Lune : un retour sous le signe des partenariats

Lune : un retour sous le signe des partenariats

La NASA a détaillé son plan de retour vers la Lune, articulé autour d’une station sur orbite lunaire, la LOP-G. Un programme qui repose sur des partenariats avec d’autres pays, mais aussi avec le secteur privé.

Le 11 mars, au centre spatial Kennedy en Floride, l’administrateur de la NASA Jim Bridenstine a annoncé que le budget de l’agence approuvé par la Maison-Blanche soutenait la logique d’un retour vers la Lune. Cette initiative comprend la LOP-G (Lunar Orbital Platform-Gateway), une future station sur orbite autour de notre satellite naturel qui entend réunir les partenaires internationaux de l’actuelle Station Spatiale Internationale (ISS). Un retour en coopération qui fait aussi appel à la dynamique du New Space via des contrats avec le secteur privé.
Ci-dessous, une vidéo NASA qui met en images cette logique.

Retourner vers la Lune pour y rester

L’annonce du 11 mars de la NASA coïncide avec celle du Multilateral Coordination Board qui réunit les agences partenaire de la Station Spatiale Internationale (ISS), donc la NASA pour les États-Unis, Roscosmos pour la Russie, l’ESA (Agence Spatiale Européenne) pour l’Europe, la JAXA pour le Japon et l’ASC pour le Canada. Cet organisme commun s’est prononcé en faveur de la logique de la LOP-G dite aussi Gateway lunaire. Il ne s’agit pas de refaire Apollo 50 ans après. Tout d’abord, l’agence américaine martèle que le but est de retourner vers la Lune pour y rester. De plus, cette architecture initiée par la NASA fera, comme l’ISS, appel à la coopération internationale. Plus concrètement, les pays partenaires, via leur agence spatiale, fourniront certains des modules de cette station autour de la Lune, comme le détaille le schéma de l’ESA ci-dessous.

On voit ainsi que l’ESA participerait de 3 façons majeures : fourniture du module ESPRIT (sas destiné à la science, gestion du ravitaillement et communications avec la Terre), celle d’un module d’habitation avec la JAXA (le I-Hab ou International Habitation Module) et enfin l’European Service Module (ESM), le module de service de la capsule Orion américaine.
Il est à noter que les industriels Airbus Defence and Space et Thales Alenia Space mènent déjà des études pour l’ESA en ce qui concerne ESPRIT et I-Hab. L’ESA veut ainsi montrer ce qu’elle peut faire avec l’industrie européenne au sein de la LOP-G lors de la réunion au niveau ministériel de ses Etats-Membres prévue en fin d’année. Car ce partenariat et son budget devront être approuvés par les pays adhérents à l’ESA.
En ce qui concerne le module de service d’Orion, c’est en revanche déjà en cours (Airbus a livré le premier ESM aux États-Unis), mais il faudra continuer cette logique.
Les ressources budgétaires sont bien évidemment essentielles pour cette nouvelle ambition lunaire. La NASA l’a bien compris et l’appel à la coopération internationale permet à la fois de répartir les coûts tout en ancrant ce retour dans une alliance à long terme garante d’une pérennité plus affirmée. Le 28 février, le Canada est d’ailleurs devenu le premier pays officiellement partenaire (via son Agence Spatiale Canadienne ASC) du Gateway lunaire.

Mars, science et appel au New Space

La station LOP-G deviendra une sorte de «hub» autour de notre satellite naturel. Elle permettra de tester des technologies qui serviront plus tard au voyage habité vers Mars. Plus immédiatement (on parle des années 2020 voir plus bas), elle hébergera des astronautes pour, au départ, environ 1 mois par an. Son automatisation devra du coup être poussée. À partir de cette station, on pourra envoyer des engins robotiques et des rovers à la surface de la Lune, y compris des véhicules habités qui feront donc l’aller-retour entre le Gateway et le sol sélène.

La station LOP-G sur orbite lunaire (illustration). Crédit : NASA

La station LOP-G sur orbite lunaire (illustration).
Crédit : NASA

Le but est de disposer ainsi d’un accès à la Lune pour explorer son potentiel scientifique car étudier le satellite naturel de la Terre, c’est aussi étudier cette dernière et son origine. La science sur la Lune se présente comme multiple. Par exemple, les radioastronomes estiment que sa face cachée, protégée de la pollution radio terrestre, sera un endroit idéal pour y assembler un radiotélescope susceptible d’ouvrir de nouvelles découvertes quant à la compréhension de l’univers.
Le 11 mars, l’administrateur de la NASA Jim Bridenstine a souligné que ce retour doit être «sustainable», soit durable et donc maîtrisé sur le plan budgétaire. Et un des outils majeurs pour ce but sera de profiter du dynamisme du New Space en faisant appel à des contrats de prestations de service avec le privé, y compris de jeunes entreprises qui développent des approches en rupture par rapport aux «recettes» plus traditionnelles. Fin 2018, l’agence américaine a déjà sélectionné 9 sociétés afin qu’elles établissent une sorte de service clé en main de livraison de charges utiles (éventuellement des instruments scientifiques) sur la Lune. Ce seront des contrats appelés Commercial Lunar Payload Services (CLPS) et les entreprises retenues sont Astrobotic Technology, Deep Space Systems, Draper, Firefly Aerospace, Intuitive Machines, Lockheed Martin Space, Masten Space Systems, Moon Express et Orbit Beyond.

Concept d’atterrisseur lunaire automatique proposé dans le cadre du CLPS par la société Astrobotic. Crédit : Astrobotic

Concept d’atterrisseur lunaire automatique proposé dans le cadre du CLPS par la société Astrobotic.
Crédit : Astrobotic

Cet appel au privé reprend la logique des contrats CRS (Commercial Resupply Services) pour les cargos automatiques vers l’ISS avec SpaceX et Northrop Grumman ou le transport à venir des astronautes vers la même destination avec Boeing et aussi SpaceX (capsule Crew Dragon testée avec succès début mars). L’agence américaine compte du coup demander au secteur privé de réaliser des prestations de vols cargo de la Terre vers la LOP-G. Mais pas seulement : le privé s’occupera également d’amener des astronautes sur la Lune.

Projet d’atterrisseur lunaire habité proposé en 2018 par l’industriel spatial américain Lockheed Martin. Crédit : Lockheed Martin

Projet d’atterrisseur lunaire habité proposé en 2018 par l’industriel spatial américain Lockheed Martin.
Crédit : Lockheed Martin

Si les vols habités de notre planète vers la station lunaire se feront avec le vaisseau Orion de la NASA, l’agence se tourne vers les privés pour se rendre de la LOP-G vers la surface de la Lune. Le 14 février, un appel officiel a été lancé afin que les industriels soumettent avant la fin du mois de mars leurs concepts d’engins capables d’amener des astronautes sur le sol sélène.

Le calendrier se veut ambitieux. Les premières missions de type CLPS (livraison d’une charge utile sur la Lune) sont annoncées pour 2019 ou 2020. Ensuite, il y aura 2 vols d’Orion vers notre satellite naturel, le premier en automatique et le second habité. Le premier élément du Gateway arrivera en 2022 et la station accueillera ses premiers astronautes en 2024. L’utilisation de la LOP-G suivra alors une logique de montée en puissance avec l’arrivée de femmes et d’hommes à la surface de la Lune en 2028.

Ci-dessous, vidéo NASA de l’annonce du 11 mars au centre spatial Kennedy.