La capsule Crew Dragon vise le vol habité

La capsule Crew Dragon vise le vol habité

Le 19 janvier, SpaceX a mené avec succès un essai d’éjection en urgence de sa capsule Crew Dragon en plein vol. Encore quelques tests et le prochain décollage devrait être en direction de l’ISS avec 2 astronautes de la NASA.

Le Commercial Crew Program de la NASA pourrait bien entrer dans sa dernière ligne droite avant le début des vols réguliers vers la Station Spatiale Internationale (ISS). C’est en tout cas ce que laisse augurer le succès du test du 19 janvier qui a démontré l’efficacité de la procédure d’éjection de la capsule Crew Dragon de SpaceX lors d’un décollage.

Un lanceur détruit pour la bonne cause

Avec son Commercial Crew Program, l’agence américaine confie à deux sociétés privées, SpaceX et Boeing, le transport de ses astronautes sous la logique de contrats commerciaux pour un service «clé en main». S’agissant de vols habités et de l’autonomie des États-Unis dans ce domaine, la NASA garde cependant la main en certifiant les véhicules proposés via une série d’essais.
Le vol du 19 janvier faisait partie de ces tests. La société SpaceX a donc fait décoller du pas de tir LC-39A du Kennedy Space Center en Floride un exemplaire de sa capsule Crew Dragon (en mode automatique, aucun astronaute à bord) au sommet de son lanceur Falcon 9. Après 84 secondes de vol, et à 19 km d’altitude, la capsule s’est séparée du lanceur en utilisant ses propulseurs SuperDraco. Cette procédure d’éjection vise à sauver l’équipage en cas d’anomalie grave du Falcon 9.
Ci-dessous, la vidéo de SpaceX. Le décollage se produit à 18:00.

La procédure d’éjection survient à 19:23 tandis que le lanceur se désagrège dans une boule de feu quelques secondes après, ce qui était prévu. Cette destruction résulte de forces aérodynamiques que le Falcon 9 n’est pas conçu pour supporter (il ne vole plus  selon une trajectoire normale). La capsule Crew Dragon est ensuite revenue amerrir dans l’océan Atlantique sous ses 4 parachutes.

Demo-2, le premier vol habité Crew Dragon

La conférence de presse qui a suivi, en présence de Jim Bridenstine l’administrateur de la NASA, a confirmé que les premiers éléments indiquaient que le test avait rempli ses objectifs. Le patron de l’agence américaine a toutefois souligné qu’il restait à conduire d’autres essais, essentiellement des largages en altitude pour qualifier le système de parachutes. Si tout se déroule bien, le prochain vol spatial d’une Crew Dragon devrait être habité et en direction de l’ISS.
La vidéo SpaceX ci-dessous montre en animation une telle mission vers la station.

Toujours au cours de la conférence de presse du 19 janvier, Elon Musk, le patron de SpaceX, a estimé que ce vol pourrait avoir lieu lors du deuxième trimestre 2020, soit entre avril et juin. Ainsi, 9 ans après l’arrêt des navettes de la NASA, les États-Unis retrouveraient leur indépendance en matière de vols habités et d’accès à l’ISS. Pour le moment, l’agence américaine paye son partenaire russe un peu plus de 80 millions de dollars pour chaque astronaute qui voyage à bord d’un Soyouz.
L’équipage retenu pour le premier vol habité Crew Dragon, dit Demo-2, est connu. Il sera commandé par Douglas «Doug» Hurley avec Robert «Bob» Behnken comme pilote. Tous deux effectueront alors leur troisième mission sur orbite.

L’équipage de Demo-2, premier vol habité d’une capsule Crew Dragon de SpaceX : Doug Hurley (à gauche) et Bob Behnken, ici avec leur combinaison blanche SpaceX. Derrière eux, le véhicule Tesla Model X qui les amènera au pas de tir (Tesla est un fabricant d’automobiles dont Elon Musk est aussi le patron). Crédit : NASA/Kim Shiflett

L’équipage de Demo-2, premier vol habité d’une capsule Crew Dragon de SpaceX : Doug Hurley (à gauche) et Bob Behnken, ici avec leur combinaison blanche SpaceX. Derrière eux, le véhicule Tesla Model X qui les amènera au pas de tir (Tesla est un fabricant d’automobiles dont Elon Musk est aussi le patron).
Crédit : NASA/Kim Shiflett

On notera l’appellation Demo-2 qui souligne bien que ce vol en sera à nouveau un de test. Ce n’est qu’avec un nouveau succès, que la capsule de SpaceX sera alors certifiée pour transporter des astronautes dans le cadre des rotations d’équipage de l’ISS. Et il ne s’agit pas seulement d’Américains, car les astronautes de l’Agence Spatiale Européenne (ESA), mais aussi ceux du Canada et du Japon, volent via la NASA. Cette dernière explique que si elle a sélectionné deux prestataires (SpaceX et aussi Boeing avec sa capsule Starliner), c’est pour mieux garantir son autonomie d’accès à la station. La logique est que si un des deux vaisseaux (ou son lanceur attitré) connaît un imprévu qui le cloue au sol le temps de résoudre le problème, l’autre prendra intégralement la relève en attendant de revenir à des missions réparties entre les deux sociétés.