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Chang’E-4 : la Chine sur la face cachée de la Lune

Chang’E-4 : la Chine sur la face cachée de la Lune

Ce 7 décembre, l’agence spatiale chinoise a lancé vers la Lune Chang’E-4, un atterrisseur (doté d’un rover) qui se posera sur la face cachée de notre satellite naturel. Une telle mission constitue une première.

Le programme lunaire chinois s’apprête à passer au stade de la première spatiale dans les jours qui viennent. Rappelons que la CNSA (China National Space Administration, l’agence spatiale de la Chine) a déjà mené 4 missions vers notre satellite naturel : 2 sondes autour de celui-ci (Chang’E-1 et 2*), une de test de retour d’une capsule depuis l’orbite lunaire (Chang’E-5T1) et une à la surface (Chang’E-3). Si ces vols constituent des réussites indéniables, ils ne décrochent pas le titre de premières au sens spatial, les États-Unis et la Russie ayant accompli des missions analogues dès la course à la Lune des années 1960.
En revanche, Chang’E-4 ambitionne un atterrissage sur la face cachée de la Lune, ce qui dans ce cas précis n’a jamais été fait !

(*) Chang’E-2 a ensuite quitté l’orbite lunaire pour survoler l’astéroïde Toutatis.

Chang’E-4 vise le cratère Von Kàrmàn

Pour cette exploration automatique, la CNSA utilise un engin équivalent à la mission Chang’E-3 qui marqua le premier alunissage chinois le 14 décembre 2013. En fait, Chang’E-4 est le double qui fut construit en cas d’échec !

Ces 2 photos montrent l’atterrisseur (à gauche) et le rover de Chang’E-3, la mission lunaire chinoise de 2014 sur la face visible. Rover et atterrisseur se sont mutuellement pris en photo. Le rover a une masse 150 kg pour environ 1,5 m de largeur. L’atterrisseur, lui, fait environ 4 m de large. Chang’E-4 reprendra les mêmes engins en y ajoutant des instruments scientifiques supplémentaires. Crédit : CNSA/Cité de l’espace

Ces 2 photos montrent l’atterrisseur (à gauche) et le rover de Chang’E-3, la mission lunaire chinoise de 2014 sur la face visible. Rover et atterrisseur se sont mutuellement pris en photo. Le rover a une masse 150 kg pour environ 1,5 m de largeur. L’atterrisseur, lui, fait environ 4 m de large. Chang’E-4 reprendra les mêmes engins en y ajoutant des instruments scientifiques supplémentaires.
Crédit : CNSA/Cité de l’espace

Toutefois, cette fois-ci, il ne s’agit plus d’atterrir sur la face visible de notre satellite naturel, ce qui fut systématiquement le cas pour toutes les missions à la surface de la Lune jusqu’ici. Rappelons que la rotation de la Lune sur elle-même étant égale à sa période de révolution autour de notre planète, la Lune nous présente toujours la même face. Bien évidemment, la face cachée n’est pas totalement inconnue puisque des sondes (et même des hommes lors d’Apollo) l’ont survolé de nombreuses fois. S’y poser se heurte cependant à une difficulté technique toute simple : aucun signal radio ne peut relier cette partie de la Lune et la Terre. C’est pourquoi la CNSA a mis en place une parade très efficace avec Queqiao. Lancé en mai de cette année, ce satellite a été envoyé avec succès sur une orbite dite de halo autour du point d’équilibre gravitationnel L2 Terre-Lune (point de Lagrange). Subtilité de de la gravitation, ce point L2 n’est pas celui qui se trouve entre la Terre et la Lune, mais au-delà de la Lune. Donc sur une ligne imaginaire, on a pour simplifier et dans cet ordre, la Terre, la Lune et Queqiao. Depuis ce point, le satellite est dans une position idéale pour servir de relais entre Chang’E-4 sur la face cachée et la Terre !

Lancé plus tôt dans l’année 2018, le satellite Queqiao va servir de relais entre Chang’E-4 à la surface de la Lune sur sa face cachée et la Terre. Crédit : CNSA/Cité de l’espace

Lancé plus tôt dans l’année 2018, le satellite Queqiao va servir de relais entre Chang’E-4 à la surface de la Lune sur sa face cachée et la Terre.
Crédit : CNSA/Cité de l’espace

Comme d’habitude, la CNSA reste plutôt avare de détails quant à sa mission lunaire. Chang’E-4 a décollé de la base de Xichang ce 7 décembre à 19h23 heure française au sommet d’un lanceur CZ-3B. Ci-dessous, un tweet (non-officiel) qui montre des images et une vidéo de l’envol.

Un communiqué officiel de la CNSA a confirmé que le lancement était un succès (communiqué en chinois). La sonde s’est ensuite dirigée vers notre satellite naturel.

Mise à jour du 13 décembre : un autre communiqué de la CNSA indique que Chang’E-4 s’est mise sur orbite autour de la Lune avec succès le 12 décembre.

L’atterrisseur de 1,2 tonne (une fois posé) vise le cratère Von Kàrmàn par 45° de latitude Sud au sein du bassin d’impact Pôle Sud-Aitken. Celui-ci ayant été formé suite à une collision survenue il y a plus de 3,8 milliards d’années, les scientifiques chinois espèrent en apprendre plus sur l’histoire géologique de l’astre des nuits. Mais au-delà de cet aspect, la complexité d’une telle mission et la taille relativement imposante de l’atterrisseur employé (environ 4 m de large) laisse penser que la Chine prépare ainsi les bases technologiques indispensables à une future exploration habitée…

Chang’E-4 doit atterrir au sein du cratère Von Kàrmàn. La CNSA a communiqué 2 images détaillant la zone d’arrivée. Nous y avons ajouté cette carte de la face cachée pour montrer le contexte. Crédit : NASA/CNSA/Cité de l’espace

Chang’E-4 doit atterrir au sein du cratère Von Kàrmàn. La CNSA a communiqué 2 images détaillant la zone d’arrivée. Nous y avons ajouté cette carte de la face cachée pour montrer le contexte.
Crédit : NASA/CNSA/Cité de l’espace