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Space19+ : l’ESA décroche son plus gros budget

Space19+ : l’ESA décroche son plus gros budget

Lors d’une réunion au niveau ministériel à Séville fin novembre, appelée Space19+, les 22 États membres de l’Agence Spatiale Européenne (ESA) se sont engagés pour un budget de 14,4 milliards d’euros sur 5 ans.

L’Agence Spatiale Européenne réunit 22 États membres qui régulièrement organisent une rencontre au niveau des ministres concernés. On appelle cela une conférence ministérielle (parfois plus simplement «la ministérielle») dont l’importance est cruciale, car les choix budgétaires décidés définiront les grandes orientations programmatiques de l’agence pour plusieurs années. Après la ville de Lucerne en Suisse en 2016, Séville en Espagne a été retenue pour la conférence de 2019 connue sous le nom de Space19+.

De la Terre au cosmos en passant par la Lune

Space19+ était coprésidée par la ministre française de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation Frédérique Vidal et le ministre portugais de la Science, de la Technologie et de l’Enseignement supérieur, Manuel Heitor. À l’issue des 2 journées des 27 et 28 novembre, le directeur général de l’agence Jan Woerner se félicitait dans un tweet du «plus gros budget jamais donné à l’ESA».

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Les États membres se sont en effet engagés pour un total de 14,388 milliards d’euros sur 5 ans, dont 12,5 milliards pour les 3 ans à venir. Ce qui représente moins de 6 euros par citoyen des pays concernés et par an.
Les 4 premiers contributeurs (et les seuls à dépasser le milliard d’euros) sont par ordre d’importance l’Allemagne (3,294 milliards), la France (2,664 milliards), l’Italie (2,282 milliards) et le Royaume-Uni (1,655 milliard). La reproduction de 2 schémas officiels en fin d’article précise les répartitions budgétaires.

Avec ce budget, l’ESA a les moyens de son ambitieux programme d’observation de la Terre ou d’aide au développement du futur des télécommunications par satellite dans le cadre de l’arrivée de la 5G. Notre planète est aussi concernée par le volet Space Safety qui consiste à surveiller l’activité de notre étoile pour mieux comprendre les éruptions solaires qui peuvent impacter nos infrastructures technologiques ou encore la détection des astéroïdes susceptibles de passer trop près et la préparation de la mission robotique Hera pour scruter de près l’un de ces cailloux baladeurs (Hera a reçu moins que le budget demandé, mais suffisamment pour commencer à travailler).

Les ministres des 22 États membres de l’ESA en réunion à Séville en Espagne le s27 et 28 novembre 2019 ont fixé les grandes priorités de la politique spatiale européenne pour les 3 ans à venir. Crédit : ESA/Stéphane Corvaja

Les ministres des 22 États membres de l’ESA en réunion à Séville en Espagne le s27 et 28 novembre 2019 ont fixé les grandes priorités de la politique spatiale européenne pour les 3 ans à venir.
Crédit : ESA/Stéphane Corvaja

Deux importantes missions scientifiques de premier plan ont été approuvées : Athena et Lisa. La première donnera à l’Europe les moyens d’être à la pointe de l’astronomie des hautes énergies avec un télescope spatial dédié à l’observation du rayonnement X. Athena pour Advanced Telescope for High-ENergy Astrophysics étudiera notamment les trous noirs. LISA, pour Laser Interferometer Space Antenna, repose sur 3 satellites dont chacun «vise» les deux autres avec un rayon laser. Ceci permettra de détecter les ondes gravitationnelles avec beaucoup plus de précision que ce qu’on fait sur Terre. Prévues par la théorie de la relativité d’Einstein, les ondes gravitationnelles sont en quelque sorte une nouvelle fenêtre d’observation sur notre Univers, particulièrement sur certains phénomènes liés aux trous noirs supermassifs tapis au centre des galaxies ou lorsque deux trous noirs fusionnent. Athena et Lisa seront prêts dans les années 2030.

Pour l’exploration du Système solaire, l’ESA a reçu le feu vert pour collaborer avec la NASA à un retour d’échantillons prélevés sur le sol de Mars. La coopération avec l’agence américaine dans le cadre du retour vers la Lune a aussi été approuvée avec 300 millions d’euros pour démarrer le travail sur deux modules de la future station Gateway autour de notre satellite naturel. Il y aura le module technique ESPRIT (European System Providing Refueling, Infrastructure and Telecommunications) et un autre d’habitation réalisé avec le Japon. N’oublions pas qu’en plus l’ESA fournit le module de service de la capsule Orion de la NASA qui amènera les astronautes vers la Gateway, ce qui laisse penser qu’un Européen pourrait un jour accomplir une mission autour de la Lune ou même marcher à sa surface. Un rover robotique capable de transporter du fret sur notre voisine céleste et servir pour un retour d’échantillon a reçu 150 millions d’euros. Ce retour vers la Lune qui s’inscrit dans un élan international est expliqué dans l’Exposition Lune – Épisode II de la Cité de l’espace de Toulouse.

Bien évidemment, le secteur des lanceurs (avec la préparation d’Ariane 6 et du Vega C, version plus puissante du Vega actuel) reste une priorité avec 2,24 milliards sur 3 ans afin de garantir un accès européen indépendant à l’espace. Le programme de mini-navette Space Rider mené par l’Italie a été aussi approuvé.

Dans son communiqué, l’ESA reprend les mots de la ministre Frédérique Vidal en guise de conclusion : «La Space19+ a démontré la valeur de l’espace en tant qu’infrastructure essentielle intégrée à notre vie quotidienne. L’excellence du secteur spatial permet à l’Europe de relever collectivement les défis humains et sociétaux tels que le changement climatique, la sûreté et la sécurité dans l’espace».