L'Homme sur Mars : espoirs et déception

Crédit : NASA

Le chaud et le froid ont soufflé ces derniers mois sur le rêve du premier pas de l’Homme sur Mars, avec la réaffirmation du projet par le vice-président américain Mike Pence, et les douches froides d’une étude concluant à une possible inhabitabilité de la planète rouge, ou encore des déboires de SpaceX dans la mise au point d’une capsule pouvant atterrir sur des surfaces dures avec un équipage à bord.

La nouvelle est tombée de l’Université d’Edimbourg, en Ecosse : une étude de son Ecole de physique et d’astronomie publiée dans la revue Scientific Reports conclut qu’un cocktail létal à la surface de Mars pourrait la rendre partiellement inhabitable et sérieusement compliquer les futures missions martiennes.
Des sels présents en abondance sur la planète, des perchlorates – composés d’atomes de chlore et d’oxygène -, deviennent des « tueurs de bactéries » lorsqu’ils sont exposés aux rayonnements ultraviolets auxquels Mars est soumis, affirment les chercheurs. Ainsi, une bactérie « Bacillus Subtilis » exposé à une concentration de perchlorates et à un rayonnement d’UV similaires à ceux enregistrés sur Mars « meurt en quelques minutes », selon eux. En fait, les rayons UV décompose le perchlorate en hypochlorite et en chlorite, qui tueraient les bactéries.

Autoportrait du robot Curiosity pris le 11 mai 2016 sur le lieu de forage du rocher "Okoruso", sur le "plateau Naukluft", au pied du Mont Sharp. Cette scène est une mosaïque de plusieurs clichés pris avec la caméra montée sur un bras, MAHLI

Autoportrait du robot Curiosity pris le 11 mai 2016 sur le lieu de forage du rocher « Okoruso », sur le « plateau Naukluft », au pied du Mont Sharp. Cette scène est une mosaïque de plusieurs clichés pris avec la caméra montée sur un bras, MAHLI.
Crédit : NASA/JPL-Caltech/MSSS

Poussant leurs investigations, les scientifiques ont fait les mêmes expériences avec de l’oxyde de fer, qui donne sa teinte rouge à la planète, et du peroxyde d’hydrogène associés à du perchlorate, sous des rayons UV : les bactéries sont mortes 11 fois plus vite !
« Nos observations montrent que la surface actuelle de Mars est très nocive pour les cellules, sous l’effet d’un cocktail toxique d’oxydants, de perchlorates et de rayons UV », ont noté les chercheurs, estimant que la surface de Mars est « plus inhabitable qu’on ne pensait ».
Cela signifie que, pour espérer trouver de la vie telle que nous la connaissons sur la Terre, il faudra plutôt la chercher « sous terre, là où elle est protégée de l’environnement rude de la surface », selon le principal auteur de l’étude, l’astrobiologiste Jennifer Wadsworth.

Space X revoit sa copie

La deuxième mauvaise nouvelle est venue de SpaceX. Alors que la société avait déjà repoussé ses premiers vols expérimentaux vers Mars de 2018 à 2020, pour donner la priorité à des programmes plus essentiels, son fondateur Elon Musk a reconnu que l’aménagement prévu de la capsule Dragon actuelle ne pourrait pas permettre l’atterrissage d’un équipage.
Le projet de départ était de faire atterrir la capsule en douceur à l’aide de rétrofusées, avec le déploiement de quatre pieds qui sortiraient du bouclier thermique. La mise au point de ce système poserait plus de difficultés que prévu, ce qui ne permettrait pas à la capsule de se poser en toute sécurité – avec des rétrofusées ou des parachutes – sur un sol trop dur. Avec un équipage, seule la solution de l’arrivée en mer pourrait être retenue, comme actuellement avec du fret , ce qui n’est évidemment pas possible sur la planète rouge.

