La Grande Tache Rouge de Jupiter diminue

La Grande Tache Rouge de Jupiter diminue
Observé depuis plus de 300 ans, cet anticyclone autrefois large de 40.000 km ne fait plus aujourd’hui que 16.500 km selon les dernières mesures réalisées grâce au télescope spatial Hubble.


À gauche : Jupiter photographiée par le télescope spatial Hubble le 21 avril 2014. Sur la droite, comparaison à la même échelle de la taille de la Grande Tache Rouge avec des clichés d’Hubble datant de 1995, 2009 et celui de cette année.
Crédit : NASA/ESA


La plus grande planète du système solaire fascine depuis longtemps les astronomes. Son large diamètre de 143.000 km (11 fois celui de la Terre !) fait que son atmosphère turbulente de géante gazeuse est facilement observable même avec des instruments amateurs qui montrent des courants atmosphériques sous forme de bandes parallèles à son équateur et de colorations différentes. Une autre particularité de l’atmosphère jovienne s’impose même dans les télescopes modestes : la Grande Tache Rouge.
Étudiée méthodiquement depuis les années 1800 (mais probablement observée auparavant), il s’agit d’un anticyclone, autrement dit une zone de haute pression, siège de vents de 430 km/h à sa périphérie et qui fait un tour sur lui-même dans le sens inverse des aiguilles d’une montre en 6 jours terrestres. La Grande Tache Rouge est située dans l’hémisphère sud de Jupiter et sa taille fut estimée par les astronomes du dix-neuvième siècle à 40.000 km de large pour 12.000 km de haut. À partir des années 1930, on constata une diminution de celle-ci au point que lorsque les sondes Voyager 1 et 2 de la NASA survolèrent la planète géante en 1979, la largeur n’était plus que de 23.335 km…


La Grande Tache Rouge par Voyager 1 en 1979. La taille de cet anticyclone avait alors déjà diminué des 40.000 km constatés au dix-neuvième siècle à 23.335 km.
Crédit : NASA


L’observation de Jupiter fait l’objet depuis de nombreuses années d’une efficace collaboration entre astronomes amateurs et professionnels. Les premiers pouvant grâce à un réseau de passionnés à travers le monde mener une surveillance quasi permanente que les seconds ne peuvent se permettre étant donné le planning chargé des observatoires professionnels. Les amateurs ont ainsi noté une accélération de la diminution en taille de la Grande Tache Rouge et la qualité de leurs mesures a suscité l’intérêt de la communauté scientifique au point qu’il a été décidé d’employer le télescope spatial Hubble. Et le verdict est sans appel : la Grande Tache Rouge a certes gardé sa hauteur d’origine de 12.000 km, mais sa largeur n’est plus que de 16.500 km sur les images acquises le 21 avril dernier et récemment publiées.
La vidéo ci-dessous compare les observations d’Hubble de 1995, 2009 et 2014.

Plusieurs théories ont été avancées pour expliquer la dynamique de l’atmosphère jovienne et notamment cette évidente division en bandes. En revanche, on peine à comprendre par quel phénomène la Grande Tache Rouge peut persister depuis si longtemps (au moins 300 ans d’observations). On sait que les nuages les plus hauts de cette formation sont environ 8 km au-dessus de ceux qui l’entourent et qu’elle est un peu plus froide que la zone où elle évolue. La Grande Tache Rouge n’est de surcroît pas le seul anticyclone de Jupiter, mais les autres s’avèrent bien plus modestes avec des largeurs de 1.000 à 6.000 km et ne durent généralement que 3 ans au plus. Amy Simon du centre Goddard de la NASA et qui a dirigé l’observation avec Hubble souligne le fait que des tourbillons de l’atmosphère jovienne sont régulièrement «happés» par la Grande Tache Rouge. «Nous avançons l’hypothèse qu’ils pourraient être responsables de ce changement accéléré en altérant les dynamiques internes de la Grande Tache Rouge» précise-t-elle.
Pour conclure, ajoutons que Jupiter est visible en ce moment avec le télescope principal de la Coupole de l’Astronome à la Cité de l’espace de Toulouse (photo ci-dessous). Et ce même en plein jour !


Crédit : Olivier Sanguy / Enjoy Space

Étonnant, mais logique. En fait, même lorsqu’il fait jour, les étoiles et certaines planètes (cela dépend de leur position sur la voûte céleste) sont toujours au-dessus de nos têtes. Si on ne les voit pas, c’est parce qu’en journée l’intense lumière de notre Soleil est diffusée dans l’atmosphère au-dessus de nous, ce qui donne le ciel bleu. Cependant, malgré cet «éblouissement», on peut en plein jour voir certaines étoiles brillantes et les planètes avec un télescope préalablement pointé dans la bonne direction. Et c’est justement ce qui est proposé aux visiteurs de la Cité de l’espace. En ce moment, Jupiter est accessible. Certes, le contraste est faible en raison du bleu du ciel et la géante gazeuse apparaîtra très pâle, mais vous en étonnerez plus d’un en racontant avoir vu une planète ou des étoiles en plein jour… Et de surcroît Jupiter qui est au cœur de l’actualité astronomique !

Publié le 20 mai 2014