L’Inde lance 31 satellites d’un coup

L’Inde lance 31 satellites d’un coup

Avec son lanceur PSLV, l’agence spatiale indienne a commencé ses lancements de 2018 le 12 janvier en plaçant sur orbite le satellite CartoSat-2 (710 kg) et 30 autres bien plus petits, dont un français qui observera l’étoile Beta Pictoris.

Côté lancements orbitaux, l’année 2018 a été inaugurée le 7 janvier par la firme américaine SpaceX, chargée de placer autour de la Terre le très secret satellite militaire Zuma (il semble que tout ne se soit pas passé comme prévu). La Chine s’est invitée à son tour avec 2 envols les 9 et 11 janvier. En troisième position, l’Inde a lancé 31 satellites d’un coup !

PSLV-C40 : 31 satellites en un seul vol

C’est donc le 12 janvier que le lanceur PSLV-C40 de l’ISRO (Indian Space Research Organisation) a décollé du Satish Dhawan Space Centre. Ci-dessous, une vidéo du décollage.

Cette mission était importante pour l’agence indienne car elle marquait le retour en vol (avec succès) du PSLV. Celui-ci avait en effet connu un échec en août 2017 : sa coiffe ne s’étant pas séparée, le satellite de navigation qui était alors son passager n’avait pas pu être placé sur orbite.

Avec la réussite du 12 janvier, l’ISRO retrouve la voie de l’espace. À nouveau, le PSLV a envoyé sur orbite un grand nombre de satellites. Comment cela est-il possible pour ce lanceur aux performances modestes car conçu essentiellement pour des satellites d’observation de la Terre ? En fait, sur certaines missions, le satellite principal présente une masse inférieure à la performance potentielle du PSLV. L’ISRO a donc créé une société appelée Antrix qui s’est spécialisée dans la vente de «places secondaires» pour des petits satellites. Une sorte de covoiturage appliquée aux lancements !
Le satellite principal du 12 janvier était CartoSat-2. D’une masse de 710 kg, il observera la Terre pour l’Inde, aidant notamment ce pays à mieux gérer ses ressources naturelles. Les 30 autres satellites représentent à eux tous 613 kg ! Il y a 3 micro-satellites (de 10 à 100 kg) et 25 nano-satellites encore plus modestes au format CubeSat. Un CubeSat est constitué de 1 à plusieurs unités cubiques de 10 cm de côté. Cette norme a permis de développer des procédures et des dispositifs de largage standardisés.
Dans le schéma ci-dessous, réalisé à partir de documents ISRO, on voit comment la place sous la coiffe du PSLV a été partagée entre les différents satellites. Le plus gros, en l’occurrence CartoSat-2 (et en photo) était situé au sommet. Les 30 autres étaient répartis dessous et largués successivement en fonction de l’orbite visée.

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Et si 31 satellites lancés d’un coup vous semblent beaucoup, sachez qu’on est loin du record, détenu par l’ISRO avec le PSLV : 104 satellites d’un coup en février 2017 !

PicSat pour observer Beta-Pictoris

Au sein des 25 nano-satellites, notons la présence de PicSat. Celui-ci fait 30 cm de long pour 10 cm de côté (soit 3 unités CubeSat) et provient du LESIA (Laboratoire d’Études Spatiales et d’Instrumentation en Astrophysique) de l’Observatoire de Paris.
C’est une sorte de (très) petit télescope spatial dédié à une mission très précise, à savoir observer l’étoile Beta-Pictoris afin de détecter toute baisse de luminosité. Les astronomes pensent en effet que ces baisses de luminosité trahiront le passage devant l’étoile de la planète géante qui tourne autour d’elle. PicSat pourrait aussi saisir le passage de comètes sur orbite autour de cette étoile tout comme notre Soleil possède son propre cortège de comètes.

A l’Observatoire de Paris - Meudon, Vincent Lapeyrere, Lester David et Sylvestre Lacour avec PicSat, un triple CubeSat chargé de surveiller Beta-Pictoris. Ce nano-satellite a été placé sur orbite avec succès le 12 janvier par le lanceur PSLV-C40. Crédit : Observatoire de Paris/LESIA

A l’Observatoire de Paris – Meudon, Vincent Lapeyrere, Lester David et Sylvestre Lacour avec PicSat, un triple CubeSat chargé de surveiller Beta-Pictoris. Ce nano-satellite a été placé sur orbite avec succès le 12 janvier par le lanceur PSLV-C40.
Crédit : Observatoire de Paris/LESIA

PicSat joue ici le rôle de guetteur, car dès qu’il constatera une baisse de luminosité significative, on pointera alors vers Beta-Pictoris un télescope comme celui de 3,6 m de diamètre de l’European Southern Observatory situé au Chili et équipé d’un spectrographe très performant. Le but est de mobiliser ce type de télescope au moment le plus propice. La vidéo ci-dessous (en anglais) explique les objectifs scientifiques de PicSat.