Représentation d'artiste d'une capsule Dragon pouvant transporter un équipage, à l'atterrissage, avec ses pieds déployés Crédit : SpaceX

Représentation d’artiste d’une capsule Dragon pouvant transporter un équipage, à l’atterrissage, avec ses pieds déployés
Crédit : SpaceX

Toutefois, Elon Musk n’abandonne pas son projet d’envoyer des hommes sur Mars : « L’idée est de faire des atterrissages avec des rétrofusées sur Mars, mais avec un vaisseau beaucoup plus important », a-t-il écrit dans un tweet après une conférence sur la recherche et développement dans la Station spatiale internationale.
La première mission habitée de SpaceX vers la planète ne pourra donc pas avoir lieu en 2023 ou 2024 comme espéré.

La Nasa pas prête, le gouvernement décidé

La troisième mauvaise surprise a été communiquée le 12 juillet au meeting de l’American Institute for Aeronautics and Astronautics (AIAA) par William H. Gerstenmaier, responsable des vols spatiaux habités de la NASA : « Je ne peux pas fixer de date à laquelle des humains pourront embarquer pour Mars, pour la raison qu’avec le budget actuel (…), nous ne disposons pas des systèmes nécessaires », a-t-il annoncé.
Le budget actuel de la NASA s’élève à près de 20 milliards de dollars par an et couvre non seulement les vols habités vers l’ISS, mais également diverses missions scientifiques, des satellites d’observation de la Terre, du cosmos, des missions d’exploration du Système solaire, ainsi que la fusée SLS et le vaisseau Orion, destiné à transporter un équipage d’astronautes au-delà de l’orbite basse. Impliquée dans le projet Orion, l’Agence spatiale européenne (ESA) a signé un contrat avec Airbus Defense and Space pour en réaliser notamment le système de propulsion.

Test d'évaluation de la sortie de l'équipage de la capsule Orion.  Crédit NASA

Test d’évaluation de la sortie de l’équipage de la capsule Orion.
Crédit NASA

Un espoir pour 2030

L’administrateur de la NASA par intérim Robert Lightfoot avait annoncé au Salon du Bourget que le premier vol inhabité du vaisseau Orion autour de la Lune pourrait avoir lieu en 2019 (2022 avec un équipage), et estimé que des vols habités vers Mars pourraient avoir lieu vers 2030.

Début juillet, le vice-président des Etats-Unis Mike Pence a à nouveau fait souffler une légère brise d’optimisme au Centre spatial Kennedy en Floride, en affirmant que « nous retournerons sur la Lune » et « poserons des bottes américaines sur Mars ».
Déjà, en mars, le président Donald Trump, avait fixé l’arrivée d’astronautes américains sur la planète rouge en 2030.

Le vice-président américain Mike Spence en visite le 6 juillet 2017 au Centre spatial Kennedy, en Floride, lors de son discours devant les employés de la Nasa au cours duquel il a confirmé que des Américains fouleraient le sol de Mars. Derrière le podium, le module de commande de la capsule Orion qui a servi pour un essai en 2014. Crédit : NASA/Kim Shiflett

Le vice-président américain Mike Spence en visite le 6 juillet 2017 au Centre spatial Kennedy, en Floride, lors de son discours devant les employés de la Nasa au cours duquel il a confirmé que des Américains fouleraient le sol de Mars. Derrière le podium, le module de commande de la capsule Orion qui a servi pour un essai en 2014.
Crédit : NASA/Kim Shiflett

En attendant cette échéance, l’exploration de la planète rouge se poursuivra avec des robots, comme aujourd’hui avec Opportunity, qui a parcouru depuis son atterrissage en 2003 quelque 45 km, et Curiosity, qui fête début août son cinquième anniversaire avec quelque 18 km au compteur.

    INFORMATION PASS SANITAIRE 

     

    A partir du 21 juillet 2021, le pass sanitaire est obligatoire pour accéder à la Cité de l’espace.

     

    Merci de votre compréhension,

     

    La Cité de l’espace