John Young, l’astronaute devenu une légende

John Young, l’astronaute devenu une légende

Vétéran de 6 missions, marcheur lunaire, John Young a piloté 4 types de vaisseaux différents, dont la navette pour son vol inaugural. Un palmarès qui en a fait une légende de son vivant. Il nous a quittés le 5 janvier.

Avec le décès de John Young, on peut dire qu’un géant de l’astronautique a définitivement quitté notre planète. Né en 1930 à San Francisco, sa famille s’installe à Orlando en Floride 3 ans plus tard, à moins de 100 km de l’endroit où seront érigés la Cape Canaveral Air Force Station et le Kennedy Space Center d’où il partira pour ses 6 missions spatiales.

John Young : une légende de son vivant

Avec presque 40 jours cumulés dans l’espace en 6 vols, John Young est très loin des records de plus de 800 jours du trio de tête en la matière (les Russes Padalka, Malenchenko et Krikalev). Mais si l’astronaute de la NASA est devenu de son vivant une légende, ce n’est pas en raison de la totalité de ses jours là-haut, mais par la nature même des missions accomplies et une carrière exemplaire au service de ses collègues et de leur sécurité.

La vidéo NASA ci-dessous rend hommage à John Young.

C’est âgé de 32 ans, alors qu’il est pilote d’essai de la Navy, qu’il est retenu par la NASA au sein de la deuxième sélection d’astronautes de l’agence en 1962. Un an plus tard, il participe à sa première mission spatiale, Gemini 3, avec Gus Grissom comme commandant. Il s’agit là du premier vol habité du vaisseau Gemini. En 1966, il repart pour Gemini 10 en qualité de commandant accompagné de Michael Collins. Sa prochaine mission, Apollo 10, l’emmène autour de la Lune en 1969. En qualité de pilote du Module de Commande, il devient le premier homme à tourner seul dans son vaisseau autour de notre satellite naturel alors que ses 2 collègues (Stafford et Cernan) testent le Module Lunaire mais sans alunir. Trois années passent et, en 1972, il repart comme commandant d’Apollo 16. Il marche alors sur la Lune avec Charles Duke.

Ci-dessous un film NASA d’époque retraçant Apollo 16.

En dépit de ces 4 vols qui forment déjà un palmarès exceptionnel, la carrière spatiale de John Young n’est pas close. Le 12 avril 1981, il commande le vol inaugural (STS-1) de la navette Columbia, premier véhicule spatial habité réutilisable de l’histoire. Robert Crippen est à ses côtés. Il s’agit toujours du seul vol inaugural d’un engin spatial avec des astronautes à bord, tous les autres ayant connu au moins un essai en automatique avant.
En 1983, il signe 3 premières en commandant un deuxième vol de navette, STS-9, à nouveau à bord de Columbia. Il s’agit tout d’abord du record (à l’époque) du nombre d’astronautes à bord d’un véhicule spatial avec 6 personnes. Dans la soute, le module-laboratoire pressurisé européen Spacelab accomplit son vol inaugural. De plus, John Young devient la première personne qui cumule 6 missions spatiales. Au passage, il avait été la première avec 5 lors de STS-1 !

En 2011, lors de l’arrêt du programme navette, John Young (au centre) a posé pour une photo NASA avec (à sa droite) Robert Crippen, son co-équiper sur STS-1, et l’équipage de STS-135, la dernière mission de l’avion spatial américain. À la droite de Crippen : Doug Hurley. À la gauche de Young : Chris Ferguson, Sandra Magnus et Rex Walheim. Crédit : NASA Photo/Houston Chronicle, Smiley N. Pool

En 2011, lors de l’arrêt du programme navette, John Young (au centre) a posé pour une photo NASA avec (à sa droite) Robert Crippen, son co-équiper sur STS-1, et l’équipage de STS-135, la dernière mission de l’avion spatial américain. À la droite de Crippen : Doug Hurley. À la gauche de Young : Chris Ferguson, Sandra Magnus et Rex Walheim.
Crédit : NASA Photo/Houston Chronicle, Smiley N. Pool

