Le nouveau visage de Pluton

Le nouveau visage de Pluton
Après des années de travail, des images du télescope spatial Hubble changent notre façon de voir ce monde lointain.


Pluton - Hubble 2002 & 2003
La surface de Pluton détaillée par le télescope spatial Hubble. Il s’agit de la carte la plus précise de cette planète naine située aux confins du système solaire. Les images ont été acquises en 2002 et 2003.
Crédit : NASA/ESA/M. Buie (Southwest Research Institute)


Découverte en 1930 par l’astronome américain Clyde Tombaugh, Pluton a été considérée comme une planète à part entière jusqu’en 2006, année où l’Union Astronomique Internationale la déclassa en «planète naine».

Il y a des saisons sur Pluton !
Trop petite et n’ayant pas suffisamment «nettoyé» son orbite (pour les planétologues, il subsiste trop d’objets de taille comparable proche de son orbite), cette planète naine de 2306 km de diamètre est moins grande que la Lune et ses 3474 km de diamètre. Reléguée aux confins du système solaire, elle évolue entre 4,4 et 7,3 milliards de km du Soleil. Pour être clair, notre bonne vieille Terre est en moyenne 39 fois plus près de l’astre du jour que Pluton. Il n’en fallait pas plus pour que ce petit monde lointain se voie attribuer l’image d’un objet glacé et mort… En fait, il n’en est rien et il y a même des saisons sur Pluton ! À ce propos, le télescope spatial Hubble vient de confirmer des travaux précédents. En 1994, l’instrument européen FOC (Faint Object Camera) avait déjà permis de dresser une carte complète relativement détaillée (vu la distance) de la surface de cette petite planète. Quelques années plus tard, en juin 2002 et juin 2003, Hubble opéra un bis avec la caméra ACS (Advanced Camera for Surveys). Très subtilement, les opérateurs du télescope spatial décalèrent légèrement le pointage à chaque prise de cliché : en combinant les images ainsi obtenues, on pouvait augmenter artificiellement la résolution et donc les détails saisis. Un travail de titan pour traiter les données fut nécessaire et ce n’est qu’hier, 4 février, que le Space Telescope Science Institute de Baltimore a publié la nouvelle carte de Pluton. La vidéo ci-dessous vous permet de faire un tour complet de la planète naine.

Le pôle nord, éclairé par le Soleil est de toute évidence plus brillant qu’en 1994. C’est en quelque sorte le début de l’été… Si on peut dire, car les températures évoluent là-bas de -240 °C à – 218 °C. Les zones sombres et claires (coloration jaune-orange) confirment cependant l’existence d’un cycle saisonnier sur cette planète naine principalement composée de roche et de glaces d’azote, de méthane et d’eau. Le Soleil pourrait sublimer l’azote (passage immédiat de l’état solide à l’état gazeux) lors du changement de saison et ainsi modifier l’aspect de Pluton. Mais d’autres phénomènes sont à l’oeuvre, car la teinte générale de certaines régions a rougi. Les astronomes avancent l’hypothèse d’une action du Soleil sur le méthane. Sublimé à son tour, le rayonnement ultraviolet le dissocierait et il laisserait à la surface du monde lointain des résidus de carbone à l’origine de la coloration orangée. Plus il y aurait de ces dépôts, plus les zones concernées passeraient du jaunâtre à l’orange, le fameux «rougissement» constaté.

Pluton - map
Comparaison des cartes globales de Pluton en 1994 (en haut) et 2002/2003 (en bas). On note d’évidentes différences, signe d’un cycle saisonnier à l’oeuvre. La zone claire en haut  de l’image du bas est située près du pôle nord de cette planète naine. En 2003, Pluton était 30,6 fois plus éloignée du Soleil que ne l’est la Terre. Elle s’en éloigne toujours (31,8 en ce moment) et atteindra le maximum en 2130. Pluton met 248 ans à tourner autour du Soleil.
Crédit : NASA/ESA/M. Buie (Southwest Research Institute)


Rendez-vous en 2015
Ce nouveau visage de Pluton impose donc un monde étonnamment actif où des saisons sont à l’oeuvre. La carte ainsi réalisée restera aussi la plus précise pendant plusieurs années bien que les détails les plus «fins» ne fassent que des centaines de km. Tout changera en début d’année 2015 quand la sonde de la NASA New Horizons sera suffisamment près pour accomplir de meilleurs clichés. Le mois de juillet de cette année signera également le survol tant attendu, le 14 étant le jour du passage le plus proche. Les équipes de New Horizons travaillent d’ailleurs déjà sur les images de Hubble, car elles vont les aider à affiner encore plus les réglages d’exposition des différentes caméras embarquées : il n’y aura pas de deuxième chance et il convient donc d’éviter toute surexposition ou sous-exposition.

New Horizons - Pluton
Lancée le 19 janvier 2006, la sonde New Horizons survolera Pluton le 14 juillet 2015 (illustration).
Crédit : NASA


Ce 14 juillet 2015 marquera enfin une rencontre hautement symbolique puisque la sonde emporte une partie des cendres de Clyde Tombaugh. Pluton et son découvreur n’auront jamais été aussi proches…

Publié le 5 février