La station lunaire en réalité virtuelle

La station lunaire en réalité virtuelle

Recréer la future station Gateway en réalité virtuelle n’est pas un jeu : pour l’industriel européen Thales Alenia Space, cette technologie permet de mettre au point les modules en prenant mieux en compte les besoins des astronautes.

L’exploration spatiale se tourne vers notre satellite naturel, 50 ans après l’historique mission Apollo 11. Ce renouveau, expliqué dans l’exposition Lune – Episode II de la Cité de l’espace de Toulouse, prend plusieurs formes avec par exemple des programmes robotiques menés par la Chine ou l’Inde mais aussi par des partenariats internationaux. La NASA a ainsi initiée l’idée d’une station autour de la Lune, la LOP-G ou Lunar Orbital Platform-Gateway souvent appelée plus simplement Lunar Gateway ou même Gateway.

L’Europe prépare la Lune en réalité virtuelle

Pour la Lunar Gateway, la NASA souhaite travailler avec les agences partenaires de la Station Spatiale Internationale (ISS), donc Roscosmos pour la Russie, la JAXA pour le Japon, l’ASC pour le Canada et l’ESA (Agence Spatiale Européenne) pour l’Europe. Le schéma ci-dessous (voir aussi cet article) expose ce que pourrait être l’articulation de cette coopération internationale en ce qui concerne les différents modules de cette station autour de la Lune.

On constate que l’un des apports européens serait un module dénommé ESPRIT, un sas destiné à la science, à la gestion du ravitaillement (y compris du carburant) et aux communications avec la Terre. ESPRIT est un acronyme signifiant d’ailleurs European System Providing Refuelling, Infrastructure and Telecommunications.
L’ESA a demandé à des industriels de travailler concrètement sur la faisabilité de ce module. Pour ce faire, 2 contrats d’étude ont été signés, l’un avec Airbus et l’autre avec Thales Alenia Space en partenariat avec OHB.
Nous nous sommes rendus chez Thales Alenia Space à Cannes le 4 juin où nous avons pu voir comment la réalité virtuelle est intégrée aux réflexions sur ce que doit être le module européen ESPRIT. Grâce à un casque, il est possible de se mouvoir dans cette partie de la future station et notamment de se servir de son sas de sortie des charges utiles. L’industriel entend ainsi mener ce qu’il appelle un «process collaboratif et interactif» qui met «le client et l’utilisateur final au cœur du design».

Casque de réalité virtuelle sur la tête et manettes en mains, on peut utiliser certaines fonctions du module ESPRIT, comme le feront les astronautes. Crédit : Cité de l’espace/Thales Alenia Space

Casque de réalité virtuelle sur la tête et manettes en mains, on peut utiliser certaines fonctions du module ESPRIT, comme le feront les astronautes.
Crédit : Cité de l’espace/Thales Alenia Space

Comme nous l’ont expliqué le chef de projet Nicolas Fresnel et le responsable technique Xavier Roser (tous 2 de Thales Alenia Space), la réplique virtuelle du module ESPRIT est transposée depuis les plans numériques et le but est que les astronautes donnent leur avis sur l’ergonomie des systèmes. L’emplacement proposé des commandes du sas est-il le plus pratique ? Le sens d’ouverture de celui-ci peut-il gêner ? À l’usage, des tas de questions peuvent se poser et la réalité virtuelle permet d’y répondre en amont, en parallèle de la phase de conception afin d’éviter de lourdes et coûteuses modifications par la suite. La souplesse de la réalité virtuelle autorise même des essais avec plusieurs versions ! Thales Alenia Space et son partenaire OHB mènent bien évidemment cette démarche avec le Centre Européen des Astronautes de l’ESA à Cologne en Allemagne et notamment avec l’astronaute Samantha Cristoforetti.

En sortant de la station, on peut voir l’emplacement du module ESPRIT, ici entre le reste de la Gateway à gauche et, à droite, un autre module dédié à la propulsion et aux panneaux solaires (le PPE, Power and Propulsion Element dont la construction a été récemment confiée à l’industriel Maxar par la NASA). Crédit : Thales Alenia Space

En sortant de la station, on peut voir l’emplacement du module ESPRIT, ici entre le reste de la Gateway à gauche et, à droite, un autre module dédié à la propulsion et aux panneaux solaires (le PPE, Power and Propulsion Element dont la construction a été récemment confiée à l’industriel Maxar par la NASA).
Crédit : Thales Alenia Space

Si la réalité virtuelle évoque souvent le domaine du jeu, nous voyons qu’il s’agit ici de rester très terre à terre en intégrant le retour des utilisateurs (les astronautes) dès la phase de conception d’un module. La démarche pourrait même faire gagner du temps pour l’entraînement des futurs occupants de la station lunaire. Toutefois, la réalité virtuelle permet aussi quelques plaisirs. Thales Alenia Space nous a ainsi fait sortir de la Lunar Gateway comme si l’on était en scaphandre. La vue avec la Lune à proximité et la magnificence de la Terre au sein de la voûte céleste est à couper le souffle. Un petit aperçu de ce que vivront celles et ceux qui iront là-bas…

La réalité virtuelle développée par Thales Alenia Space pour la conception du module ESPRIT est ici mise en place au Centre Européen des Astronautes de l’ESA à Cologne en Allemagne. Il est aussi envisagé d’employer ce dispositif en piscine afin de simuler les conditions d’impesanteur. Crédit : Thales Alenia Space

La réalité virtuelle développée par Thales Alenia Space pour la conception du module ESPRIT est ici mise en place au Centre Européen des Astronautes de l’ESA à Cologne en Allemagne. Il est aussi envisagé d’employer ce dispositif en piscine afin de simuler les conditions d’impesanteur.
Crédit : Thales Alenia Space