Alexeï Leonov rejoint le firmament

Alexeï Leonov rejoint le firmament

En 1965, Alexeï Leonov est devenu le premier marcheur spatial. Pour son deuxième et dernier vol, il marqua en 1975 la réconciliation sur orbite des deux rivaux de la course à l’espace avec Apollo-Soyouz. Il nous a quittés à 85 ans le 11 octobre.

Il fait partie de ces astronautes pionniers des vols habités devenus des légendes de leur vivant, à l’égal par exemple d’un Youri Gagarine ou d’un Neil Armstrong. Cette comparaison n’est pas sans raison car Alexeï Leonov devint le premier marcheur de l’espace en 1965, un exploit accompli au péril de sa vie et qui confirma à l’époque l’avance soviétique en matière spatiale dans un contexte de guerre froide avec les États-Unis.

Alexeï Leonov lors de son historique sortie en scaphandre : le 18 mars 1965, il est devenu le premier piéton de l’espace. Crédit : FAI

Alexeï Leonov lors de son historique sortie en scaphandre : le 18 mars 1965, il est devenu le premier piéton de l’espace.
Crédit : FAI

De la course à la détente

Né le 30 mai 1934 à Listvankia en Sibérie de l’Ouest, Alexeï Leonov fut retenu au sein d’une sélection menée parmi les pilotes de l’armée soviétique afin de former un contingent de cosmonautes. De fait, il intégra en 1960 le premier groupe constitué de 20 élus qui comprenait bien évidemment Youri Gagarine, le premier homme dans l’espace le 12 avril 1961. À cette époque, les États-Unis et l’Union Soviétique étaient engagés dans une course à l’espace au cours de laquelle les belligérants de la guerre froide démontraient leurs capacités technologiques respectives.
L’heure était à une succession de premières largement remportées par les Soviétiques. C’est ainsi qu’Alexeï Leonov devint le premier «marcheur de l’espace» en 1965 au cours de la mission Voskhod 2.

Ci-dessous une vidéo en français de la chaîne Stardust qui revient sur cette mission historique.

La sortie spatiale de Leonov fut certes un succès, mais elle faillit lui coûter la vie ! Un aspect que la propagande de l’époque mit de côté. À l’aide d’un sas gonflable, le cosmonaute quitta le vaisseau Voskhod 2 et son collègue Pavel Belayev. Pendant un peu plus d’une dizaine de minutes, Alexeï Leonov flotta dehors sur orbite, mais dut batailler pour revenir dans le sas car sa combinaison Berkut, trop gonflée, le gênait énormément. Pour s’en sortir, il la décompressa partiellement. Les difficultés n’étaient toutefois pas finies, car le Voskhod  2 rencontra des problèmes et se posa à plus de 300 km du point visé, forçant les 2 cosmonautes à affronter le froid dans une forêt inhospitalière avant l’arrivée des secours.

Alexeï Leonov a visité la Cité de l’espace à Toulouse en 2007. De gauche à droite : Philippe Droneau de la Cité de l’espace, l’astronaute français Michel Tognini et Alexeï Leonov.<br /> Crédit : DR

Alexeï Leonov a visité la Cité de l’espace à Toulouse en 2007. De gauche à droite : Philippe Droneau de la Cité de l’espace, l’astronaute français Michel Tognini et Alexeï Leonov.
Crédit : DR

Alexeï Leonov était aussi pressenti pour marcher sur la Lune dans le cadre du programme lunaire habité soviétique, concurrent secret de l’Apollo américain. L’énorme lanceur N-1 comparable au Saturn V de la NASA devait envoyer autour de notre satellite naturel une capsule LOK (Lunniy Orbitalny Korabl) dérivée du Soyouz et un module lunaire dit LK (Lounnyï korabl). Ce dernier n’aurait hébergé qu’un seul cosmonaute (l’autre restant dans la capsule sur orbite lunaire) qui aurait accompli solitairement des foulées sélènes et planté le drapeau soviétique.

Alexeï Leonov en 2007 à la Cité de l’espace avec l’astronaute américain Robert Satcher (à droite en combinaison bleue) à l’occasion de l’ouverture de l’exposition Cosmomania. Lors d’une retraite active, le premier marcheur spatial participa à plusieurs événements et conférences afin d’expliquer à un large public les vols habités et leurs défis. Crédit : Cité de l’espace

Alexeï Leonov en 2007 à la Cité de l’espace avec l’astronaute américain Robert Satcher (à droite en combinaison bleue) à l’occasion de l’ouverture de l’exposition Cosmomania. Lors d’une retraite active, le premier marcheur spatial participa à plusieurs événements et conférences afin d’expliquer à un large public les vols habités et leurs défis.
Crédit : Cité de l’espace

Les États-Unis remportant la course à la Lune, le programme basé sur le lanceur N-1 (4 vols d’essai inhabités, tous des échecs) fut abandonné et le climat politique se dirigea vers la détente. C’est ainsi qu’Alexeï Leonov repartit dans l’espace en 1975 en qualité de commandant du Soyouz 19 en configuration biplace (avec Valeri Kubasov) destiné à rejoindre sur orbite une capsule Apollo et ses 3 astronautes (Tom Stafford, Vance Brand et Deke Slayton). Les deux blocs signaient ainsi une réunion symbolique autour de la Terre qui préfigurait une volonté de coopération.

Ci-dessous une autre vidéo de la chaîne Stardust, cette fois-ci à propos d’Apollo-Soyouz.

Cosmonaute et artiste

Après Apollo-Soyouz, Alexeï Leonov occupa jusqu’en 1982 la position de chef des cosmonautes au centre d’entraînement Youri Gagarine à La Cité des Étoiles en banlieue de Moscou et passage obligé de toute personne qui part à bord des vaisseaux soviétiques puis russes quelle que soit sa nationalité. Le premier marcheur de l’espace connut ensuite une retraite active, avec un poste de vice-président dans une banque et surtout un intérêt toujours marqué pour le spatial. Il contribua à ce titre à plusieurs événements et conférences et écrivit des livres (dont un avec l’astronaute américain David Scott intitulé Two Sides of the Moon). On notera qu’il fait partie des membres fondateurs de l’Association of Space Explorers accueillie à Toulouse et à la Cité de l’espace en 2017 pour son congrès annuel.

Alexeï Leonov avec l’astronaute allemand de l’Agence Spatiale Européenne (ESA) Alexander Gerst à la Cité des Étoiles en 2014, peu avant que ce dernier ne rejoigne Baïkonour pour s’envoler vers la Station Spatiale Internationale. Crédit : NASA

Alexeï Leonov avec l’astronaute allemand de l’Agence Spatiale Européenne (ESA) Alexander Gerst à la Cité des Étoiles en 2014, peu avant que ce dernier ne rejoigne Baïkonour pour s’envoler vers la Station Spatiale Internationale.
Crédit : NASA

Alexeï Leonov était également un artiste accompli, plus particulièrement dans le domaine de la peinture. Il laisse une œuvre unique dédiée à l’espace et aussi à la beauté de la Terre, perspective artistique sur notre place dans le vaste cosmos.
En 2 missions, il cumule 7 jours et 32 minutes sur orbite. Depuis 1970, un cratère nommé Leonov sur la Lune lui rend hommage. Il est situé sur la face cachée de notre satellite naturel au sein de la mer de Moscovie.
Ci-dessous, un reportage d’EuroNews de mai 2019 à l’occasion d’une rétrospective des peintures de Leonov au Musée de l’espace à Moscou.