Les sargasses traquées par les satellites

Les sargasses traquées par les satellites

Ces algues brunes connaissent une forte prolifération depuis plusieurs années qui aboutit à des dégâts côtiers notamment en Guadeloupe. Grâce aux données de plusieurs satellites, le phénomène est surveillé.

Les sargasses sont des algues brunes qui peuvent atteindre 12 m de long. Elles dérivent au gré des courants marins et en larges bancs. Le problème est que leur forte prolifération conduit de plus en plus souvent à des échouages massifs sur des côtes où leur décomposition rejette de l’hydrogène sulfuré et de l’ammoniac qui posent des problèmes sanitaires (odeurs insupportables, vomissements pour les personnes proches, etc.). Avec la société CLS-NovaBlue Environment, l’Agence Spatiale Européenne (ESA) a mis sur pied une politique de suivi des sargasses.

Et si la déforestation était en cause ?

Lorsque les sargasses s’échouent sur des côtes, le problème peut prendre des proportions difficilement imaginables. L’ESA pointe que le gouvernement mexicain a dû dépenser des millions de dollars pour retirer 500 000 tonnes d’algues brunes de ses plages ! L’enjeu peut-être aussi économique, car aucun touriste n’est attiré par un littoral ainsi envahi et nauséabond. Les Caraïbes et la Floride sont également touchées. En Guadeloupe, les autorités locales ont même interpellé à ce sujet en septembre 2018 le président de la République Emmanuel Macron.

Image satellite de la Guadeloupe (juillet 2019) par le satellite européen Sentinel-2. La végétation apparaît en rouge sur le sol et la couleur rosée en mer trahit les bancs de sargasses en surface. Le sombre révèle des bancs de sargasses sous la surface. Les rectangles à bordure blanche identifient des zones de détection de ces algues. Crédit : Copernicus Sentinel data (2019), processed by ESA 

Image satellite de la Guadeloupe (juillet 2019) par le satellite européen Sentinel-2. La végétation apparaît en rouge sur le sol et la couleur rosée en mer trahit les bancs de sargasses en surface. Le sombre révèle des bancs de sargasses sous la surface. Les rectangles à bordure blanche identifient des zones de détection de ces algues.
Crédit : Copernicus Sentinel data (2019), processed by ESA

Josef Aschbacher, le directeur de l’observation de la Terre à l’ESA, note que le problème causé par les sargasses en 2019 «est particulièrement fort, entraînant de risques pour la santé publique et touchant l’industrie du tourisme». Il explique aussi que l’agence spatiale mexicaine a demandé accès aux données satellitaires pour suivre le phénomène.
Car les satellites d’observation de la Terre, et par exemple ceux de la famille Sentinel (un programme financé par l’Union Européenne), récoltent des informations qui permettent de prévoir quand des bancs vont s’échouer sur les côtes, favorisant une politique de prévention.

Inauguration le 17 mai 2018 de la maquette taille réelle de Sentinel-3B à la Cité de l’espace. De gauche à droite : Jean-Claude Dardelet (vice-président de Toulouse Métropole), Philippe Brunet (directeur au sein de la DG GROW en charge de la politique spatiale, Copernicus et Défense, Commission Européenne) et Pierre Bahurel (directeur général de Mercator Océan). En plus d’expositions dédiées à ce sujet, la présence de cette maquette permet à la Cité de l’espace d’expliquer à ses visiteurs l’importance de l’observation de la Terre. Crédit : Cité de l’espace

Inauguration le 17 mai 2018 de la maquette taille réelle de Sentinel-3B à la Cité de l’espace. De gauche à droite : Jean-Claude Dardelet (vice-président de Toulouse Métropole), Philippe Brunet (directeur au sein de la DG GROW en charge de la politique spatiale, Copernicus et Défense, Commission Européenne) et Pierre Bahurel (directeur général de Mercator Océan). En plus d’expositions dédiées à ce sujet, la présence de cette maquette permet à la Cité de l’espace d’expliquer à ses visiteurs l’importance de l’observation de la Terre. Crédit : Cité de l’espace

La société française CLS-NovaBlue Environment a ainsi remporté un appel d’offres de l’ESA pour mettre au point un service opérationnel de détection des sargasses et de simulation de leur dérive à proximité des îles des Antilles. Pour aller plus loin, il faudrait comprendre pourquoi ces algues prolifèrent de plus en plus. Un article de la revue Science du mois de juillet souligne que l’arrivée de fertilisants dans l’océan Atlantique du fait de la déforestation en Amazonie pourrait bien avoir causé la spectaculaire prolifération de 2011. Les scientifiques concluent que les massives floraisons de sargasses pourraient devenir habituelles et non plus des exceptions. Cette étude s’appuie notamment sur 19 ans de données satellitaires, preuve supplémentaire que l’observation de notre planète depuis l’espace s’impose comme un outil indispensable de gestion et de protection de l’environnement.