Asteroid Day : protéger la Terre

Asteroid Day : protéger la Terre

Chaque année le 30 juin, l’Asteroid Day est l’occasion pour des scientifiques et astronautes d’expliquer qu’on peut prévenir l’impact d’un astéroïde sur la Terre en surveillant le ciel et en mettant au point des missions de déflexion.

Le 30 juin 1908, la région de la Toungouska en Sibérie (Empire Russe alors à l’époque) est le théâtre d’une catastrophe soudaine : un astéroïde ou un noyau de comète rentre dans l’atmosphère et se désintègre entre 5 et 10 km d’altitude. L’onde de choc qui frappe le sol détruit la forêt environnante sur un diamètre de 40 km !
La zone est fort heureusement inhabitée. Si ce corps céleste était tombé au-dessus d’une ville, cela aurait causé l’une des plus grandes catastrophes naturelles du 20ème siècle. Ce qu’on appelle l’événement de la Toungouska démontre le danger potentiel que représentent les astéroïdes et c’est pourquoi sa date anniversaire, le 30 juin, a été choisie pour l’Asteroid Day, jour de sensibilisation à cette thématique.

Toungouse - Asteroid Day

Des arbres couchés par le souffle de l’explosion de la Toungouska en 1908. Photo prise 11 ans après la catastrophe lors d’une expédition russe en 1929.
Crédit : DR

Brian May : le guitariste de Queen veut sauver la Terre !

Les astéroïdes sont en quelque sorte des «laissés pour compte» de la formation du Système solaire. Ces rochers vagabonds tournent autour du Soleil et un grand nombre sont regroupés dans la ceinture d’astéroïdes située entre Mars et Jupiter. Toutefois, certains ont des orbites qui peuvent les amener à proximité de notre planète avec du coup le risque d’une collision. Fort heureusement, l’humanité dispose aujourd’hui des technologies permettant de détecter ses «cailloux baladeurs» et même de chnager leur trajectoire en cas de menace. Plusieurs agences spatiales mènent ainsi des programmes de surveillance du ciel et étudient comment des missions pourraient modifier l’orbite d’un astéroïde.

Brian May - Asteroid Day

Brian May (à gauche) et le réalisateur Grig Richters sont les initiateurs de l’Asteroid Day.
Crédit : Asteroid Day

Néanmoins ces efforts sont jugés insuffisants par de nombreux scientifiques et astronautes qui plaident pour que des budgets plus conséquents soient consacrés à la protection de notre planète. C’est ainsi que Brian May, le guitariste du célèbre groupe de rock Queen, a décidé d’initier l’Asteroid Day. On notera que Brian May est également astrophysicien ! Des scientifiques comme le physicien britannique Stephen Hawking, l’astronome américain Neil deGrasse Tyson ou les astronautes américain Rusty Schweickart (Apollo 9) et canadien Chris Hadfield et bien d’autres ont rejoint le mouvement.
La vidéo ci-dessous est le premier épisode d’une série expliquant les objectifs de l’Asteroid Day.

Playlist de tous les épisodes

Les astéroïdes les plus gros ne sont pas les plus dangereux

Le danger d’un impact potentiel par un astéroïde fait souvent écho au cataclysme qui mit fin au règne des dinosaures il y a 65 millions d’années. Notons que ce n’est pas l’impact en lui-même qui décima alors une grande partie des formes de vie sur Terre dont les gigantesques sauriens, mais les conséquences entre autres climatiques de cette collision. Il s’agit toutefois de l’arbre qui cache la forêt. Le diamètre de l’astéroïde en cause est estimé à 10 km. Cela signifie que le «caillou baladeur» qui pourrait détruire notre civilisation a une taille suffisante pour faire partie des objets les plus faciles à détecter avec les moyens actuels, donc suffisamment longtemps avant pour qu’une mission spatiale visant à modifier sa trajectoire soit organisée. L’Agence Spatiale Européenne (ESA) par exemple travaille sur ce sujet et souhaite mener prochainement la mission AIM (Asteroid Impact Mission) qui étudiera l’astéroïde double Didymos : un objet de 800 m de large accompagné d’une petite lune de 170 m. Un engin de la NASA percuterait volontairement le plus petit et les mesures de la sonde européenne permettraient d’évaluer précisément les conséquences d’un tel impact afin de les intégrer à de futures stratégies de déviation de trajectoire.

Le film vidéo ESA ci-dessous explique cette mission.

Les organisateurs de l’Asteroid Day pointent le fait que les astéroïdes les plus petits, et donc bien plus difficiles à repérer, constituent une menace dont il faut s’occuper. Ainsi, l’objet en cause dans la catastrophe de la Toungouska pouvait ne faire qu’une quarantaine de mètres de largeur. Si un tel impact se produisait à nouveau au-dessus d’une région urbanisée, les conséquences seraient malheureusement bien plus dramatiques qu’en 1908. Et selon la zone touchée (grande métropole, région fortement industrialisée, etc.), la catastrophe aurait des répercussions mondiales et se doublerait d’un très lourd bilan humain.

Lutetia - Astéroïde

L’astéroïde Lutetia photographié par la sonde Rosetta de l’ESA alors qu’elle voguait vers la comète 67P. Situé dans la ceinture d’astéroïde entre Mars et Jupiter, cet objet fait 120 km de large. En dépit de sa taille impressionnante, il ne représente aucun danger car son orbite est stable. Les cratères à sa surface ont été causés par l’impact d’autres objets plus petits.
Crédit : ESA 2010 MPS for OSIRIS Team MPS/UPD/LAM/IAA/RSSD/INTA/UPM/DASP/IDA

On estime qu’en dessous de 7 à 10 m, notre atmosphère nous protège en consumant l’objet. Il existe du coup un «trou» dans notre défense de la Terre entre ce que l’atmosphère brule et les objets plus gros aisément détectés par les systèmes actuellement en place. Tel est l’objectif de l’Asteroid Day : mettre sur place un ambitieux programme de surveillance du ciel afin de répertorier ces objets trop petits pour être «vus» par les systèmes existants et suffisamment gros pour passer la barrière atmosphérique.

Dans la vidéo ci-dessous, Brian May explique les raisons qui l’ont poussé à mettre sur pied l’Asteroid Day et pourquoi la mission AIM de l’ESA lui semble être une initiative pertinente.

Concrètement, le mouvement Asteroid Day soutient une logique dite 100X afin de multiplier par 100 le nombre d’objets géocroiseurs (qui croisent l’orbite de la Terre) découverts par an. Les moyens techniques sont connus et reposent sur des télescopes automatiques au sol ou dans l’espace. Ainsi, avec 100 000 astéroïdes répertoriés par an, en 10 ans, on obtiendrait une couverture quasi complète des menaces potentielles venues du ciel. Plus de 17 000 personnes on signé la 100X Declaration.