Retour de la mission privée Ax-1

Retour de la mission privée Ax-1

Michael López-Alegría, Larry Connor, Mark Pathy et Eytan Stibbe ont amerri le 25 avril à bord de leur capsule Crew Dragon après 17 jours sur orbite. Organisée par Axiom Space, Ax-1 était la première mission intégralement privée vers l’ISS.

Basée à Houston, la société Axiom Space affiche l’ambition de devenir un acteur majeur de la commercialisation des vols habités. La firme a ainsi signé un contrat avec la NASA afin d’ajouter en 2024 son propre module à la Station Spatiale Internationale (ISS). En attendant cette échéance, Axiom Space entend mener des missions privées vers le complexe orbital et Ax-1 est la première d’entre elles.

Une mission privée vers l’ISS

L’équipage d’Ax-1 était commandé par l’ancien astronaute NASA Michael López-Alegría, aujourd’hui vice-président d’Axiom Space. Il accompagnait ainsi les clients d’Axiom Space, a savoir l’Américain Larry Connor (au poste de pilote), le Canadien Mark Pathy et l’Israélien Eytan Stibbe (en qualité de spécialistes de mission). Le séjour à bord de l’ISS est possible suite à un accord (avec paiement) conclu avec la NASA. Pour le transport, Axiom Space a fait appel à SpaceX, plus spécifiquement sa capsule Crew Dragon Endeavour, celle qui fut utilisée pour le vol Crew-2 avec notamment Thomas Pesquet et, avant, pour Demo-2. Endeavour accomplissait donc ici son troisième vol (les capsules SpaceX sont réutilisables).
Le décollage au sommet d’un Falcon 9 a eu lieu le 8 avril depuis le centre spatial Kennedy en Floride (vidéo ci-dessous).

L’arrivée à bord de l’ISS se déroula le lendemain 9 avril. Les 4 d’Ax-1 furent accueillis par les 7 astronautes de l’expédition 67.

Les 4 d’Ax-1 accueillis à bord de l’ISS. Au centre et de gauche à droite : Mark Pathy, Eytan Stibbe, Larry Connor et Michael López-Alegría. Autour d’eux dans le sens des aiguilles d’une montre en commençant en bas à droite : Thomas Marshburn, Oleg Artemyev, Denis Matveev, Sergey Korsakov, Raja Chari, Kayla Barron et Matthias Maurer. Crédit : NASA

Les 4 d’Ax-1 accueillis à bord de l’ISS. Au centre et de gauche à droite : Mark Pathy, Eytan Stibbe, Larry Connor et Michael López-Alegría. Autour d’eux dans le sens des aiguilles d’une montre en commençant en bas à droite : Thomas Marshburn, Oleg Artemyev, Denis Matveev, Sergey Korsakov, Raja Chari, Kayla Barron et Matthias Maurer.
Crédit : NASA

Les 3 passagers d’Axiom Space (Connor, Pathy et Stibbe) ont payé chacun une somme estimée à une cinquantaine de millions de dollars pour ce voyage qui devait durer à l’origine une dizaine de jours. Leur entraînement s’est étalé sur une année. Ils ont aussi décidé d’emporter avec eux et de mener un peu plus d’une vingtaine d’expériences scientifiques, certaines liées à la recherche médicale. Le retour était initialement prévu autour du 18 avril, mais de mauvaises conditions météo au large des côtes de la Floride rendaient l’amerrissage impossible. Il a donc fallu attendre le 25 avril pour que le temps coopère. La Crew Dragon d’Ax-1 a amerri dans l’océan Atlantique au large de Jacksonville à 13h06 heure locale.

La capsule Crew Dragon Endeavour d’Ax-1 touche l’océan Atlantique après sa rentrée dans l’atmosphère et une descente sous 4 parachutes le 25 avril. Crédit : SpaceX

La capsule Crew Dragon Endeavour d’Ax-1 touche l’océan Atlantique après sa rentrée dans l’atmosphère et une descente sous 4 parachutes le 25 avril.
Crédit : SpaceX

Au final, cette mission privée aura duré 17 jours. Larry Connor, Mark Pathy et Eytan Stibbe connaissaient là logiquement leur baptême de l’espace alors que leur commandant Michael López-Alegría partait pour la cinquième fois sur orbite, cumulant un total de 275 jours là-haut.

Le «tourisme spatial» version américaine

Ce n’est pas la première fois que l’ISS accueille des astronautes privés qui payent leur propre «billet» et souvent appelés touristes spatiaux. La Russie réalisa en 2001 le premier vol de ce genre via leurs vaisseaux Soyouz avec l’Américain Denis Tito. D’autres suivirent avec récemment les Japonais Yusaku Amezawa et Yozo Hirano (vol Soyouz MS-20 en décembre 2021). Ce n’est pas non plus la première mission privée américaine. Ce titre revient à Inspiration4, financée par Jared Isaacman, en septembre 2021. Toutefois, Inspiration4 n’alla pas vers l’ISS et tourna autour de la Terre pendant presque 3 jours.
La nouveauté d’Ax-1 réside tout d’abord dans le fait que c’est le premier vol privé à destination de l’ISS mené par une compagnie américaine avec un vaisseau américain. 

Les 4 d’Ax-1 à la sortie de leur Crew Dragon après l’amerrissage. De gauche à droite : Michael López-Alegría, Eytan Stibbe, Mark Pathy et Larry Connor. Crédit : SpaceX/Cité de l’espace

Les 4 d’Ax-1 à la sortie de leur Crew Dragon après l’amerrissage. De gauche à droite : Michael López-Alegría, Eytan Stibbe, Mark Pathy et Larry Connor.
Crédit : SpaceX/Cité de l’espace

Pourquoi parle-t-on de première mission intégralement privée vers l’ISS alors que des personnes ont déjà par le passé payé leur billet vers la station avec les Soyouz ? La raison est que l’équipage d’Ax-1 est intégralement privé. En effet, les précédents vols «touristiques» menés côté russe comprenaient au moins 1 cosmonaute de l’agence Roscosmos. Précisons ici que Michael López-Alegría, qui a certes été un astronaute de la NASA, a volé pour Ax-1 en tant que vice-président d’Axiom Space et non en qualité d’astronaute d’une agence spatiale étatique.
Avec Ax-1, les États-Unis renforcent donc leur position sur le marché du tourisme spatial orbital, autrefois largement dominé par la Russie (même si la commercialisation des vols Soyouz faisait appel à la société américaine Space Adventures). Avec la guerre en Ukraine, le spatial russe pourrait connaître des difficultés lorsqu’il s’agit de vendre de telles prestations, sauf peut-être pour des ressortissants de pays n’ayant pas voté de sanctions économiques contre la Russie.

Pour conclure, rappelons qu’Axiom Space a planifié une autre mission privée Ax-2 fin 2022 ou début 2023 et qu’elle doit amarrer à l’ISS son propre module commercial en 2024. Fabriqué en Italie par l’industriel européen Thales Alenia Space, celui-ci permettra à la firme de Houston d’étendre l’éventail de ses prestations (séjours spécifiques, expériences menées dans ce module, etc.). Elle compte par la suite ajouter d’autres éléments jusqu’à obtenir sa station autonome, détachée de l’ISS.