Des scaphandres et un atterrisseur pour la Lune

Des scaphandres et un atterrisseur pour la Lune

Dans le cadre de son retour sur la Lune pour 2024, la NASA a présenté des scaphandres pour les astronautes tandis que des industriels privés se sont regroupés pour concevoir le module lunaire qui les amènera à la surface.

À la demande de la Maison-Blanche, la NASA accélère son planning de retour vers la Lune. Au lieu de 2028, c’est désormais l’année 2024 qui doit voir les Américains fouler à nouveau la surface de notre satellite naturel. Un élan dans un contexte d’intérêt international (Inde, Chine, etc.) renouvelé pour notre voisine céleste et qui fait l’objet de l’exposition Lune Episode II à la Cité de l’espace de Toulouse.

Il faut (entre autres) des scaphandres et un module lunaire

La date de 2024 est, ce n’est un secret pour personne, une échéance politique puisque ce sera la dernière année du second mandat du président Républicain Donald Trump s’il est réélu. Confrontée à une accélération du planning de 4 ans, la NASA dirigée par Jim Bridenstine (un ancien élu Républicain) a opté pour une simplification dans un premier temps de son projet de station autour de la Lune appelée LOP-G (Lunar Orbital Platform-Gateway) ou Lunar Gateway voire Gateway. Elle servira de relais auquel s’amarrera le vaisseau Orion de l’agence américaine afin que les astronautes passent de celui-ci à un module lunaire de nouvelle génération qui s’y sera rendu de façon automatique au préalable. Ce scénario vise à tenir l’échéance de 2024 sans être dépendant des partenaires internationaux (dont l’Europe) qui construiront plus tard des éléments pour une version plus étendue de la Gateway.
À l’heure actuelle, la NASA se base donc sur son vaisseau Orion qui a réussi un vol d’essai à vide en 2014. Son module de service est fourni par l’Agence Spatiale Européenne (Airbus en est le fabricant). C’est le lanceur SLS (Space Launch System, qui connait du retard et des dépassements de budget) qui enverra Orion vers la Gateway.

Image d’artiste de la station Gateway en version minimale. On y voit amarrés un vaisseau Orion et l’étage de remontée d’un atterrisseur lunaire. Crédit : Lockheed Martin

Image d’artiste de la station Gateway en version minimale. On y voit amarrés un vaisseau Orion et l’étage de remontée d’un atterrisseur lunaire.
Crédit : Lockheed Martin

Mais pour arriver sur notre satellite naturel avec «le prochain homme et la première femme» (phrase souvent répétée pour caractériser ce programme baptisé Artemis), la NASA a aussi besoin de scaphandres et d’un module lunaire. Le 15 octobre, Jim Bridenstine a ainsi présenté les 2 scaphandres envisagés par l’agence. Chacun répondra à des besoins spécifiques. Celui dit OCSS pour Orion Crew Survival System, et de couleur orange, est une combinaison intravéhiculaire, car elle ne sert pas à sortir dans l’espace. Elle assure le maintien en vie d’un astronaute en cas de dépressurisation. Elle sera donc portée à l’intérieur du vaisseau Orion lors des phases de décollage et de retour ou pendant des manœuvres jugées délicates (comme les amarrages).

Au siège de la NASA à Washington DC (de gauche à droite), l’ingénieure Amy Ross, l’administrateur Jim Bridenstine, l’ingénieure Kristine Davis (dans le scaphandre xEMU) et le manager de projet Dustin Gohmert (dans la combinaison Orion orange OCSS) présentent le 15 octobre les scaphandres envisagés par la NASA pour le retour sur la Lune. Crédit : NASA/Joel Kowsky

Au siège de la NASA à Washington DC (de gauche à droite), l’ingénieure Amy Ross, l’administrateur Jim Bridenstine, l’ingénieure Kristine Davis (dans le scaphandre xEMU) et le manager de projet Dustin Gohmert (dans la combinaison Orion orange OCSS) présentent le 15 octobre les scaphandres envisagés par la NASA pour le retour sur la Lune. Crédit : NASA/Joel Kowsky

L’autre scaphandre présenté ce 15 octobre est le xEMU pour eXploration Extravehicular Mobility Unit. En dépit de sa ressemblance avec ceux d’Apollo, le xEMU rassemble de nombreuses innovations afin d’offrir aux futurs marcheurs lunaires plus de mobilité et de facilité dans leurs mouvements. L’autonomie visée dépasse les 6 heures. Pour communiquer, il ne sera plus nécessaire de porter une cagoule sur la tête qui tient le micro et les écouteurs : plusieurs micros sont disposés dans la partie haute et un système sélectionne le plus près de la bouche. L’agence annonce une grande adaptabilité à différentes tailles et surtout adopte le principe de l’entrée arrière en ouvrant telle une petite porte le «sac à dos» arrière qui héberge le système de support-vie. Une solution retenue par les Russes pour leur scaphandre Orlan depuis plusieurs décennies !

Ci-dessous, une vidéo NASA sur ces 2 scaphandres.

Éléments indispensables, ces scaphandres ne constituent pas pour autant les ultimes pièces du puzzle technique du retour sur la Lune avec le lanceur SLS, le vaisseau Orion et la station Gateway. Il faut aussi un module lunaire. La NASA a d’ores et déjà précisé qu’elle faisait appel au secteur privé sous la supervision de son centre Marshall. Plusieurs industriels se sont d’ailleurs manifestés.

Le 22 octobre, à l’occasion du Congrès International d’Astronautique, Jeff Bezos a expliqué que sa compagnie spatiale Blue Origin s’alliait à Lockheed Martin, Northrop Grumman et Draper pour mettre au point le module lunaire du programme Artemis. Crédit : Blue Origin

Le 22 octobre, à l’occasion du Congrès International d’Astronautique, Jeff Bezos a expliqué que sa compagnie spatiale Blue Origin s’alliait à Lockheed Martin, Northrop Grumman et Draper pour mettre au point le module lunaire du programme Artemis.
Crédit : Blue Origin

Pour beaucoup d’observateurs, la date de 2024 pose problème au regard de la complexité inhérente à un atterrisseur lunaire habité et les exigences de sécurité pour un équipage. Dans une logique de l’union fait la force, le fondateur d’Amazon Jeff Bezos a profité du Congrès International d’Astronautique qui se tenait cette année à Washington DC pour présenter une «équipe nationale» qui travaille pour mettre au point le module lunaire dont a besoin le programme Artemis de la NASA. Sous la direction de Blue Origin, la société spatiale créée par Jeff Bezos, s’associent Lockheed Martin, Northrop Grumman et le laboratoire Draper. L’idée est que Blue Origin apporte son concept d’atterrisseur Blue Moon, Lockheed Martin réalise l’étage de remontée habitable, Northrop Grumman fournira le véhicule de transfert qui amènera le module lunaire à la Gateway tandis que Draper s’occupe de l’avionique.

Ces avancées restent toutefois suspendues au budget de la NASA et plus particulièrement au vote par le Congrès américain des fonds nécessaires pour Artemis. Politiquement, l’équation n’est pas facile, car si les Républicains ont conservé la majorité au Sénat, les Démocrates ont obtenu celle de la Chambre des Représentants lors des élections de novembre 2018. Le clivage qui oppose les Démocrates aux Républicains n’est de fait guère favorable à l’échéance sélène de 2024. En revanche, les Démocrates qui soutiennent le spatial ne souhaitent pas pour le moment enterrer la logique d’une exploration habitée de la Lune et plaident pour un retour à la date de 2028.