Apollo 12


Apollo 12 crew
L’équipage de la mission Apollo 12. De gauche à droite : Charles «Pete» Conrad (commandant), Richard Gordon (pilote du Module de Commande Yankee Clipper) et Alan Bean (pilote du Module Lunaire Intrepid). Derrière eux, une maquette grandeur nature du Module Lunaire. Découvrez d’autres photos avec le portfolio Enjoy Space sur Apollo 12.
Crédit : NASA


Moins de quatre mois après les pas historiques de Neil Armstrong et Buzz Aldrin, l’Amérique envoyait de nouveau deux astronautes sur notre satellite naturel. À ce rythme-là, on rêvait d’une navette spatiale dès le milieu des années 1970, d’une base lunaire permanente et surtout de débarquer sur Mars avant l’an 2000 !

En trompe-l’oeil
Mais cet enthousiasme n’était qu’un trompe-l’oeil. Pour les politiques qui votaient les budgets spatiaux de l’époque, l’essentiel avait été accompli par Apollo 11, à savoir battre les Soviétiques dans la course à la Lune. En conséquence, les flots d’argent évoluaient désormais à la baisse. La NASA voulait toutefois montrer que l’exploration lunaire n’en était qu’à ses débuts et luttait contre un autre trompe-l’oeil qui présentait Apollo 12 comme un simple bis d’Apollo 11…
De fait, le programme scientifique de cette mission s’avérait plus ambitieux, car il reposait sur les acquis du précédent vol. Maintenant qu’on savait atterrir sur la Lune, on le ferait avec précision puisque les astronautes devraient rendre visite à Surveyor 3, une sonde arrivée là-haut en 1967. De plus, au lieu d’une seule sortie en scaphandre de deux heures et demie, cette fois-ci deux de presque 4 heures avaient été prévues.

Foudroyé au décollage
Le 14 novembre 1969, la fusée Saturn V décollait du centre spatial Kennedy en Floride à 11h22, heure locale… sous une averse de pluie ! 36 secondes plus tard, la foudre s’abattait sur le lanceur en pleine ascension. Une nouvelle décharge frappa 16 secondes après. La trajectoire n’en fut pas affectée, mais les contrôleurs au sol comme les astronautes notèrent une anomalie. En fait, la foudre avait provoqué l’arrêt des piles à combustible du CSM (Command and Service Module, l’ensemble formé par la capsule Apollo et son module de service) dont l’alimentation en électricité bascula aussitôt sur batteries. À Houston, l’ingénieur John Aaron identifia correctement la panne, car il y avait été confronté lors d’un entraînement voici un an. Mais lorsqu’il demanda à l’équipage d’actionner un interrupteur spécifique, ni le commandant Pete Conrad, ni le pilote du Module de Commande Charles Gordon ne comprirent la consigne. Fort heureusement, Alan Bean se souvenait de l’entraînement comme Aaron et effectua la procédure requise, évitant certainement une annulation de la mission !

Apollo 12 launch
À 11h22, heure locale de Floride, la fusée Saturn V arrachait ses 110 m de hauteur et ses 3 000 tonnes du pas de tir 39A du centre spatial Kennedy sous une averse de pluie.
Crédit : NASA


Le grand pas de Conrad
Quatre jours plus tard, Apollo 12 s’inscrivait sur orbite lunaire. Charles Gordon resta à bord de la «capsule» baptisée Yankee Clipper tandis que ses deux compagnons descendaient vers notre satellite naturel à bord du Module Lunaire Intrepid. L’alunissage eut lieu le 19 novembre 1969 à 6h54 TU (Temps Universel) dans une région connue sous le nom d’océan des Tempêtes. Un peu moins de 5 heures plus tard, Pete Conrad devenait le troisième homme sur la Lune et dit «C’en était peut-être un petit pour Neil, mais c’en est un grand pour moi !». Curieux pour une phrase censée être historique… Toutefois, le commandant d’Apollo 12 était réputé pour sa verve naturelle et une bonne dose d’autodérision. Il faisait ainsi allusion au fait qu’il était plus petit en taille que Neil Armstrong et démontrait également à la journaliste italienne Oriana Fallaci que la NASA ne dictait pas le contenu des conversations des astronautes comme elle le pensait ! Que Conrad prononce cette blague au pied de l’échelle du Module Lunaire avait même fait l’objet d’un pari de 500 dollars (une somme rondelette en 1969) entre eux deux. L’astronaute précisa plus tard n’avoir jamais réclamé son dû.
Trente minutes après, Alan Bean rejoignait son commandant. Les deux hommes s’attelèrent alors à leur programme chargé comprenant le déploiement du drapeau américain, la mise en service d’expériences scientifiques et la récolte d’échantillons. Hélas, en déplaçant la caméra de télévision, Bean pointa accidentellement celle-ci vers le Soleil, ce qui brûla instantanément le capteur Vidicon à tube, privant Apollo 12 de l’un de ses atouts majeurs en matière de communication : des images couleurs en direct de la Lune.

