Rosetta s’est réveillée

Rosetta s’est réveillée
Le 20 janvier à 19h18, le signal tant attendu a été reçu sur Terre, confirmant que la sonde européenne est sortie de son «sommeil électronique» : elle peut continuer son chemin vers la comète Churyumov-Gerasimenko.



L’image-gag qui a conclu le Live Tweet de la Cité de l’espace : Rosetta a bien composé le bon numéro de téléphone !


Voir aussi notre reportage photo : « Rosetta : un réveil sous tension« 

Comme nous l’expliquions dans ce précédent article, la sonde Rosetta de l’Agence Spatiale Européenne (ESA) avait été placée en hibernation le 8 juin 2011. Ceci, car, croisant au niveau de l’orbite de Jupiter, ses panneaux solaires ne recevaient plus assez de lumière du Soleil pour faire fonctionner tous les instruments et les réchauffer.
Si ce «sommeil électronique» assurait la survie de la sonde, il n’en présentait pas moins un risque si jamais la sortie de la léthargie échouait ! Il faut savoir que ce n’est pas le sol qui a envoyé un signal de réveil. C’est bien la sonde, ou plus précisément son ordinateur de bord, qui avait été programmé pour suivre une série de procédures visant à réchauffer les différents circuits électroniques avant d’entamer une manœuvre d’orientation de l’antenne vers la Terre pour émettre un «bulletin de santé».
Pour écouter ce faible signal (Rosetta croisait alors à environ 800 millions de km de la Terre), l’ESA a demandé à la NASA de pointer son antenne de 70 m de Goldstone en Californie vers le bon endroit du ciel. Si l’ordinateur de Rosetta avait pour ordre d’enclencher le réveil le 20 janvier à 11h du matin heure française, le premier signal n’était pas attendu avant 18h30 en raison du temps nécessaire pour accomplir les différentes étapes de façon automatique avant d’émettre. De plus, le signal met 44 minutes à franchir les 800 millions de km.


Le bâtiment principal de l’ESOC à Darmstadt en Allemagne.
Crédit : Olivier Sanguy


La réception de ce signal était surveillée à l’ESOC (European Satellite Operations Centre), le centre de contrôle des satellites et des sondes de l’ESA situé à Darmstadt en Allemagne.


La salle de contrôle principale de l’ESOC. Personne n’est encore présent aux consoles car le signal n’est pas attendu avant 18h30.
Crédit : Olivier Sanguy

À Toulouse, l’Université Paul Sabatier accueillait un public nombreux venu suivre ce réveil grâce à des interventions et un direct avec l’ESOC. Cet événement était organisé par l’Université en partenariat avec l’ESA, le CNES, l’OMP-IRAP, le CNRS INSU, la Cité de l’espace, ECSITE et Airbus Defence and Space.
Jean-Jacques Dordain, le directeur général de l’ESA adressa même un message vidéo à l’attention du public toulousain. Vous pouvez le voir ci-dessous.


À Darmstadt, à l’ESOC, alors qu’il était pile 18h30, l’absence de nouvelles de Rosetta ne surprit personne, car un léger retard dans les délicates opérations de réveil restait possible.



Devant les chaînes de télévision et à 18h30, Thomas Reiter (téléphone à l’oreille) reçoit la confirmation qu’il n’y a pas de signal. Jean-Jacques Dordain est à sa gauche.
Crédit : Olivier Sanguy


Toutefois, lorsque 19h approcha, les rires de détente se firent clairement plus nerveux jusqu’à ce qu’un silence s’installe. Puis, peu avant 19h18 (heure officielle de la réception par Goldstone selon un communiqué de l’ESA), un timide pic se fit jour dans cette courbe verte affichée en permanence sur les écrans. Ce pic pouvait être le fameux signal attendu. Quelques personnes lancèrent un «hourra» et amorcèrent même des applaudissements dans la salle de conférence de l’ESOC où étaient réunis des officiels de l’ESA et les médias. Mais le doute subsistait… Puis le pic devint rapidement une franche aiguille verte dépassant le bruit radio. La tension accumulée depuis plus de 45 minutes fut instantanément balayée lorsque l’annonce officielle retentit dans les haut-parleurs alors que les officiels, et notamment Jean-Jacques Dordain (directeur général de l’agence) et l’astronaute Thomas Reiter (chef des vols habités et des opérations, et à ce dernier titre également chef de l’établissement de l’ESOC) se prirent dans les bras pour célébrer la bonne nouvelle.


À 19h18, la tension fait place à l’allégresse et aux applaudissements alors que le signal de Rosetta apparaît sur les écrans (au centre : Jean-Jacques Dordain).
Crédit : Olivier Sanguy


Tous les responsables de Rosetta présents à l’ESOC furent par la suite unanimes : si ce réveil constitue une étape décisive et un succès technologique en soi, le travail ne fait en fait que commencer ! Dans les jours qui viennent, les ingénieurs vont étudier la télémétrie transmise afin de voir avec précision dans quel état se trouve Rosetta.


Une partie de l’équipe de l’ESOC salue la bonne nouvelle et la conclusion heureuse de cette soirée marquée par le réveil de Rosetta.
Crédit : Olivier Sanguy


Les instruments vont être activés et calibrés tandis que la sonde va continuer son approche de la comète Churyumov-Gerasimenko. L’arrivée est prévue pour août 2014 : pour la première fois, une sonde orbitera autour d’une comète au lieu de se contenter de la survoler. Puis le 11 novembre, l’atterrisseur Philae «porté» par Rosetta se posera sur le noyau de la comète, ce qui marquera une nouvelle première.

Voir aussi notre reportage photo : « Rosetta : un réveil sous tension« 


Le signal tant attendu : ce pic vert (montré par la flèche) est la transmission de Rosetta qui témoigne de son réveil.
Crédit : Olivier Sanguy

Publié le 20 janvier 2014