16 levers de Soleil avec Thomas Pesquet

16 levers de Soleil avec Thomas Pesquet

Lors du Festival de Cannes, 16 levers de Soleil réalisé par Pierre-Emmanuel Le Goff a reçu un accueil enthousiaste. Ce film de 1h50 qui suit la mission de Thomas Pesquet, au plus près du vécu de l’astronaute, sortira au cinéma fin 2018.

Ce 15 mai, Thomas Pesquet était au Festival de Cannes. Il a même monté les célèbres marches pour assister à la projection de Solo, nouvel opus situé dans l’univers de Star Wars et qui se centre, comme son titre l’indique, sur le charismatique contrebandier galactique. L’astronaute de l’Agence Spatiale Européenne (ESA) était accompagné de Pierre-Emmanuel Le Goff, réalisateur d’un film qui n’est en revanche pas du Space Opera puisqu’il retrace la mission de 6 mois du Français à bord de la Station Spatiale Internationale (ISS).

16 levers de Soleil au cinéma

Ce film, c’est 16 levers de Soleil, un titre qui rappelle que l’ISS tournant autour de la Terre en un peu plus de 90 minutes, ses occupants peuvent assister à 16 levers et couchers de notre étoile chaque jour. Avec sa compagnie de production La Vingt-Cinquième Heure, Pierre-Emmanuel Le Goff a décidé voici quelques années de suivre l’entraînement puis le vol de Thomas Pesquet. Aujourd’hui, avec la médiatisation qu’a connue l’astronaute, un tel projet semble tomber sous le sens, mais lorsque le réalisateur s’était lancé dans l’aventure, cette initiative s’imposait plutôt comme un pari osé, voire très osé.
La richesse du sujet est telle que Pierre-Emmanuel Le Goff avait toutefois en tête dès le départ une logique dite de formats complémentaires avec des documentaires pour la télévision, de la réalité virtuelle, des adaptations pour les planétariums ainsi qu’une déclinaison écran géant. Cette dernière, d’une durée de 28 minutes avec la voix de l’actrice oscarisée Marion Cotillard, est intitulée Dans les Yeux de Thomas Pesquet (notamment projetée en IMAX à la Cité de l’espace de Toulouse).

16 levers de Soleil est en revanche la version film de cinéma de 1h50 qui atteindra les salles obscures pour ce dernier trimestre 2018.
Ci-dessous, la bande-annonce.

16 levers de Soleil a été présenté au Festival de Cannes le 15 mai dans le cadre du Doc Day, journée événement du marché du film consacrée aux documentaires. Le réalisateur Pierre-Emmanuel Le Goff était bien évidemment présent et Thomas Pesquet a rejoint les spectateurs en fin de projection.

Thomas Pesquet (à gauche) et Pierre-Emmanuel Le Goff après la projection de 16 levers de Soleil lors du Festival de Cannes. Crédit : La 25ème Heure

Thomas Pesquet (à gauche) et Pierre-Emmanuel Le Goff après la projection de 16 levers de Soleil lors du Festival de Cannes.
Crédit : La 25ème Heure

Les impressionnantes vues de la Terre ne manquent pas à l’appel, sans oublier d’autres images fortes comme cet incroyable plan où Thomas Pesquet filme ses pieds avec notre planète 400 km plus bas alors qu’il sort en scaphandre ou encore l’atterrissage (le choc plutôt…) du Soyouz à la fin de la mission filmé de l’intérieur ! 

Le voyage intérieur de Thomas Pesquet

Mais le tour de force de ce long métrage, et ce qui le distingue des documentaires spatiaux habituels (nonobstant leurs qualités intrinsèques), réside dans son approche «intimiste» pour reprendre le mot employé par Pierre-Emmanuel Le Goff lorsque nous avons discuté du film avec lui. Documentaire par son sujet, 16 levers de Soleil s’impose comme une expérience cinématographique où le spectateur vit ce que le réalisateur appelle le «voyage intérieur de Thomas Pesquet». Ce qui se traduit par des scènes peu vues, voire inédites, où, par exemple, on assiste au repas pris par Thomas Pesquet et ses co-équipiers (l’Américaine Peggy Whitson et le Russe Oleg Novitskiy) avant le décollage en présence de la famille. Pierre-Emmanuel Le Goff nous a aussi confié vouloir être «le plus réaliste possible». Rappelons que Thomas Pesquet, aidé de ses collègues, a filmé de nombreuses séquences à bord de l’ISS, ce qui permet de suivre la vraie vie des astronautes puisque leur travail scientifique est souvent montré (ce qui est une très bonne chose), de même que le sport obligatoire pour limiter les effets négatifs de l’impesanteur sur le corps, ou encore l’éloignement d’avec les proches quelque peu compensé par des liaisons Skype. Et bien évidemment les vues de la Terre depuis là-haut. Pour ces dernières, le réalisateur s’est efforcé «de ne pas trop retravailler les images». La logique consistait donc à corriger la façon dont le capteur de la caméra saisit notre planète afin de transmettre ce que voit l’astronaute.

Thomas Pesquet joue du saxophone dans la Cupola, le poste d’observation de l’ISS, lors de ses quelques moments de temps libre au cours de sa mission de 196 jours dans l’espace de novembre 2016 à juin 2017. Crédit : La 25ème Heure

Thomas Pesquet joue du saxophone dans la Cupola, le poste d’observation de l’ISS, lors de ses quelques moments de temps libre au cours de sa mission de 196 jours dans l’espace de novembre 2016 à juin 2017.
Crédit : La 25ème Heure

Un énorme travail sur le son a de plus été accompli grâce à des enregistrements des ambiances de l’ISS effectués par Thomas Pesquet mais aussi par son collègue allemand Alexander Gerst au cours d’un précédent vol. Une fois de plus, on retrouve le souci de plonger le public au cœur d’une mission sur orbite. Ce qui explique l’absence de tout commentaire didactique : «Je voulais donner un maximum de place à ce qui se passe dans l’image et dans le son» nous a souligné Pierre-Emmanuel Le Goff. Et force est de constater que ce parti-pris audacieux fonctionne, images et sons suffisant à transmettre le vécu de Thomas Pesquet. Des extraits des conversations de l’astronaute avec ses proches ou les échanges entre les membres d’équipage apportent le complément d’information nécessaire. Par moment, on entend des passages des écrits du célèbre aviateur et poète Antoine de Saint-Exupéry qui collent étonnamment au «voyage intérieur de Thomas Pesquet». Pour retranscrire «les évolutions des émotions de Thomas», Pierre-Emmanuel Le Goff a fait aussi appel au saxophoniste et compositeur Guillaume Perret. Ce dernier a de plus conçu un morceau que l’astronaute a interprété à bord de l’ISS avec son propre saxophone (séquence que l’on retrouve dans le film) amené par un cargo spatial. Après la projection à Cannes, Thomas Pesquet a tenu à remercier Guillaume Perret pour cette partition, soulignant avec humour qu’elle avait été de toute évidence écrite pour ne pas être trop difficile à jouer, sans quoi il n’y serait pas arrivé en raison de son niveau !

Rappelons donc que 16 levers de Soleil doit sortir en salles lors du dernier trimestre 2018. Pierre-Emmanuel Le Goff y a même glissé une subtile allusion au grand classique 2001, l’Odyssée de l’Espace. C’est lié au monolithe et nous n’en dirons pas plus : à vous de la dénicher au cinéma.

Mise à jour : le film est sorti le 3 octobre 2018.