Solar Orbiter étudie la comète Atlas

Solar Orbiter étudie la comète Atlas

Sur sa route pour étudier notre étoile, la sonde européenne Solar Orbiter traverse la queue de la comète Atlas. Il a été décidé d’en profiter en activant en avance des instruments scientifiques pour récolter de précieuses données.

Depuis son décollage en février dernier, la sonde Solar Orbiter s’est inscrite sur une orbite autour du Soleil. Le 15 juin prochain, elle passera à 77 millions de kilomètres de notre étoile (soit environ 2 fois plus près que la Terre) et le but est de s’en approcher graduellement jusqu’à 42 millions de kilomètres. Pour le moment, cet explorateur robotique de l’Agence Spatiale Européenne (ESA) suit une phase dite de «recette en vol» durant laquelle on teste le bon fonctionnement des systèmes de bord. Mais la comète Atlas a chamboulé le planning établi !

Traverser les queues de la comète Atlas

Découverte le 28 décembre 2019 par les télescopes automatiques ATLAS (pour Asteroid Terrestrial-impact Last Alert System) chargés de détecter des astéroïdes menaçants, la comète éponyme fut annoncée comme pouvant devenir visible à l’œil nu. Un espoir déçu par la fragmentation de son noyau constaté en avril 2020.

Ces deux images acquises par le télescope spatial Hubble montrent la fragmentation du noyau de la comète Atlas. L’analyse des photos a permis d’identifier une trentaine de morceaux. L’astre baladeur était à 146 millions de kilomètres de la Terre (et donc d’Hubble) lorsque ces clichés ont été réalisés. Crédit : NASA, ESA, STScI and D. Jewitt (UCLA)

Ces deux images acquises par le télescope spatial Hubble montrent la fragmentation du noyau de la comète Atlas. L’analyse des photos a permis d’identifier une trentaine de morceaux. L’astre baladeur était à 146 millions de kilomètres de la Terre (et donc d’Hubble) lorsque ces clichés ont été réalisés.
Crédit : NASA, ESA, STScI and D. Jewitt (UCLA)

Qu’à l’approche du Soleil le noyau d’une comète subisse des contraintes notamment thermiques qui aboutissent à sa fragmentation n’a rien d’inhabituel. Pour les astronomes, c’est même l’occasion d’en apprendre plus sur ces astres chevelus. Aussi, lorsqu’il a été calculé que Solar Orbiter allait passer dans la queue d’Atlas, les scientifiques ont rapidement saisi l’intérêt de mener des mesures à l’aide des instruments embarqués. Et en fait, il convient de parler de queues au pluriel, celle dite ionique (ou de plasma) et celle de poussières. Les 31 mai et 1er juin, Solar Orbiter a croisé la queue de gaz ionisés de la comète. Celle-ci est orientée de façon diamétralement opposée au Soleil. Et même si Solar Orbiter navigue à 44 millions de kilomètres du noyau d’Atlas, certains de ses instruments peuvent accomplir des mesures. Dans ce but, le magnétomètre MAG et l’analyseur de vent solaire SWA ont été mis en route. Tout dépendra de la densité de la queue ionique à cette distance.

Les 10 instruments de Solar Orbiter. Seuls ceux utiles pour des mesures liées aux queues de la comète Atlas seront mis en route (MAG, SWA et RPW). Cette mission de l’Agence Spatiale Européenne (ESA) se fait en opération avec la NASA qui a fourni un instrument et la prestation de lancement. Crédit : ESA/S. Poletti

Les 10 instruments de Solar Orbiter. Seuls ceux utiles pour des mesures liées aux queues de la comète Atlas seront mis en route (MAG, SWA et RPW). Cette mission de l’Agence Spatiale Européenne (ESA) se fait en opération avec la NASA qui a fourni un instrument et la prestation de lancement.
Crédit : ESA/S. Poletti

Des impacts à plus de 40 000 km/h !

Plus tard, le 6 juin, Solar Orbiter traversera la queue de poussières d’Atlas. Une fois de plus, la densité de cette queue est difficile à prévoir à cette distance du noyau, ce qui démontre d’ailleurs l’intérêt des mesures effectuées ! Certaines particules émises par la comète pourront heurter la sonde à plus de 40 000 km/h. L’ESA assure que «ces impacts ne posent pas de risque significatif». Les particules touchant Solar Orbiter se vaporiseront à l’impact, devenant des petits nuages de gaz ionisés, ou plasma, susceptibles d’être détectés par l’instrument RPW (Radio and Plasma Wave).
On notera que la science accomplie à cette occasion a su profiter de l’opportunité d’un passage qui n’était absolument pas prévisible au moment de la conception de Solar Orbiter. Le noyau étant distant, il se peut que les mesures réalisées soient inexistantes ou presque. Le plus extraordinaire est que cela apportera quand même des informations sur justement la densité très faible des queues à cet éloignement. Comme le dit Geraint Jones de l’University College London et qui travaille sur une future mission cométaire de l’ESA : «Toutes les missions qui croisent des comètes apportent des pièces au puzzle».

Les orbites successives de Solar Orbiter rapprocheront progressivement la sonde de notre étoile. Crédit : ESA/S. Poletti

Les orbites successives de Solar Orbiter rapprocheront progressivement la sonde de notre étoile.
Crédit : ESA/S. Poletti

 

Crédit image d’illustration en tête de l’article : Cité de l’espace/NASA, ESA, STScI and D. Jewitt (UCLA)/ESA-ATG Medialab