La genèse de 67P expliquée

La genèse de 67P expliquée

Grâce aux images récoltées par la sonde Rosetta, les scientifiques ont déterminé que la comète 67P s’est formée par la réunion de deux noyaux cométaires au départ indépendants, créant sa forme caractéristique en deux lobes.

Un canard ! Oui, lorsque les premières images suffisamment résolues du noyau de la comète 67P/Churyumov-Gerasimenko ont été transmises par la sonde Rosetta de l’Agence Spatiale Européenne (ESA), beaucoup y ont vu une forme évoquant ce type de volatile aquatique… De fait, l’astre baladeur exhibe deux lobes de tailles différentes qui semblent collés l’un à l’autre. Dès le début, les scientifiques ont envisagé que 67P puisse résulter de la collision entre deux noyaux cométaires, mais cet aspect pouvait aussi être la conséquence d’une action de «sculpture» au fil du temps par les processus de dégazage. N’oublions pas que lorsqu’elle suit son orbite, une comète passe régulièrement au plus près du Soleil (pour 67P c’est environ tous les 6,44 ans) et sous l’effet de la chaleur, la glace qu’elle contient se sublime en vapeur d’eau, ce qui cause des dégazages avec expulsion de poussières et fragments. Un processus qui façonne la surface du noyau.

Ce document de l’ESA montre l’orientation des couches successives sur la comète (flèches) qui résultent de l’action de la gravité. Les différentes orientations ne s’expliquent que si au départ les deux lobes de 67P étaient indépendants. Le noyau autour duquel la sonde Rosetta orbite actuellement est donc le résultat de la collision (à faible vitesse) de deux comètes. Crédit : ESA/Rosetta/MPS for OSIRIS Team MPS/UPD/LAM/IAA/SSO/INTA/UPM/DASP/IDA; M. Massironi et al (2015)

Ce document de l’ESA montre l’orientation des couches successives sur la comète (flèches) qui résultent de l’action de la gravité. Les différentes orientations ne s’expliquent que si au départ les deux lobes de 67P étaient indépendants. Le noyau autour duquel la sonde Rosetta orbite actuellement est donc le résultat de la collision (à faible vitesse) de deux comètes.
Crédit : ESA/Rosetta/MPS for OSIRIS Team MPS/UPD/LAM/IAA/SSO/INTA/UPM/DASP/IDA; M. Massironi et al (2015)

Toutefois, l’examen attentif d’images récoltées par Rosetta entre le 6 août 2014 et le 17 mars 2015 montre que 67P est le résultat de la collision à faible vitesse de deux noyaux cométaires autrefois distincts. Scientifique italien associé à la caméra haute résolution OSIRIS de la sonde de l’ESA, Matteo Massironi précise ainsi : «Il est clair à partir des images que les deux lobes ont une enveloppe externe de matériaux organisés en couches distinctes et nous pensons que celles-ci s’étendent jusqu’à plusieurs centaines de mètres sous la surface». Ces couches sont orientées en fonction du champ de gravité. Or, en observant leur orientation sur les deux lobes, on constate que cette orientation ne colle pas avec un noyau unique comme aujourd’hui, mais avec deux noyaux distincts, prouvant, qu’au départ, le petit et le grand lobes se sont formés séparément. Le fait que les différentes couches aient été si bien conservées dans leur orientation indique que la collision a dû se produire avec une faible vitesse relative. En revanche, la similarité structurelle des deux lobes démontre que les deux parties sont issues d’un processus d’accrétion semblable : ils se sont donc formés dans des conditions équivalentes et probablement dans la même région du système solaire.

Portrait global de 67P par Rosetta. Une forme qui évoque pour certains un canard (le petit lobe jouant le rôle de tête). Crédit : ESA/Rosetta/Navcam – CC BY-SA IGO 3.0

Portrait global de 67P par Rosetta. Une forme qui évoque pour certains un canard (le petit lobe jouant le rôle de tête).
Crédit : ESA/Rosetta/Navcam – CC BY-SA IGO 3.0

Lancée voici 10 ans, la sonde Rosetta escorte la comète 67P depuis août 2014. En novembre 2014, elle a largué l’atterrisseur Philae qui fonctionné plus de deux jours à la surface du noyau. Une maquette taille réelle de Philae est présente à la Cité de l’espace de Toulouse au sein de l’exposition Explorations Extrêmes jusqu’au 1er novembre de cette année.