Où va la voiture d’Elon Musk ?

Où va la voiture d’Elon Musk ?

Propulsé au sommet du deuxième étage du Falcon Heavy, le roadster Tesla du patron de SpaceX n’ira pas survoler Mars : il tourne autour du Soleil et s’approchera au plus près de la planète rouge en octobre 2020 à 7 millions de kilomètres.

Le 6 février, le Falcon Heavy de SpaceX a réussi son vol inaugural. La société d’Elon Musk dispose donc du lanceur le plus puissant actuellement en service. Pour ce test, le Falcon Heavy emportait au sommet de son deuxième étage une voiture, plus exactement le roadster Tesla d’Elon Musk. Rarement à court d’imagination pour créer le buzz, l’entrepreneur avait même parlé d’une «voiture rouge pour la planète rouge», histoire de souligner une fois de plus son ambition de permettre aux humains de s’établir sur Mars, tout en faisant une publicité unique à la marque de voitures électriques Tesla dont il est l’actionnaire principal.

Une voiture rouge pour la planète rouge ?

Il faut donc comprendre «une voiture rouge pour la planète rouge» pour ce qu’il est, à savoir un slogan lâché par Elon Musk à l’occasion d’une réponse via son compte Twitter fin 2017 (voir ci-dessous).

En fait, il était surtout annoncé une destination plus vague, l’orbite de Mars. Ce qui signifie qu’il suffit que le véhicule passe l’orbite de cette planète (même si elle est ailleurs sur cette orbite) pour atteindre l’objectif fixé. On notera que SpaceX n’a pas manqué d’exploiter l’ambiguïté du message dans sa communication puisqu’à la fin de la vidéo ci-dessous, qui explique les phases de vol du Falcon Heavy, le roadster est montré se dirigeant vers Mars…

Admettons car cette «licence poétique» est très efficace sur le plan de la communication. De plus, comment ne pas être fasciné par les images vidéo (réelles celles-ci) relayées ensuite en direct après le lancement et montrant la voiture voguant dans l’espace avec la Terre en arrière-plan ? Plusieurs caméras ont même été placées afin de transmettre cet incroyable spectacle sous plusieurs angles ! La fenêtre ci-dessous est l’enregistrement du direct qui fut ainsi diffusé.

Au volant du roadster Tesla, on remarque un mannequin revêtu de la combinaison de vol blanche des futures capsules habitées Dragon de SpaceX. Il a été baptisé Starman. Sur la console centrale est inscrit «Don’t panic» (pas de panique – Voir la photo SpaceX ci-dessous), phrase clé du livre de SF humoristique «Le Guide du Voyageur Galactique» de l’écrivain britannique Douglas Adams (1952-2001). Elon Musk est en effet fan de science-fiction et à ce titre la saga littéraire Fondation d’Isaac Asimov (1920-1992) est présente sous forme électronique à bord de la voiture.

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Comme prévu, le deuxième étage du Falcon Heavy procéda au troisième allumage de son propulseur quelques heures après le lancement afin de viser l’orbite martienne (et au passage démontrer la capacité de cet étage à faire ce genre de manœuvre après une longue inactivité et avoir traversé les ceintures de radiations de Van Allen, ce qui intéresse certains clients pour des profils de mission bien particuliers).
Sur son compte Twitter, Elon Musk annonça la bonne nouvelle agrémentée d’un schéma en précisant : «Dépassement de l’orbite de Mars et on continue vers la ceinture d’astéroïdes» (tweet ci-dessous).

Ces paramètres ont depuis été corrigés. L’astrophysicien Jonathan McDowell avait ainsi remarqué quelques incohérences dans les chiffres. Il note que les nouvelles données communiquées par SpaceX semblent cette fois-ci conformes (il ne blâme pas Elon Musk, reconnaissant qu’il a pu faire une erreur dans le flot d’émotions qui a dû suivre l’envol réussi du Falcon Heavy).

Rendez-vous lointain avec Mars en 2020

Du coup, où va la voiture d’Elon Musk ? Attachée au deuxième étage, elle est sur une orbite autour du Soleil inclinée de 1,05 degré par rapport à l’écliptique (le plan orbital de la Terre). Sur ce trajet, la voiture s’approche au plus près à 0,986 UA et s’en éloigne au plus à 1,667 UA. L’UA est l’Unité Astronomique qui est la moyenne de la distance Terre-Soleil soit environ 150 millions de kilomètres. Cela signifie que le roadster tourne autour du Soleil en y étant au plus près à une distance comparable à celle de notre planète pour s’en éloigner un peu au-delà de l’orbite de Mars (en effet, au plus loin, Mars est à 1,665 UA de notre étoile). L’objectif fixé par le patron de SpaceX est du coup atteint.
Jonathan McDowell a calculé avec un outil en ligne du Jet Propulsion Laboratory de la NASA que la voiture croisera au plus près de Mars le 8 octobre 2020. Mais la distance sera tout de même de 7 millions de kilomètres ! Une marge confortable car un tel véhicule ne répond pas aux normes de protection planétaire et aurait pu, en cas d’arrivée à la surface, contaminer Mars. En ce qui concerne la Terre, une «visite» se produira au mois de mars 2021 à 45 millions de kilomètres, toujours selon Jonathan McDowell. Auparavant, la voiture aura passé l’orbite de la Lune dès le 8 février 2018 et croisé une première fois celle de Mars en juillet de cette année. Pour ces calculs, l’astrophysicien ne va pas au-delà de 2030.

Le voyage de Starman au volant du roadster Tesla se déroule désormais sans images : Elon Musk a indiqué que les batteries nécessaires pour alimenter les caméras et la transmission radio du flux vidéo avaient une autonomie de 12 heures. Il a d’ailleurs posté le cliché ci-dessous qualifié de «dernier».

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