Le coronavirus sous l’œil des satellites - Cité de l'Espace

Le coronavirus sous l’œil des satellites

Le coronavirus sous l’œil des satellites

Certaines conséquences de la pandémie sont observées par les satellites qui scrutent notre planète : fréquentation moindre des lieux ou baisse de la pollution dans les zones concernées par les restrictions.

Après de premières alertes en Chine fin 2019, le monde s’est retrouvé confronté à un nouveau type de coronavirus appelé SARS-CoV-2 qui induit la maladie dénommée COVID-19. Le 11 mars 2020, le directeur général de l’Organisation Mondiale de la Santé, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, a qualifié de pandémie la situation actuelle. Cet article n’ayant pas pour but de donner des informations de nature médicale sur ce coronavirus ou les précautions à prendre, nous vous incitons à consulter cette page officielle du gouvernement français si c’est ce que vous recherchez.
Nous allons ici nous intéresser aux effets du SARS-CoV-2 sur notre planète tels que constatés par les satellites.

Constructions et lieux désertés

Les capacités d’imagerie des satellites sont telles, qu’il est possible d’observer non seulement la construction de bâtiments, mais aussi carrément la fréquentation des lieux par le public. Les satellites Pléiades d’Airbus ont ainsi montré l’édification rapide d’un hôpital à Wuhan pour répondre à l’urgence sanitaire de cette région en Chine.

Les 2 clichés Pléiades montrent la même zone à Wuhan. Le cercle rouge concerne la  construction en urgence d’un hôpital entamée le 25 janvier 2020 et complétée tout début février. Images recadrées pour une meilleure compréhension. Crédit : Airbus/Cité de l’espace

Les 2 clichés Pléiades montrent la même zone à Wuhan. Le cercle rouge concerne la  construction en urgence d’un hôpital entamée le 25 janvier 2020 et complétée tout début février. Images recadrées pour une meilleure compréhension.
Crédit : Airbus/Cité de l’espace

Tout aussi impressionnants sont les clichés satellites de lieux désertés en raison des restrictions sanitaires.

Tokyo Disneyland sans visiteur, le 1er mars. Logique puisque le parc avait été fermé (réouverture fin mars en fonction de l’évolution de la situation). Images recadrées pour une meilleure compréhension. Crédit : Maxar Technologies/Cité de l’espace

Tokyo Disneyland sans visiteur, le 1er mars. Logique puisque le parc avait été fermé (réouverture fin mars en fonction de l’évolution de la situation). Images recadrées pour une meilleure compréhension.
Crédit : Maxar Technologies/Cité de l’espace

Cependant, certaines images étaient parfois publiées sans contexte approprié. Ainsi, ces 2 clichés de Tokyo Disneyland centrés sur l’attraction Space Mountain ont pu laisser penser que les Japonais ne voulaient plus aller dans ce parc par peur du coronavirus. Il y avait une nuance importante à apporter : la direction de Tokyo Disneyland avait alors décidé la fermeture au public de ses installations, expliquant l’absence de clients !

La pollution en baisse

Les mesures sanitaires pour endiguer la propagation du coronavirus SARS-CoV-2 ont dans certains pays consisté à demander aux gens de rester chez eux, limitant voire arrêtant une grande part de l’activité industrielle. Là aussi, les satellites n’ont pas manqué de remarquer les changements induits.
La NASA a ainsi publié un article montrant une baisse importante de la concentration en dioxyde d’azote sur la Chine.

