Drôle de Lune : qui est JoAnn Morgan ?

Drôle de Lune : qui est JoAnn Morgan ?

Le 16 juillet 1969, lors du décollage d’Apollo 11, 450 techniciens étaient à l’œuvre dans la salle de contrôle Firing Room 1 du centre spatial Kennedy. JoAnn Morgan était la seule femme !

Pour relever le défi lunaire lancé par le président Kennedy, la NASA a mené un programme de vols habités qui a culminé avec Apollo qui a vu au total 12 hommes marcher sur la Lune. Mais au-delà des astronautes, Apollo c’était aussi 400 000 personnes mobilisées au sol entre l’agence spatiale américaine et ses contractants privés. Époque oblige, si les femmes avaient du mal à se faire une place, ce fut toutefois l’occasion de premières et d’avancées.

Seule en Firing Room 1

Pour son décollage, l’énorme fusée lunaire Saturn V de 110 m de haut et 3000 tonnes exigeait des milliers de personnes pour sa préparation. Et lors du lancement, dans la salle de contrôle principale dite Firing Room 1 du centre spatial Kennedy en Floride, 450 ingénieurs et techniciens étaient présents scrutant leur console afin de surveiller tous les paramètres. Le jour de l’envol d’Apollo 11, le 16 juillet 1969, il y avait une seule femme dans la Firing Room 1 : JoAnn Morgan.

La flèche rouge sur cette photo NASA montre la seule femme présente dans la Firing Room 1 lors des opérations de lancement d’Apollo 11. Crédit : NASA

La flèche rouge sur cette photo NASA montre la seule femme présente dans la Firing Room 1 lors des opérations de lancement d’Apollo 11.
Crédit : NASA

JoAnn Morgan avait alors 28 ans. Sa carrière spatiale débuta en 1958 lorsqu’âgée de 17 ans elle fit un stage à l’U.S. Ballistic Missile Agency à cap Canaveral. Elle devint ensuite la première femme ingénieure du centre spatial Kennedy de la NASA. Dans une interview accordée à Vanity Fair en décembre 2018, elle précise qu’elle avait déjà été responsable d’une console (surveillant les communications et traquant toute interférence possible) sur les précédents vols Apollo, mais que pour l’historique départ de Neil Armstrong, Buzz Aldrin et Michael Collins vers la Lune elle se retrouva assignée dans la Firing Room 1. Elle souligne que lorsqu’on fit remarquer au directeur du centre Kennedy de l’époque Kurt Debus (un des scientifiques allemands venus aux États-Unis après la Seconde Guerre mondiale) que ce serait la première fois qu’une femme serait présente, il n’y vit aucune objection.
Récemment, le nom de JoAnn Morgan a circulé sur les réseaux sociaux car on peut la voir dans le film documentaire de 97 mn Apollo 11 de Todd Douglas Miller constitué exclusivement d’archives d’époque et notamment de fantastiques vues tournées en 70 mm, la pellicule cinéma la plus avancée de l’époque et qui sera plus tard employée pour le célèbre format IMAX. En voici la bande-annonce.
Il est à noter que la Cité de l’espace proposera prochainement une version raccourcie de ce documentaire spécifiquement pensée pour les centres de culture scientifique.

Vous pouvez voir JoAnn Morgan dans 2 plans à 1:11 et 1:14. Ci-dessous, une capture du deuxième plan.

Crédit : NEON/CNN Films

Crédit : NEON/CNN Films

JoAnn Morgan aura mené jusqu’à sa retraite en 2003 une carrière de 40 ans au sein des programmes de vols habités de la NASA. Pour son travail, le président des États-Unis Bill Clinton lui décerna le titre de Meritorious Executive à 2 reprises en 1995 et 1998.

Pas d’Apollo sans femmes

L’ingénieure JoAnn Morgan qui a reçu d’autres nombreuses distinctions n’est pas la seule femme qui occupa des positions cruciales pendant le programme Apollo. Hélas, les pratiques de ces années ont souvent abouti à ne pas mettre en avant leur part de l’effort. Lors d’Apollo, beaucoup furent de plus cantonnées à des postes que l’époque considérait «féminins» (secrétaires par exemple, la liste des clichés serait longue). Pourtant, les combinaisons spatiales portées sur la Lune n’auraient jamais existé sans l’expertise des couturières de la firme chargée de les fabriquer. On sait aussi que l’équipe qui réalisa le logiciel de l’ordinateur de bord du Module Lunaire était dirigée par une femme, l’informaticienne du Draper Laboratory du Massachusetts Institute of Technology (MIT) Margaret Hamilton.

Margaret Hamilton à côté du listing complet des instructions du logiciel du Module Lunaire et dans un simulateur du Module de Commande d’Apollo. Crédit : Draper Laboratory/NASA/Cité de l’espace

Margaret Hamilton à côté du listing complet des instructions du logiciel du Module Lunaire et dans un simulateur du Module de Commande d’Apollo.
Crédit : Draper Laboratory/NASA/Cité de l’espace

En 2017, le film Les Figures de l’Ombre de Théodore Melfi mit en avant l’apport essentiel des femmes chargées d’accomplir des calculs mathématiques poussés à la NASA. La discrimination subie était augmentée du fait qu’elles étaient en grande majorité africaines américaines. L’historien de la NASA Bill Barry nous en parlait dans la vidéo ci-dessous.

Au fil des années, la NASA a mené une logique de recrutement destinée à éviter toute discrimination. Il a fallu toutefois attendre 1983 pour qu’une Américaine participe à une mission spatiale (Sally Ride avec le vol STS-7 de la navette Challenger). Comme un symbole, en 2013, la NASA effectua sa première sélection d’astronautes à parité en retenant, sur des dizaines de milliers de candidats, 4 femmes et 4 hommes.

Ce sujet concernant JoAnn Morgan fut aussi évoqué lors de l’émission Toulouse, Capitale des Étoiles avec France Bleu Occitanie le samedi 8 juin.