Aujourd’hui, John Young partage son record de 6 missions avec 6 autres astronautes tandis que 2 (Chang-Diaz et Ross) sont à 7 (le record actuel donc). En revanche, le natif de San Francisco conserve le record de pilotage du nombre (4) d’engins spatiaux différents : la capsule Gemini, le Module de Commande Apollo, le Module Lunaire Apollo et la navette.
Si John Young est une légende au sein des astronautes, et au-delà de son palmarès de missions, c’est aussi en raison de son professionnalisme. L’astronaute Charles Bolden, qui fut administrateur de la NASA de 2009 à 2017, estime qu’il était avec Robert Gibson le meilleur pilote qu’il ait connu lors de sa carrière d’aviateur de la Navy. John Young était de plus connu pour être très attentif à la sécurité de ses collègues, et ceci depuis Gemini. Un sujet qu’il savait aborder avec son humour distinctif car on lui attribue la citation suivante : «Toute personne assise au sommet du plus gros système au monde alimenté en hydrogène et oxygène liquides, et qui n’est pas un peu inquiète, ne comprend pas pleinement la situation» (à propos de STS-1). Après l’accident de Challenger en 1986 qui coûta la vie aux 7 astronautes à bord, il n’hésita pas critiquer la NASA, pointant les manques en matière de sécurité. Il ne quitta l’agence américaine qu’en 2004 à 74 ans, ayant travaillé sans relâche sur le sujet.

John Young à la Cité de l’espace

Comme beaucoup de ses confrères, John Young était aussi un ambassadeur efficace du spatial. Il visita ainsi la Cité de l’espace de Toulouse les 10 et 11 décembre 1998. Philippe Droneau, directeur des publics à la Cité de l’espace, se souvient et les lignes qui suivent sont le récit qu’il nous fait de cette rencontre.

John Young (à gauche) avec Philippe Droneau à la Cité de l’espace. Crédit : Cité de l’espace/Philippe Droneau

John Young (à gauche) avec Philippe Droneau à la Cité de l’espace.
Crédit : Cité de l’espace/Philippe Droneau

Un peu plus d’un an après son ouverture, la Cité de l’espace souhaitait accompagner l’arrivée de sa pierre de Lune, rapportée par l’expédition Apollo 15, par la visite d’un astronaute ayant marché sur notre satellite naturel. Une lettre du 16 novembre 1998 de la NASA lui indiqua que John Young viendrait à peine 3 semaines plus tard.  Contrairement à ses collègues ayant marché sur la Lune, et qui travaillaient tous dans le privé, John Young était resté attaché à la NASA et ses déplacements se faisaient dans ce cadre institutionnel prestigieux.

L’astronaute à la Cité de l’espace parle du rover LRV qu’il a conduit sur la Lune. De gauche à droite : Philippe Droneau, John Young, Guy Lemichel (traducteur) et Serge Gracieux de la Cité de l’espace. Crédit : Cité de l’espace/Philippe Droneau

L’astronaute à la Cité de l’espace parle du rover LRV qu’il a conduit sur la Lune. De gauche à droite : Philippe Droneau, John Young, Guy Lemichel (traducteur) et Serge Gracieux de la Cité de l’espace.
Crédit : Cité de l’espace/Philippe Droneau

Il a passé 2 jours complets à Toulouse, rencontrant de nombreuses classes d’élèves, des médias, des personnalités ainsi que 800 personnes au Centre de Congrès Pierre Baudis. John Young signa aussi de nombreux autographes et s’intéressa de très près à la Cité de l’espace et ses expositions. Il montra beaucoup de curiosité pour la politique française et européenne, notamment le lancement de la monnaie commune européenne l’Euro, qui allait avoir lieu quelques jours plus tard, le 1er janvier 1999. De retour à Houston, John Young envoya plusieurs témoignages de remerciements aux équipes de la Cité de l’espace.

Avec le décès de cette légende de l’astronautique, on notera qu’il ne reste plus que 5 marcheurs lunaires en vie.

De gauche à droite, les marcheurs lunaires (ceux qui sont décédés sont en noir et blanc) : Gene Cernan (Apollo 17, 1934-2017), Harrison Schmitt (Apollo 17, né en 1935), Neil Armstrong (Apollo 11, 1930-2012), Buzz Aldrin (Apollo 11, 1930), David Scott (Apollo 15, 1932), Alan Bean (Apollo 12, 1932), Pete Conrad (Apollo 12, 1930-1999), James Irwin (Apollo 15, 1930-1991), Alan Shepard (Apollo 14, 1923-1998), Ed Mitchell (Apollo 14, 1930-2016), John Young (Apollo 16, 1930-2018) et Charles Duke (Apollo 16, 1935).

De gauche à droite, les marcheurs lunaires (ceux qui sont décédés sont en noir et blanc) : Gene Cernan (Apollo 17, 1934-2017), Harrison Schmitt (Apollo 17, né en 1935), Neil Armstrong (Apollo 11, 1930-2012), Buzz Aldrin (Apollo 11, 1930), David Scott (Apollo 15, 1932), Alan Bean (Apollo 12, 1932), Pete Conrad (Apollo 12, 1930-1999), James Irwin (Apollo 15, 1930-1991), Alan Shepard (Apollo 14, 1923-1998), Ed Mitchell (Apollo 14, 1930-2016), John Young (Apollo 16, 1930-2018) et Charles Duke (Apollo 16, 1935).