La sonde Messenger s’écrase sur Mercure

La sonde Messenger s’écrase sur Mercure
Epilogue d’une mission remarquable : la sonde américaine Messenger s’est écrasée comme prévu le 30 avril sur Mercure, une planète peu connue jusqu’à ces toutes dernières années et dont elle a percé les secrets les plus intimes.

Représentation d’artiste de la sonde Messenger en orbite autour de la planète Mercure. Crédit : NASA/JHU APL/Carnegie Institution of Washington


Messenger (MErcury Surface, Space ENvironment, GEochemistry, and Ranging), a percuté l’astre à plus de 14.000 km/h sur la face opposée à la Terre. Une série de corrections de trajectoire avaient vidé ces derniers jours les réservoirs de leur carburant, de l’hélium, et la sonde a terminé sa mission de près de 11 ans en s’écrasant sur la planète dont elle avait révélé les secrets.
« Pour la première fois dans l’Histoire, nous avons une bonne connaissance de la planète Mercure, montrant qu’il s’agit d’un monde fascinant  dans notre système solaire si diversifié », a déclaré l’administrateur adjoint de la Nasa John Grunsfeld, avant la chute de la sonde. « Messenger est pour nous plus qu’une mission réussie : c’est le début d’un plus long voyage encore pour l’analyse des données qui révèlent tous les mystères scientifiques de Mercure ».

Mercure sous le Soleil. Un cratère d’impact de 120 km apparaît près du centre de la photo Crédit : NASA/JHU APL/Carnegie Institution of Washington


Lancée le 3 août 2004 par une fusée Delta II, Messenger a parcouru un total considérable de quelque 7,9 milliards de kilomètres, avec 15 révolutions autour du soleil, un survol de la Terre, deux de Vénus et trois de Mercure avant sa mise en orbite autour de cette planète en mars 2011. Sa mission d’observation de Mercure, prévue pour un an, a été prolongée à deux reprises.
Elle a par ailleurs étudié un astre réputé pour ses superlatifs. L’une des quatre planètes telluriques du système solaire – avec la Terre, Vénus, et Mars -, elle est la plus proche du Soleil, la plus petite, la plus dense, celle dont la surface est la plus âgée, celle où les écarts de température entre le jour et la nuit sont les plus importants… et la moins explorée jusqu’à la mission Messenger. Seule la sonde américaine Mariner 10 l’avait survolée, à trois reprises, en 1974 et 1975.

Analyse de l’exosphère et de la surface de Mercure avec le spectromètre de la sonde américaine Messenger. Crédit : NASA/JHU APL/Carnegie Institution of Washington

Messenger, d’une masse de 1.093 kilos au décollage et dont le sigle signifie en français « Surface, environnement spatial, géochimie et télémétrie de Mercure », avait pour mission d’effectuer une cartographie complète de la planète, d’étudier la composition chimique de sa surface et de son exosphère, son histoire géologique, sa magnétosphère, la taille et les caractéristiques de son noyau, et l’origine de son champ magnétique.
Une des réussites les plus remarquables a été de conforter l’hypothèse avancée à la suite d’observations faites par le radiotélescope d’Arecibo, que de l’eau sous forme de glace et d’autres matériaux volatils se trouveraient dans les zones des cratères polaires en permanence dans l’ombre.
Cette glace couvrirait la surface de Washington D.C. et aurait une épaisseur de plus de 3 km. Par ailleurs, la présence d’une couche de matériaux sombres couvrant presque toute cette glace renforce l’idée que des composés organiques ont été apportés, comme l’eau, d’en dehors du système solaire sur les planètes internes, situées entre le Soleil et la ceinture d’astéroïdes (Mercure, Vénus, Terre, Mars). Cet apport pourrait avoir été à l’origine d’une synthèse chimique prébiotique et, donc, de la vie sur Terre.
« L’eau actuellement sous forme de glace (…) a de bonnes raisons d’avoir été apportée sur les planètes internes par l’impact de comètes et d’astéroïdes riches en matériaux volatils », estime Sean Solomon, principal chercheur de la mission et directeur de l’Observatoire de la Terre Lamont-Doherty de l’Université Columbia à New York. « Ces mêmes impacts, selon lui, ont vraisemblablement amené les matériaux riches en molécules organiques, sombres ».

Vue de Mercure prise par Messenger. Les couleurs ne sont pas telles qu’elles apparaîtraient à l’oeil humain. Elles mettent en valeur les différences chimiques, minéralogiques et physiques entre les roches constituant la surface de la planète. Crédit : NASA/JHU APL/Carnegie Institution of Washington

Messenger a permis par ailleurs de cartographier toute la surface de la planète, alors que Mariner 10 ne l’avait réalisé qu’à 45 %, de confirmer la présence d’un noyau partiellement liquide et très ferreux, de prendre des mesures du relief, révélant que certains sommets atteignent 9 km de haut… Quelque 300.000 images ont été transmises par la sonde, qui a réalisé plus de 3.500 orbites autour de la planète.
La sonde a par ailleurs testé avec succès de nouveaux matériaux, des céramiques ultra-performantes la protégeant des rayons du Soleil : sur la face de ce parasol exposée au soleil la température pouvait atteindre plus de 300 degrés Celsius, alors qu’elle ne devait pas dépasser les 20 degrés dans la zone réservée aux instruments.
Mercure va maintenant retrouver le calme, mais seulement jusqu’en 2024, quand se mettra en orbite autour de la planète BepiColombo, composée de deux orbiteurs, un européen de l’ESA et un japonais de la JAXA, dont le lancement est prévu en 2017.

Représentation d’artiste de la mission BepiColombo, deux sondes européenne et japonaise qui doivent se placer sur orbite autour de Mercure en 2024. Crédit : ESA

Publié le 30 avril 2015
8,750 miles per hour (3.91 kilometers per second)
4.9 billion miles (7.9 billion kilometers) – a journey that included 15 trips around the sun and flybys of Earth once, Venus twice, and Mercury three times  in excess of 300° Celsius (570° Fahrenheit), whereas the majority of components in its shadow routinely operated near room temperature (20°C or 68°F)