MRO révèle le destin de Schiaparelli

MRO révèle le destin de Schiaparelli

La sonde de la NASA Mars Reconnaissance Orbiter (MRO) a photographié la zone d’arrivée de Schiaparelli le 20 octobre. Une tache sombre révèle que l’atterrisseur de l’ESA a probablement explosé en s’écrasant au sol le 19 octobre.

La mission ExoMars 2016 de l’Agence Spatiale Européenne (ESA) comporte deux parties. La première est la sonde TGO (Trace Gas Orbiter) qui s’est placée avec succès sur orbite martienne le 19 octobre.
La deuxième partie de la mission concerne l’atterrisseur Schiaparelli avec lequel l’ESA comptait tester les techniques nécessaires pour se poser sur le sol martien. Mais dès le 19 octobre, jour de l’arrivée, une interruption dans la réception sur Terre du signal radio émis par l’engin laissait craindre une anomalie. Le lendemain 20 octobre, lors d’une conférence de presse, l’agence précisait que Schiaparelli avait cessé de transmettre sa télémétrie 50 secondes avant de se poser. Un crash était du coup estimé probable.

Schiaparelli : une déception mais beaucoup de données

Rappelons que lors des 6 minutes de sa descente vers Mars, Schiaparelli a émis tout un ensemble de données (la télémétrie) qui ont été enregistrées par la sonde TGO qui les a ensuite transmises vers la Terre. Ces données sont autant d’indications précieuses sur les conditions rencontrées par l’atterrisseur ainsi que le déroulé de sa procédure. On savait dès le 20 octobre que le parachute avait été largué 15 secondes trop tôt et que les rétrofusées chargées d’accomplir le freinage final n’avaient fonctionné que 3 à 4 secondes au lieu des 29 prévues.
Le 20 octobre, il était de plus prévu que la sonde MRO de la NASA survole le site d’atterrissage de Schiaparelli. Les images montrent hélas une tache sombre de 15×40 m interprétée comme un cratère dû à l’impact de l’atterrisseur.

MRO Schiaparelli

En haut : le contexte général des images prises en bas. En vert, l’ellipse d’incertitude pour l’atterrissage de Schiaparelli. On constate qu’il est arrivé plutôt au centre de la zone visée. En bas à gauche, un cliché de MRO du 29 mai 2016. À droite, le même endroit le 20 octobre avec la tache sombre interprétée comme le cratère d’impact de Schiaparelli.
Crédit : NASA/JPL-Caltech/MSSS, Arizona State University

Étant donné la courte durée de mise à feu des rétrofusées, les réservoirs devaient être encore largement remplis d’ergols, provoquant très probablement une explosion à l’impact. L’ESA a indiqué que, privé de son freinage par rétrofusées, Schiaparelli avait dû achever sa descente par une chute libre de 2 à 4 km aboutissant à une vitesse au contact du sol de plus de 300 km/h.

MRO Schiaparelli

Détail de l’image de MRO du 20 octobre. En haut, la tache sombre de 15×40 m, cratère d’impact creusé par Schiaparelli et son explosion. En bas, le point blanc est analysé comme pouvant être le parachute parvenu au sol. Ce cliché provient de la caméra CTX de MRO dont la résolution (6 m par pixel) est très inférieure à l’autre caméra (dite HiRISE) capable d’images avec une précision de 50 cm.
Crédit : NASA/JPL-Caltech/MSSS, Arizona State University

Cette déception est contrebalancée par le fait que les données engrangées lors de cette approche sont, selon les ingénieurs, suffisantes pour déterminer la cause du crash et ainsi incorporer les leçons apprises à de futures missions européennes. Autre consolation : Schiaparelli s’est écrasé à seulement 5,4 km à l’ouest du centre de la zone visée de 100×15 km, prouvant la précision de la navigation réalisée jusqu’alors.
N’oublions pas que la mission ExoMars 2016 continue avec le TGO dont les instruments vont étudier l’atmosphère de la planète rouge et surtout la présence de méthane, un gaz qui pourrait provenir d’une activité géologique (volcanisme résiduel) ou même biologique (certains types de microbes produisent du méthane).