De l’eau coule sur Mars de nos jours

De l’eau coule sur Mars de nos jours

Grâce à des données de la sonde MRO de la NASA, des scientifiques ont conclu que sous certaines conditions, de l’eau très salée s’écoule le long de pentes sur Mars et laissent des traînées sombres en été.

La NASA avait éveillé l’intérêt en annonçant qu’un mystère martien était enfin résolu et qu’elle expliquerait tout lors d’une conférence de presse le 28 septembre. Les spéculations allèrent bon train, mais il s’agit au final d’une avancée majeure au sein d’une histoire connue depuis des années et pour laquelle plusieurs hypothèses avaient été avancées.

On a ainsi constaté sur des reliefs de la planète rouge des traces sombres évoquant des ravines. Ces traces de 50 cm à 5 m de large, et qui s’étendent sur des centaines de mètres le long des pentes, sont appelées RSL pour Recurring Slope Lineae (traits ou lignes récurrentes sur des pentes). Elles apparaissent en été à l’équateur et jusqu’à des latitudes moyennes pour ensuite disparaître puis revenir à l’été suivant. Observées avec Mars Global Surveyor et puis avec plus de résolution grâce à une autre sonde, Mars Reconnaissance Orbiter (MRO), leur origine fait l’objet de nombreuses hypothèses : éboulement de sable et/ou de roches, flot d’eau liquide issu de glace souterraine, ravines creusées par l’action du CO2, condensation de l’humidité de l’atmosphère martienne (pourtant très aride), etc.

Originaire du Népal, Lujendra Ojha du Georgia Institute of Technology travaille depuis plusieurs années sur ce sujet avec notamment Alfred McEwen, responsable scientifique de la caméra HiRISE de la sonde MRO (capable de réaliser des images de la surface de Mars avec une résolution de 50 cm). Le fait que de l’eau liquide puisse être impliquée dans ces RSL a ainsi été auparavant avancé mais le mécanisme exact restait à préciser.

Ce modèle 3D des pentes du cratère Garni sur Mars (réalisé à partir de clichés de la sonde MRO) montre bien les fameux RSL sombres le long des pentes. Le relief vertical est exagéré d’un facteur 1,5. Crédit : NASA/JPL-Caltech/Univ. of Arizona

Ce modèle 3D des pentes du cratère Garni sur Mars (réalisé à partir de clichés de la sonde MRO) montre bien les fameux RSL sombres le long des pentes. Le relief vertical est exagéré d’un facteur 1,5.
Crédit : NASA/JPL-Caltech/Univ. of Arizona

Lors de la conférence de presse du 28 septembre, les scientifiques impliqués, dont Ojha et McEwen, ont confirmé que de l’eau était bien à l’origine des RSL. Mais il ne s’agit bien évidemment pas d’eau liquide pure, loin de là même ! L’instrument CRISM (Compact Reconnaissance Imaging Spectrometer for Mars) de MRO a montré grâce à des relevés spectroscopiques (analyse de la lumière) la présence de perchlorates au sein des traces sombres. C’est donc de l’eau extrêmement salée (sels de perchlorates), une saumure, qui dévale le long des pentes à la faveur de la chaleur de l’été. Normalement, les conditions de température et de pression sur Mars ne permettent pas à l’eau liquide d’exister à la surface. Mais ici, les perchlorates agissent à la façon du sel qu’on répand sur les routes en hiver sur Terre pour faire fondre le verglas. Ces perchlorates hydratés restent alors liquides jusqu’à -70 °C dans les conditions de pression martienne (environ 170 fois moins que la pression atmosphérique sur Terre au niveau de la mer). Responsable des sciences planétaires à la NASA, Jim Greene a ainsi déclaré que «sous certaines conditions, l’eau liquide a été trouvée à la surface de Mars». Il s’agit d’un faisceau d’indices très sérieux, car rappelons que la sonde MRO n’a pas «vu» les flots d’eau le long de pentes, mais mesuré par spectroscopie les traces de sels de perchlorates laissés par ces écoulements.

La vidéo ci-dessous est une animation 3D à base d’images de la caméra HiRISE de MRO qui montre les RSL, ces écoulements sombres le long de pentes (en l’occurrence le cratère Hale sur Mars). Le relief vertical est exagéré d’un facteur 1,5.

Il faut comprendre que cette «eau» ne constitue pas un environnement favorable pour l’éclosion de la vie : elle s’écoule de façon trop épisodique et sa composition à base de perchlorates (perchlorate de magnésium, perchlorate de sodium, chlorate) n’est guère favorable au vivant. En fait, certains perchlorates peuvent être utilisés pour fabriquer du carburant pour fusées ! Sur Terre, on trouve des perchlorates naturels dans les déserts. Néanmoins, cette annonce de la NASA confirme qu’il y a bien actuellement, en été et dans des conditions précises, des écoulements de liquide à la surface d’une planète considérée extrêmement aride. Surtout, se pose la question de l’origine de l’eau qui hydrate les perchlorates. Lors de la conférence de presse, il a été évoqué qu’il pourrait s’agir d’eau mélangée au sous-sol (ce qui était déjà soupçonné) ou d’humidité de l’air «captée» par les perchlorates. Cette deuxième hypothèse implique que l’atmosphère martienne est plus humide que pensée. Une piste intéressante… En effet, plus Mars est «humide» (dans son sous-sol ou dans son air) et plus il sera aisé de capter cette eau avec des dispositifs spécifiques, ce qui pourrait fortement aider d’éventuelles missions habitées futures (ce serait autant moins d’eau et d’oxygène – extrait de l’eau – à emporter). Une conclusion que la NASA n’a pas hésité à souligner.

Modèle 3D des pentes du cratère Horowitz sur Mars réalisé à partir de clichés de la sonde MRO. On remarque des traces sombres dites RSL qui évoquent des écoulements. Le relief vertical est exagéré d’un facteur 1,5. Crédit : NASA/JPL-Caltech/Univ. of Arizona

Modèle 3D des pentes du cratère Horowitz sur Mars réalisé à partir de clichés de la sonde MRO. On remarque des traces sombres dites RSL qui évoquent des écoulements. Le relief vertical est exagéré d’un facteur 1,5.
Crédit : NASA/JPL-Caltech/Univ. of Arizona