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Apollo 11 Renaissance : Luna 15, le dernier coup de poker des Russes

Apollo 11 Renaissance : Luna 15, le dernier coup de poker des Russes
Nous sommes à présent le dimanche 13 juillet 1969. Tandis que les astronautes d'Apollo 11 prennent un repos dominical bien mérité trois jours avant le décollage, de l'autre côté de la planète, les ingénieurs du programme spatial soviétique s'activent sans relâche.

C’est qu’ils ne veulent surtout pas rater leur dernière chance de coiffer au poteau les Américains en ramenant avant eux, grâce à leur sonde Luna XV, des échantillons de sol lunaire. Même si le programme soviétique de vol habité vers la Lune est un échec définitif (voir notre dossier Apollo 11 oublis et légendes) les dirigeants soviétiques pourront toujours claironner que la science soviétique est si puissante qu’elle permet de se passer des hommes dans l’espace !

La filière des sondes Luna (ici Luna 16) destinées à ramener des échantillons de surface lunaire finira par connaître le succès, mais pas avant que deux missions Apollo ne se soient posées sur la Lune.Crédit : NASA

Le lancement de Luna XV intervient dans le plus grand secret le 13 juillet à 5h55 heure de Moscou, soit moins de 73 heures avant Apollo 11. Les Américains ne l’apprendront que le samedi suivant. Aussitôt, c’est le branle-bas de combat non seulement à la NASA mais aussi à la Maison Blanche : quelles sont exactement les intentions des Russes ? Veulent-ils espionner Apollo 11, voire brouiller ses communications avec la Terre ? L’astronaute Frank Borman, qui revient tout juste d’un séjour d’une semaine en Union Soviétique, est aussitôt mis à contribution.

Frank Borman, encore tout auréolé du succès de la mission Apollo 8, était un interlocuteur apprécié des Soviétiques.Crédit : NASA

Borman est reçu par Henry Kissinger lui-même, le ministre des affaires étrangères. Kissinger juge l’affaire suffisamment sérieuse pour proposer de décrocher le « téléphone rouge », la ligne directe entre Washington et Moscou mise en place au lendemain de la crise des missiles de Cuba, en 1962. Borman, fort de ses contacts noués avec les Russes lors de son récent voyage, pense qu’il n’y a pas besoin d’aller si loin.

Borman décide d’appeler lui-même le directeur de l’Institut soviétique des sciences, Mstislav Keldysh. Il ne parvient pas à le joindre directement, mais ses assistants lui promettent qu’ils fourniront  prochainement la trajectoire de Luna XV afin de dissiper toutes les inquiétudes. Ils tiennent promesse quelques heures plus tard, précisant que Luna XV est sur une orbite équatoriale lunaire et qu’elle ne croisera en aucun cas la trajectoire d’Apollo 11.

Le 21 juillet, les Soviétiques reconnaissent à leur manière leur échec en indiquant que « le programme de recherches sur l’espace circumlunaire et la vérification des nouveaux systèmes ont été menés à leur terme. La Station a quitté son orbite pour atteindre la surface de la Lune dans la zone prévue ». Dans la zone prévue sans doute, mais pas dans l’état espéré : il s’avérera par la suite que Luna XV s’est écrasée dans la Mer des crises, à 800 kilomètres du site d’alunissage d’Apollo 11, alors qu’elle devait réaliser un atterrissage en douceur pour prélever et ramener sur Terre des échantillons. Un échec soviétique qui donne encore un peu plus d’éclat au triomphe américain.

Quelles étaient les véritables intentions des Soviétiques ? Luna 15 aurait-elle pu mettre en péril Apollo 11 ? Ne manquez pas de venir en débattre avec des spécialistes de missions Apollo à la Cité de l’espace le 20 juillet.