Surveyor 3 : une première !

Cette première sortie en scaphandre s’acheva à 15h28 TU par la fermeture de l’écoutille de l’Intrepid. Les deux hommes se reposèrent alors un peu avant de débuter leur deuxième marche le 20 novembre à 3h54 TU. Le but de leur excursion : la sonde Surveyor 3 qui arriva sur la Lune le 17 avril 1967. Grâce à la précision de l’atterrissage, ils n’en étaient qu’à environ 200 m. Pour la première fois, et seule fois à ce jour, des astronautes allaient rendre visite au robot qui les avait précédés ! Le déplacement n’était cependant pas uniquement symbolique et intéressait au plus haut point les ingénieurs. On n’avait en effet alors aucun recul (et toujours très peu actuellement) sur la façon dont ce type de matériel «vieillissait» sur la Lune. Pete Conrad et Alan Bean prélevèrent donc 10 kg d’éléments divers sur Surveyor 3 dont sa caméra afin de les ramener sur Terre. Celle-ci est exposée au Air and Space Museum de Washington. Cette deuxième et dernière sortie en scaphandre de la mission s’acheva à 7h44 TU le 20 novembre. Six heures et quarante minutes après, la partie supérieure de l’Intrepid décollait avec Pete Conrad et Alan Bean pour rejoindre le Yankee Clipper et Richard Gordon. Le trio d’Apollo 12 de nouveau réuni, le retour vers la Terre put commencer.

Apollo 12 - surveyor 3
Lors de la deuxième sortie en scaphandre, les astronautes (ici Pete Conrad) rendirent visite à la sonde Surveyor 3 qui s’était posée sur la Lune en avril 1967. Au loin, on remarque le Module Lunaire.
Crédit : NASA

Impressionnisme lunaire
Le 24 novembre 1969, Yankee Clipper entrait dans l’atmosphère terrestre. Les trois hommes ne le savaient pas alors, mais quelques techniciens craignaient depuis le 14 novembre que la foudre au décollage ait endommagé le système pyrotechnique qui déclenche l’ouverture des parachutes… Tel ne fut pas le cas et la capsule amerrit sans encombre dans l’océan Pacifique à 20h58 TU. La mission avait duré en tout 10 jours, 4 heures et 26 minutes, ramené 34 kilos d’échantillons lunaires pour 31,5 heures passées sur le sol de notre satellite naturel dont 7 heures et 27 minutes de sortie en scaphandre. De son côté, Richard Gordon cumula 45 orbites autour de la Lune pendant 89 heures. Ce dernier espérait repartir là-haut pour y marcher avec Apollo 18. Un projet qui ne concrétisa jamais, cependant le pilote du Module de Commande travailla ensuite au développement de la navette spatiale. Pete Conrad eut lui l’occasion de repartir en restant dans la banlieue terrestre puisqu’il commanda le premier équipage de la station américaine Skylab en 1973. Il décéda des suites d’un accident de moto le 8 juillet 1999. Le coéquipier de Conrad sur la Lune, Alan Bean, participa également à une mission Skylab en qualité de commandant. Après avoir quitté la NASA en 1981, il se consacra entièrement à la peinture. Aujourd’hui, ses oeuvres qui représentent les missions Apollo dans un style inspiré des impressionnistes français ont acquis une réputation mondiale et Alan Bean est même considéré comme le premier artiste à avoir été sur la Lune.

Alan Bean
Alan Bean dans son atelier de peinture.
Crédit : Site officiel d’Alan Bean


Publié le 14 novembre 2009

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