Fin de mission pour Phobos-Grunt - Cité de l'Espace

Fin de mission pour Phobos-Grunt

Fin de mission pour Phobos-Grunt
La sonde russe qui devait ramener des échantillons d’une des deux lunes de Mars était restée bloquée autour de la Terre après son lancement. Elle est finalement rentrée dans l’atmosphère le 15 janvier et ses débris ont fini dans l’océan Pacifique.

Retour de Phobos-Grunt dans l’atmosphère (illustration).Crédit : NASA/Lavochkin/Enjoy Space

Phobos-Grunt devait marquer le retour de la Russie sur la scène des missions interplanétaires. En effet depuis l’échec de Mars 96 voici 15 ans, cette nouvelle sonde symbolisait le renouveau de l’exploration du système solaire pour Roscosmos, l’agence spatiale russe.

Tentatives de sauvetage
Le 9 novembre 2011, à 00h16 heure de Moscou, Phobos-Grunt décollait de Baïkonour au sommet d’une fusée ukrainienne qui l’envoya comme prévu sur orbite. Ensuite, un étage de propulsion, conçu et construit par l’entreprise russe Lavochkin comme la sonde, devait placer cette dernière sur sa route vers Mars. Le but ultime était de se poser sur Phobos, la plus grande des deux petites lunes de la planète rouge, afin d’en ramener un échantillon sur Terre. Malheureusement, l’étage de propulsion ne s’alluma pas et Phobos-Grunt resta bloquée sur orbite autour de la Terre.


Schéma de Phobos-Grunt. 1 : étage de propulsion (celui qui ne s’est pas allumé – avec ses réservoirs en aluminium contenant le carburant toxique). 2 : satellite passager chinois Yinghuo-1. 3 : atterrisseur destiné à se poser sur Phobos. 4 : partie de l’atterrisseur devant revenir vers la terre avec un échantillon de Phobos prélevé à l’aide d’un petit bras robotique.
Crédit : Lavochkin/Enjoy Space


Avec notamment l’aide du réseau d’antennes de l’Agence Spatiale Européenne (ESA), les responsables russes de la mission tentèrent d’obtenir des données de leur engin et même de lui envoyer de nouvelles instructions. En dépit de ces efforts, la sonde s’avéra incontrôlable et l’échec définitif devenait de plus en plus inévitable, déclenchant la colère du président russe Dmitri Medvedev qui promit de «punir les coupables».

Retour dans le Pacifique
Ces derniers jours, Roscosmos estima que la sonde allait rentrer dans l’atmosphère autour de la mi-janvier. L’agence se voulut rassurante rappelant que notre planète comporte 75 % de mers ou océans, réduisant les risques d’impact sur des populations, et que les plus de 7 tonnes de carburant toxique de l’étage propulsif s’enflammeraient dans la haute atmosphère, leur réservoir en aluminium ne résistant pas à la chaleur de la rentrée. Il fut tout d’abord annoncé un retour au-dessus de l’océan Atlantique.


Cette carte établie par l’agence russe Roscomos montre une première estimation de la zone de rentrée de Phobos-Grunt située dans l’océan Atlantique (carré rouge désigné par la flèche noire). Mais les officiels ont évoquée une rentrée à 1.250 km au large des côtes du Chili (point orange que nous avons rajouté à la carte d’origine), soit au début de la fourchette d’estimation. Des experts en balistique russes n’excluent toutefois pas que des débris aient pu atteindre le continent selon l’agence de presse russe RIA-Novosti.
Crédit : Roscosmos/Enjoy Space


Toutefois, le ministère de la Défense a déclaré que Phobos-Grunt était rentrée dans l’atmosphère le dimanche 15 janvier au-dessus de l’océan Pacifique à 17h45 Temps Universel à 1.250 km à l’ouest de l’île de Wellington (située sur les côtes chiliennes). Environ 200 kg de débris pourraient avoir atteint la surface de notre planète et sombré dans l’océan. Les officiels russes ont insisté sur l’absence de danger que représentaient ses débris, soulignant que les 10 microgrammes de cobalt-57 radioactif contenu dans l’un des instruments ne posait que très peu risque de contamination en raison des faibles quantités en jeu. La destruction de Phobos-Grunt ne touche pas que les scientifiques russes puisque la mission était ouverte à la coopération internationale. Les participations françaises sont ainsi perdues ainsi que le satellite chinois Yinghuo-1 qui devait être placé sur orbite martienne.
Une commission d’enquête doit déterminer les raisons de cet échec au sein d’un climat tendu dans l’industrie spatiale russe qui a été marquée par plusieurs déconvenues en 2011.

Publié le 16 janvier 2012