Différence des concentrations de dioxyde d’azote en Chine avant (à gauche) et après (à droite) la mise en œuvre des mesures sanitaires du gouvernement de ce pays. La baisse du polluant dioxyde d’azote se produit souvent lors du Nouvel An chinois en raison des congés, mais pas dans de telles proportions ni aussi longtemps. Crédit : NASA/données Sentinel-5P ESA

Différence des concentrations de dioxyde d’azote en Chine avant (à gauche) et après (à droite) la mise en œuvre des mesures sanitaires du gouvernement de ce pays. La baisse du polluant dioxyde d’azote se produit souvent lors du Nouvel An chinois en raison des congés, mais pas dans de telles proportions ni aussi longtemps.
Crédit : NASA/données Sentinel-5P ESA

Le dioxyde d’azote est un polluant atmosphérique lié aux activités industrielles. Il est à noter que les données employées par l’agence américaine sont issues de l’instrument TROPOMI du satellite Sentinel-5P de l’Agence Spatiale Européenne (ESA) placé sur orbite dans le cadre du programme Copernicus de l’Union Européenne.
On retrouve un autre satellite européen pour des mesures similaires. Cette fois-ci, les données sont issues des instruments IASI (Interféromètre Atmosphérique de Sondage dans l’Infrarouge) conçus par l’agence spatiale française CNES et installés à bord des satellites MetOp d’EUMETSAT (organisme européen de satellites météo).

Baisse des concentrations de monoxyde de carbone en Chine et en Italie suite aux mesures de lutte contre le coronavirus et qui ont impacté l’activité économique et industrielle. Des données récoltées par les instruments IASI. Crédit : Maya Gorge/LATMOS

Baisse des concentrations de monoxyde de carbone en Chine et en Italie suite aux mesures de lutte contre le coronavirus et qui ont impacté l’activité économique et industrielle. Des données récoltées par les instruments IASI.
Crédit : Maya Gorge/LATMOS

IASI est un sondeur infrarouge capable de détecter plusieurs gaz dans l’atmosphère, dont le monoxyde de carbone. Dans une publication CNRS du 5 mars, les chercheurs du LATMOS (Laboratoire atmosphères, milieux, observations spatiales) constatent une baisse de ce gaz du fait des consignes de quarantaine en Chine et en Italie. Ils expliquent que «les principales sources de polluants sont liées au trafic routier et aux émissions industrielles, et les régions affectées et leurs alentours présentent une meilleure qualité de l’air par rapport aux années précédentes».

La baisse de la pollution liée aux mesures sanitaires est également illustrée par la vidéo ci-dessous de l’ESA réalisée avec les données de Sentinel-5P évoqué plus haut.

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Sur 10 jours, on constate vers la fin (en mars) une baisse des concentrations en dioxyde d’azote sur le nord de l’Italie suite à la quarantaine décidée par les autorités du pays.

Épidémies et spatial

Outre un terrible bilan humain, le coronavirus SARS-CoV-2 a aussi eu un impact notable sur des activités spatiales. Plusieurs colloques ou congrès ont été soit écourtés, soit annulés dans une logique de respect des dispositions sanitaires. Lorsque l’ESA et Roscosmos ont annoncé hier 12 mars que la mission martienne ExoMars était reportée à 2022, les 2 agences ont reconnu «que la phase finale des activités ExoMars était compromise par l’aggravation générale de la situation épidémiologique dans les pays européens». Il ne s’agissait cependant pas de la raison principale.

On peut aussi se demander si le spatial peut aider à gérer les épidémies à l’avenir. Il ne s’agit pas ici de faire naître des espoirs infondés, mais des travaux étudient comment les données issues des satellites permettront de mieux prévoir certaines épidémies. Ceci car on connaît parfois les conditions environnementales (température et humidité par exemple) qui favorisent la diffusion de tel virus ou microbe. Cet article du CNES de 2017 est à ce titre intéressant (il ne concerne pas le COVID-19).

Le spatial a aussi énormément développé la télémédecine, car elle autorise un suivi de la santé des astronautes en mission par les médecins au sol. En réponse à la crise du coronavirus, les consultations à distance par téléphone ont été évoquées pour éviter d’encombrer les services hospitaliers ou les cabinets médicaux. La télémédecine pourra peut-être à l’avenir jouer un rôle plus large et s’ajouter aux outils de gestion voire de prévention des épidémies. Bien évidemment, ce sont les autorités et experts concernés qui se prononceront.