Un satellite européen évite une collision

Un satellite européen évite une collision

Début septembre, le satellite d’observation de la Terre de l’ESA Aeolus a dû procéder à une manœuvre orbitale afin d’éviter une collision avec Starlink 44 de la constellation de SpaceX dédiée à la connectivité web.

Le 2 septembre, les contrôleurs au sol de l’Agence Spatiale Européenne (ESA) ont ordonné au satellite Aeolus (mesure de la vitesse du vent depuis l’orbite) d’augmenter son altitude de 350 m afin d’éviter une possibilité de collision avec l’un des 60 petits satellites Starlink lancés par SpaceX afin de tester la technologie de sa future constellation dédiée à la connectivité web.

Sur orbite, y a-t-il une priorité à droite ?

L’ESA précise que les calculs d’orbite menés à partir de données fournies par le 18th Space Control Squadron de l’US Air Force montraient que son satellite Aeolus avait 1 «chance» sur 10 000 de percuter le Starlink 44 dans environ une semaine, à savoir le 2 septembre. Si 1 sur 10 000 semble peu, cela viole les critères de sécurité édictés. On notera tout d’abord que le fait qu’Aeolus soit bien plus massif (1 366 kg) que le Starlink (227 kg) ne garantit aucune protection pour le plus gros des 2. Les vitesses relatives de choc sont en effet susceptibles d’entraîner de graves dommages aux 2 engins voire plus probablement de les détruire totalement. De plus, une telle collision aurait eu pour conséquence la création de nombreux débris sur l’orbite basse qui seraient devenus de véritables dangers pour les autres satellites en dépit de leur petite taille.

Aeolus a été construit pour l’ESA par Airbus Defense and Space. Lancé en août 2018, il teste en ce moment une technique de mesure de la vitesse des vents depuis l’orbite. Crédit : ESA/ATG Medialab

Aeolus a été construit pour l’ESA par Airbus Defense and Space. Lancé en août 2018, il teste en ce moment une technique de mesure de la vitesse des vents depuis l’orbite.
Crédit : ESA/ATG Medialab

SpaceX a été informé de la possibilité d’une collision par l’ESA le 28 août, mais a répondu ne pas mettre en place une manœuvre d’évitement. Entre-temps, le risque était passé à 1 pour 1000, 10 fois au-delà de la marge de sécurité. L’ESA a donc envoyé à Aeolus une commande de rehausse d’orbite de 350 m accomplie avec succès une demie-orbite avant la rencontre du 2 septembre.

Le 24 mai 2019, SpaceX a lancé en une fois 60 satellites Starlink (ici encore ensemble dans leur dispositif de largage sur orbite). Le but est de proposer une connectivité web mondiale, mais cela demandera des milliers de satellites Starlink en activité ! Crédit : SpaceX

Le 24 mai 2019, SpaceX a lancé en une fois 60 satellites Starlink (ici encore ensemble dans leur dispositif de largage sur orbite). Le but est de proposer une connectivité web mondiale, mais cela demandera des milliers de satellites Starlink en activité !
Crédit : SpaceX

Sur les réseaux sociaux, les réactions n’ont pas manqué, souvent empreintes de parti-pris.
Puis SpaceX a commenté l’affaire par un communiqué expliquant que le 28 août la probabilité de collision était selon ses équipes en dessous des critères de sécurité. Lorsque les chiffres ont changé et que le danger s’est précisé, SpaceX reconnaît que les responsables de Starlink n’ont pas répondu en raison d’un «bug dans notre système d’appel» qui a empêché le suivi des échanges. La société privée américaine assure qu’une enquête est en cours et que des actions correctrices seront menées.

Au final, cette collision évitée met en avant l’absence de réglementation pour gérer ce genre de situation. Pour être clair, sur orbite, il n’y a pas l’équivalent de la priorité à droite du code de la route, bref, une règle disant qui doit accomplir en premier une manœuvre d’évitement (qui rappelons-le consomme du carburant !). Jusqu’à maintenant, tout repose sur la bonne volonté des opérateurs de satellites, qu’ils soient publics ou privés. Toutefois avec l’arrivée de constellations comme Starlink ou d’autres qui, pour par exemple fournir une couverture web mondiale, annoncent des milliers d’engins sur orbite, la situation ne sera plus la même et beaucoup appellent à une réglementation.

Schéma de la potentielle collision du 2 septembre. Avant que le satellite européen Aeolus effectue sa manœuvre d’évitement, le risque était de 1 pour 1000, 10 fois au-dessus des critères de sécurité. Crédit : ESA

Schéma de la potentielle collision du 2 septembre. Avant que le satellite européen Aeolus effectue sa manœuvre d’évitement, le risque était de 1 pour 1000, 10 fois au-dessus des critères de sécurité.
Crédit : ESA