Rosetta réussit son final

Rosetta réussit son final

Comme prévu, la sonde Rosetta de l’Agence Spatiale Européenne a mis fin à sa mission le 30 septembre en percutant la surface de la comète 67P à 3 km/h, récoltant au passage de nombreuses données que les scientifiques vont analyser.

Sur iTélé, le journaliste scientifique Michel Chevalet (qui vient de sortir un livre intitulé Comment ça marche ?) a résumé l’étrangeté de la situation de la fin de mission de Rosetta en s’exclamant «on applaudit pour un arrêt de signal alors que d’habitude on est inquiet». En effet, à 13h19 heure française le 30 septembre, et comme annoncé par l’Agence Spatiale Européenne, les stations d’écoute sur Terre cessèrent de recevoir les transmissions radio. En fait, Rosetta avait percuté la comète 67P 40 mn plus tôt, mais l’événement se passant à 720 millions de kilomètres de notre planète, il y avait un décalage en raison du temps de propagation du signal à la vitesse de la lumière (300 000 km/s). Voir la vidéo ci-dessous.

Jusqu’au dernier moment, Rosetta s’est distinguée. Cette mission a signé de nombreuses premières : première sonde autour d’une comète, premier atterrissage sur un noyau cométaire (avec Philae), premier suivi d’une comète au plus près du Soleil (en août 2015) et, en guise de conclusion, ce final où les équipes ont en effet applaudi à la disparition du signal radio émis. Un arrêt programmé afin d’éviter que Rosetta ne continue à émettre sans contrôle et risque alors de «parasiter» des fréquences radio utilisées par d’autres explorateurs robotiques du système solaire.

Un final vécu en direct à la Cité de l’espace

La rédaction d’iTélé était en liaison avec Olivier Sanguy de la Cité de l’espace, envoyé au centre de contrôle des sondes et satellites ESOC de l’Agence Spatiale Européenne (ESA) à Darmstadt en Allemagne. De là-bas, il donna également des nouvelles pour la Cité de l’espace qui organisait un événement présenté par Philippe Droneau (directeur des Publics) permettant aux nombreux visiteurs venus de suivre en direct la mort programmée de Rosetta.

Le public était présent pour suivre la fin de Rosetta à la Cité de l’espace. Crédit : Cécile Péguillan / Cité de l’espace

Le public était présent pour suivre la fin de Rosetta à la Cité de l’espace.
Crédit : Cécile Péguillan / Cité de l’espace

Ci-dessous, l’enregistrement du direct vidéo.

Comme expliqué dans un précédent article, l’ESA a décidé de mettre fin à l’aventure de Rosetta avant que la sonde ne devienne incontrôlable. La comète 67P s’éloignant du Soleil et la sonde la suivant, les panneaux solaires n’allaient même plus fournir l’électricité nécessaire au maintien des électroniques de bord. Le scénario retenu consistait donc à envoyer Rosetta sur une trajectoire de descente aboutissant à un impact à la vitesse d’environ 3 km/h. Tout au long de son approche, la sonde ne cessa de récolter des informations. Dans la vidéo ci-dessous, tournée le 29 septembre, la veille du final, 3 scientifiques expliquent ce qui est attendu de cette ultime moisson de données.

Rosetta : de la science pour des décennies !

En examinant 67P, Rosetta permet déjà de mieux saisir le scénario de la formation des comètes. Or, la naissance de ces astres baladeurs est directement liée aux débuts du Système solaire. Donc, étudier les comètes, c’est comprendre la genèse du Soleil et de son cortège de planètes et du même coup l’origine de la Terre. La sonde de l’ESA a de plus détecté des molécules carbonées et complexes, notamment la glycine, l’acide aminé le plus simple. Ce résultat conforte les astronomes qui estiment que les éléments nécessaires à l’apparition du vivant sur notre planète ont été apportés par les comètes. Le 29 septembre, lors d’une conférence de presse, Kathryn Altwegg qui travaille sur les molécules détectées par l’instrument ROSINA de Rosetta nous a indiqué que les résultats publiés à ce jour n’étaient pas définitifs. De nombreuses analyses pointues des données restent à faire et Altwegg avance que son équipe sera en mesure de confirmer la présence de molécules encore plus complexes, ce qui ne fera que renforcer le rôle des comètes pour l’apport des briques de base du vivant.

