière s’est décalée dans les micro-ondes en raison de l’expansion du Cosmos.
Mais il y a d’autres sources de micro-ondes, certaines très proches comme les poussières de notre propre galaxie soumises au champ magnétique de celle-ci. Donc, les données de Planck sont un peu comme la photo d’un beau paysage lointain pris à travers un brouillard localisé qui entoure le photographe. Imaginez maintenant que vous disposiez d’un autre appareil spécial qui ne prend en photo que le brouillard : avec de savants calculs, vous pourriez enlever le brouillard de la photo du paysage lointain afin qu’il ressorte plus précis. C’est en quelque sorte le rôle de PILOT.

PILOT - CNES - IRAP

La nacelle de l’instrument PILOT prête à s’envoler, portée par un ballon stratosphérique.
Crédit : CNES/Emmanuel Grimault

Cet instrument de pointe développé sous la maîtrise d’œuvre de l’IRAP (Institut de Recherche en Astrophysique et Planétologie à Toulouse) est capable d’effectuer un relevé très précis de ces poussières galactiques afin qu’on puisse ensuite les enlever aux données de Planck et obtenir une cartographie fiable de la lumière émise 380 000 ans après le Big Bang.
Ce principe était expliqué par Muriel Saccoccio (chef de projet PILOT au CNES) dans la vidéo ci-dessous réalisée en 2015.

Depuis cette vidéo, PILOT a réussi son premier vol au Canada en septembre 2015. Mais comme l’explique Muriel Saccoccio, PILOT étant un ballon stratosphérique et non un satellite, il ne peut pas accéder à l’ensemble de la voûte céleste. Avec la mission réalisée au Canada, c’est bien évidemment le ciel de l’hémisphère nord qui a été étudié. Désormais, PILOT est parti pour l’hémisphère sud en Australie afin de compléter sa cartographie. Le deuxième vol de ce chasseur de poussières galactiques est prévu entre la fin mars et la mi-avril 2017.

PILOT - CNES - IRAP

L’équipe de PILOT devant la nacelle qui est destinée à être emmenée par un ballon stratosphérique. Photo prise lors de la campagne de vol au Canada en 2015.
Crédit : CNES/Emmanuel Grimault