Bataille juridique pour un atterrisseur lunaire

Bataille juridique pour un atterrisseur lunaire

La NASA a sélectionné la société privée SpaceX pour la fourniture de l’atterrisseur lunaire de son programme Artemis. Ecartée de ce marché, la firme Blue Origin de Jeff Bezos a décidé de porter l’affaire devant une cour fédérale.

Le retour sur la Lune dans le cadre du programme Artemis de la NASA a survécu à l’alternance politique qui a vu Joe Biden devenir le nouveau président des États-Unis. L’agence américaine prépare donc toujours une mission habitée sur notre satellite naturel avec 2024 en ligne de mire. Mais des imprévus juridiques se sont fait jour.

La NASA choisit SpaceX

Le programme Artemis de la NASA fait appel à la coopération internationale. Ainsi, l’Agence Spatiale Européenne (ESA) s’est-elle positionnée comme un partenaire majeur en participant à la future construction de la station Gateway autour de la Lune (fourniture de 2 modules notamment). Dans le schéma de mission retenu, une capsule Orion de la NASA ira s’amarrer à la Gateway où un atterrisseur lunaire attendra les astronautes. C’est à bord de ce vaisseau que l’équipage descendra vers le sol sélène. Cet atterrisseur lunaire version 21ème siècle sera bien évidemment aussi chargé de les ramener vers la station Gateway. Le retour vers la Terre se fera avec Orion.
Pour cet atterrissez lunaire dit HLS pour Human Landing System, la NASA a décidé de faire appel à une logique de prestation clé en main via des entreprises privées. Des propositions ont ainsi été déposées par SpaceX, la firme d’Elon Musk, National Team qui associe plusieurs sociétés aérospatiales sous la direction de Blue Origin fondée par Jeff Bezos et Dynetics, un groupe industriel.
Le 16 avril 2021, la NASA annonçait avoir retenu SpaceX (vidéo ci-dessous).

Ce choix était argumenté sur le plan technique, l’agence américaine estimant la proposition de SpaceX, reposant sur une version lunaire de son Starship en cours de développement, comme la plus mature. L’autre argument concernait les budgets disponibles. Le Congrès n’ayant pas voté l’intégralité des fonds demandés pour le HLS, la NASA ne pouvait retenir qu’un seul prestataire.

Le Starship de SpaceX en version «module lunaire». Crédit : SpaceX

Le Starship de SpaceX en version «module lunaire».
Crédit : SpaceX

Blue Origin conteste

La réponse de National Team via Blue Origin se traduit 10 jours plus tard, le 16 avril, par un recours auprès du Government Accountability Office (GAO), un organisme officiel d’audit des comptes public du Congrès. Jeff Bezos, qui a créé Blue Origin en septembre 2000, n’a jamais caché ses ambitions spatiales et avait d’ailleurs présenté dès mai 2019 le prototype d’atterrisseur lunaire Blue Moon qui a servi de base à la proposition de National Team.

L’atterrisseur lunaire de National Team qui réunit Blue Origin, Lockheed Martin, Northrop Grumman et le laboratoire Draper. Crédit : Blue Origin.

L’atterrisseur lunaire de National Team qui réunit Blue Origin, Lockheed Martin, Northrop Grumman et le laboratoire Draper.
Crédit : Blue Origin.

Jeff Bezos explique que SpaceX en tant qu’unique fournisseur du HLS d’Artemis met le programme en danger en cas de problème et s’oppose au principe de recours à la concurrence au départ voulu par la NASA. Le 26 juillet, le milliardaire rédige une lettre ouverte au nouvel administrateur de la NASA Bill Nelson pour à la fois souligner les mérites de son atterrisseur et les faiblesses de celui de SpaceX. Enfin, il promet que Blue Origin engagera 2 milliards de dollars en vue d’alléger la note…
Le 30 juillet, le GAO rejette toutefois les arguments de Blue Origin. La décision fait même l’objet d’un document de 76 pages rendu public le 10 août.
Jeff Bezos ne jette pas l’éponge pour autant. Parallèlement à des dons généreux en direction de plusieurs institutions chargées de l’éducation scientifique ou de la conservation du patrimoine spatial (par exemple 200 millions de dollars à la Smithsonian Institution), le patron de Blue Origin lance une critique sévère du Starship lunaire de SpaceX, notamment avec le graphique ci-dessous.

Les défauts et risques du Starship lunaire selon Blue Origin. Crédit : Blue Origin

Les défauts et risques du Starship lunaire selon Blue Origin.
Crédit : Blue Origin

On notera que l’affirmation selon laquelle il faudrait 16 vols de Starship (pour amener les ergols nécessaires) afin d’accomplir une mission lunaire façon SpaceX reste à vérifier. Elon Musk évoquait plutôt 8 vols (ce qui est cependant un défi logistique).
Cette campagne de dénigrement n’est pas forcément bien accueillie. Jeff Bezos ne laisse pas tomber pour autant et le 13 août Blue Origin porte cette fois-ci l’affaire devant une cour fédérale. La NASA explique alors que ses responsables «continuent de travailler avec le ministère de la Justice pour examiner les détails de l’affaire et attendent avec impatience une résolution rapide». Mais procédure en cours oblige, l’agence américaine décide le 19 août de faire une pause au moins jusqu’au 1er novembre pour tout ce qui concerne le HLS avec SpaceX. La firme d’Elon Musk continue toutefois le développement de son gigantesque lanceur sur ses propres fonds comme elle le fait depuis un moment. Seule la version lunaire pour la NASA étant impactée. Les arguments juridiques côté NASA et Blue Origin doivent être entendus oralement dès le 14 octobre.

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