Immersion sèche pour l’espace à Toulouse

Immersion sèche pour l’espace à Toulouse

À la Clinique Spatiale de MEDES à Toulouse, des femmes vivent cinq jours dans un bassin individuel et entourées d’un tissu imperméable. Cette immersion sèche récrée certains effets de l’impesanteur afin d’en étudier l’impact sur les astronautes.

À bord de la Station Spatiale Internationale, les membres d’équipage mènent de nombreuses expériences scientifiques, y compris certaines dont ils sont les cobayes ! Il s’agit de mieux comprendre les effets du voyage spatial sur le corps humain. Ces études doivent être complétées par d’autres réalisées au sol et c’est notamment ce que fait la Clinique Spatiale* de l’Institut de médecine et de physiologie spatiales MEDES à Toulouse.

Dans l’eau, mais au sec !

Il y a en effet pour le moment assez peu de personnes qui sont allées et qui vont dans l’espace sur orbite (un peu moins de 600 différentes). Les études au sol permettent de multiplier les sujets et même d’accomplir des expériences difficiles, voire impossibles à mener lors de missions autour de la Terre. Un dispositif classique appelé Bedrest consiste à aliter des volontaires avec un angle de 6°, tête vers le bas, ce qui induit des conséquences physiologiques très proches de celles subies par les astronautes (déconditionnement cardiovasculaire, sollicitation minime des muscles et des os, etc.). Une autre méthode se révèle très efficace et elle vient de Russie : l’immersion sèche.

Le dispositif de la Clinique Spatiale du MEDES permettant une immersion sèche. Crédit : MEDES

Le dispositif de la Clinique Spatiale du MEDES permettant une immersion sèche.
Crédit : MEDES

L’idée consiste à plonger la personne volontaire dans un bassin afin que la pression de l’eau s’exerce de façon uniforme sur le corps qui l’interprète comme une absence complète d’appui. Mais l’eau au contact de la peau entraînerait d’autres conséquences qui perturberaient l’étude. L’Institut des Problèmes Médicaux Biologiques de Moscou (IMBP) a depuis des années trouvé une parade en utilisant un tissu imperméable. La température de l’eau et de la pièce est de plus contrôlée. L’immersion sèche reproduit alors les effets de l’impesanteur pour les systèmes cardiovasculaire ainsi que pour les sensations et la motricité.
La Clinique Spatiale de MEDES a repris ce modèle et avec l’Agence Spatiale Européenne (ESA) a lancé l’étude VIVALDI durant laquelle, depuis la fin septembre et jusqu’à la mi-décembre, 20 femmes restent en immersion sèche pendant 5 jours. C’est la première fois que ce procédé est employé sur un panel exclusivement féminin.

Pour les astronautes et pour nous aussi au sol

Si VIVALDI s’articule autour de 20 femmes, c’est parce que celles-ci sont bien moins nombreuses à être allées dans l’espace que leurs homologues masculins. Sur un total de 574 astronautes différents (au moment de la publication de cet article), on ne compte que 67 femmes. «Dans ce domaine de recherche, il n’y a presque aucune connaissance sur les effets physiologiques et psychologiques sur les femmes» souligne Angélique Van Ombergen, responsable des sciences de la vie à l’ESA. L’étude vise donc à augmenter les données disponibles sur certains effets de l’impesanteur (simulée avec l’immersion sèche) vis-à-vis du corps féminin. Le but est  «de mieux comprendre les phénomènes physiologiques que les astronautes ressentent en vol, mieux comprendre leurs mécanismes et de mettre au point des mesures pour mieux les prévenir», détaille Marie-Pierre Bareille, responsable de l’étude à MEDES.
Étant donné que deux bassins appelés MEDSIM (ou automatic water immersion systems) sont en service, les volontaires se succéderont par binômes avec au programme 4 jours consacrés aux mesures de base, 5 en immersion sèche, puis 3 jours d’études post-immersion et de récupération. Pour éviter une rupture des conditions simulant les effets de l’impesanteur, les volontaires prennent leur douche quotidienne ou vont aux toilettes en sortant du bassin, mais inclinées de 6° tête en bas. La surveillance médicale est bien évidemment ininterrompue.
De plus, VIVALDI ne fournira pas que des données applicables aux astronautes. Des enseignements sont également à tirer pour les celles et ceux qui n’iront pas dans l’espace. Marie-Pierre Bareille explique que «ces modèles permettent aussi d’étudier les effets de la sédentarité sur le corps humain». Elle conclut que «cela va donc aussi servir à la médecine sur Terre».

Lorsque possible, les examens sont réalisés alors que les volontaires ne quittent pas le dispositif d’immersion sèche. Crédit : MEDES

Lorsque possible, les examens sont réalisés alors que les volontaires ne quittent pas le dispositif d’immersion sèche.
Crédit : MEDES

(*) Construite avec le soutien de l’État et des collectivités locales (Région Midy-Pyrénées, Conseil Général de la Haute-Garonne et la Ville de Toulouse), la Clinique Spatiale est accréditée par le ministère de la Santé et l’Agence Française des Médicaments, pour l’évaluation de dispositifs médicaux, la recherche clinique en physiologie et la recherche sur les médicaments. 

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