Un cliché de la caméra OSIRIS réalisé seulement 10 secondes avant l’impact. Photographié sur un écran à l’ESOC. Crédit : Olivier Sanguy / Cité de l’espace

Un cliché de la caméra OSIRIS réalisé seulement 10 secondes avant l’impact. Photographié sur un écran à l’ESOC.
Crédit : Olivier Sanguy / Cité de l’espace

L’exploitation à venir de la mission de Rosetta concerne en fait tous les instruments. Unanimement, les scientifiques ont estimé qu’il y avait des décennies de travail ! Et ce même pour les images. L’équipe en charge des clichés de la caméra haute résolution OSIRIS n’a ainsi tiré le meilleur que de 5 % des clichés. Il faut souligner que les images d’OSIRIS, comme celles d’autres sondes, demandent un fastidieux et précis travail de traitement en vue de d’obtenir des données dites calibrées et scientifiquement pertinentes. Après la fin de la mission Rosetta, Holger Sierks (responsable d’OSIRIS) a présenté sur un écran une succession des ultimes images acquises juste avant l’impact (vidéo ci-dessous).

Ainsi, en plus des images publiées par l’ESA le 30 septembre d’autres clichés restent visiblement à traiter. Comme on le voit, si Rosetta a mis un terme à sa mission avec panache, son héritage scientifique n’a pas fini de nous surprendre.

67P à 11,7 km de distance par Rosetta le 30 septembre. L’image couvre une zone de 450 m de large. Crédit : ESA/Rosetta/MPS for OSIRIS Team MPS/UPD/LAM/IAA/SSO/INTA/UPM/DASP/IDA

67P à 11,7 km de distance par Rosetta le 30 septembre. L’image couvre une zone de 450 m de large.
Crédit : ESA/Rosetta/MPS for OSIRIS Team MPS/UPD/LAM/IAA/SSO/INTA/UPM/DASP/IDA

 

À 8,9 km. Zone de 350 m de large. Crédit : ESA/Rosetta/MPS for OSIRIS Team MPS/UPD/LAM/IAA/SSO/INTA/UPM/DASP/IDA

À 8,9 km. Zone de 350 m de large.
Crédit : ESA/Rosetta/MPS for OSIRIS Team MPS/UPD/LAM/IAA/SSO/INTA/UPM/DASP/IDA

 

À 5,7 km. Zone de 225 m de large. Crédit : ESA/Rosetta/MPS for OSIRIS Team MPS/UPD/LAM/IAA/SSO/INTA/UPM/DASP/IDA

À 5,7 km. Zone de 225 m de large.
Crédit : ESA/Rosetta/MPS for OSIRIS Team MPS/UPD/LAM/IAA/SSO/INTA/UPM/DASP/IDA

 

La «dernière image» selon l’ESA, prise à 20 m et qui couvre une zone de 2,4 m de large. Crédit : ESA/Rosetta/MPS for OSIRIS Team MPS/UPD/LAM/IAA/SSO/INTA/UPM/DASP/IDA

La «dernière image» selon l’ESA, prise à 20 m et qui couvre une zone de 2,4 m de large.
Crédit : ESA/Rosetta/MPS for OSIRIS Team MPS/UPD/LAM/IAA/SSO/INTA/UPM/DASP/IDA

 

esoc-final

C’est fini ! Dans la grande salle de conférence de l’ESOC, la pression retombe : Rosetta a réussi sa sortie. Crédit : Olivier Sanguy / Cité de l’espace