ExoMars ne décollera pas en 2020 - Cité de l'Espace

ExoMars ne décollera pas en 2020

ExoMars ne décollera pas en 2020

L’Agence Spatiale Européenne (ESA) et son homologue russe Roscosmos ont décidé de reporter à 2022 l’envol d’ExoMars prévu initialement cet été. Le rover Rosalind Franklin devra attendre encore un peu avant d’arpenter la planète rouge.

Rappelons que cette exploration de la surface de Mars pour y chercher des traces de vie passée est une initiative de l’Agence Spatiale Européenne (ESA) avec une participation importante de la Russie via son agence Roscosmos. Cette dernière fournit le lanceur Proton ainsi que la plateforme d’atterrissage Kazatchok dotée de 13 instruments scientifiques. La plateforme permet d’amener sur le sol martien le rover européen Rosalind Franklin équipé de 9 instruments et d’une foreuse capable d’aller prélever des échantillons jusqu’à 2 m de profondeur, ce qui n’a jamais été fait. Le décollage était prévu pour l’été 2020. En 2016, ExoMars avait déjà été repoussé de 2018 à 2020.

« Optimiser la fiabilité » et Covid-19

Ce 12 mars 2020, les deux partenaires d’ExoMars, l’ESA et Roscosmos, ont annoncé un nouveau report et qu’en conséquence l’envol vers Mars n’aurait pas lieu cette année. « Nous voulons nous assurer que nous sommes parfaitement prêts à mener à bien cette mission et nous ne nous accordons aucune marge d’erreur » a déclaré Jan Woerner, le directeur général de l’ESA lors d’un direct vidéo, tout en remerciant « les équipes industrielles qui travaillent nuit et jour depuis près d’un an ». L’industriel maître d’œuvre de la mission est l’européen Thales Alenia Space avec Airbus Defence and Space en sous-traitant principal pour la réalisation du rover. La plateforme russe Kazatchok est fournie par l’industriel russe NPO Lavotchkine.

Le rover Rosalind Franklin lors de tests menés avec succès chez Airbus à Toulouse en France en 2019. Crédit : Airbus

Le rover Rosalind Franklin lors de tests menés avec succès chez Airbus à Toulouse en France en 2019.
Crédit : Airbus

On a appris que les différents éléments d’ExoMars (rover, plateforme Kazaktchok, instruments, etc.) avaient passé avec succès différents tests. Il restait cependant un ultime essai sur les parachutes principaux du système d’atterrissage. Il doit être mené prochainement en haute altitude aux États-Unis. On notera toutefois que ni ces parachutes ni aucune autre raison technique précise n’ont été mis en avant pour expliquer le report de la mission. Le communiqué officiel de l’ESA indique que les deux agences partenaires sont d’accord sur la nécessité de réaliser «de nouveaux essais après intégration du matériel et des logiciels finaux». Le but affiché est donc « la nécessité d’optimiser la fiabilité de tous les systèmes d’ExoMars » pour reprendre une déclaration de Dimitri Rogozine, le patron de Roscosmos. Par le passé d’autres missions spatiales ont connu des reports pour s’assurer du bon fonctionnement de différents systèmes ou même d’instruments (ce fut le cas pour le sismomètre SEIS d’InSight par exemple, ce qui a permis un succès). Il est aussi fait référence à la situation créée par le coronavirus Covid-19, puisque l’ESA et Roscosmos «ont en outre reconnu que la phase finale des activités ExoMars était compromise par l’aggravation générale de la situation épidémiologique dans les pays européens».

Pourquoi un report de 2 ans ?

ExoMars ne décollant pas cet été, il convient d’attendre 2 ans et plus précisément un créneau «entre août et octobre 2022». Ici, c’est la mécanique céleste alliée aux limites des lanceurs qui est aux commandes. La Terre met 1 an pour accomplir sa ronde autour du Soleil (c’est ce qui définit l’année) alors que Mars met environ le double. En conséquence, les 2 planètes sont dans une position favorable pour un trajet les reliant tous les 2 ans, plus exactement tous les 26 mois. Ce qu’on appelle la fenêtre de lancement (la période favorable pour atteindre l’objectif) dure quelques semaines dans le cas d’un voyage vers Mars. L’optimisation de la fiabilité d’ExoMars voulue par l’ESA et Roscosmos ne pouvant se faire avant la fin de la fenêtre de lancement de 2020, il n’y a pas d’autre choix que d’attendre celle de 2022. ExoMars 2020 s’appelle désormais ExoMars 2022.

Le nouveau calendrier d’exploration d’ExoMars. La sonde Trace Gas Orbiter (ou TGO) arrivée autour de la planète rouge continue son activité scientifique et servira toujours de relais pour les télécommunications avec le rover. Celui-ci décollera dans un créneau d’août à octobre 2022 au sommet d’un lanceur russe Proton pour se poser sur Mars (avec la plateforme russe) entre avril et juillet 2023. Crédit : ESA/Adaptation Cité de l’espace

Le nouveau calendrier d’exploration d’ExoMars. La sonde Trace Gas Orbiter (ou TGO) arrivée autour de la planète rouge continue son activité scientifique et servira toujours de relais pour les télécommunications avec le rover. Celui-ci décollera dans un créneau d’août à octobre 2022 au sommet d’un lanceur russe Proton pour se poser sur Mars (avec la plateforme russe) entre avril et juillet 2023.
Crédit : ESA/Adaptation Cité de l’espace

Bien évidemment, on ne stocke pas un rover, sa plateforme d’atterrissage ou les autres composants d’une mission spatiale comme on le fait pour des engins de la vie de tous les jours. Les systèmes astronautiques demandent à être entreposés dans des locaux à l’atmosphère contrôlée sans compter que des vérifications devront être reconduites pour s’assurer du bon état des éléments. Tout ceci à un coût, qui n’a pas été précisé à l’heure où nous mettons en ligne cet article.
L’annonce de l’ESA et de Roscosmos a été positivement commentée par l’administrateur adjoint de la NASA en charge de la science, Thomas Zurbuchen, qui a écrit dans un Tweet (ci-dessous) qu’il comprenait la difficile décision de reporter ExoMars, soulignant la nature exigeante d’une mission martienne et la nécessité que tout fonctionne parfaitement.

En réponse à ce Tweet, Jan Woerner a indiqué que, selon lui, le report d’ExoMars ne devrait pas avoir d’impact sur MSR, soit Mars Sample Return, projet de retour d’échantillons martiens sur Terre qui associe l’ESA et la NASA. Le rover américain Perseverance (décollage prévu le 17 juillet) est ainsi capable de garder des échantillons jugés intéressants afin qu’ils soient plus tard ramenés sur Terre via la mission MSR.