Des artistes autour de la Lune avec SpaceX

dearmoon

Comme à son habitude, le patron de SpaceX, Elon Musk, a su créer le buzz autour d’une annonce. Notamment via Twitter, un outil de communication dont il connaît bien les ficelles, il informa que le 17 septembre en soirée (18h heure de Californie) serait révélé le nom du premier touriste circumlunaire. Le tour de Lune se ferait avec le Big Falcon Rocket que l’entreprise privée est en train de mettre au point. Surprise : il n’y aura au final pas qu’un seul passager, mais plusieurs.

Le BFS : un vaisseau spatial de 55 m de long !

C’est au siège de SpaceX, là où sont construits les lanceurs Falcon 9, à Hawthorne en Californie, qu’Elon Musk a confirmé ce que des images postées sur Twitter laissaient déjà entrevoir. Le design du BFR (Big Falcon Rocket) évolue, surtout sa partie dite BFS (Big Falcon SpaceShip). Cet immense engin de plus de 118 m de hauteur au décollage compte 2 parties. Tout d’abord, une section lanceur dite «booster» d’une soixante de mètres de long propulsée par 31 moteurs Raptor. Ceux-ci sont en cours de mise au point et consomment du méthane et de l’oxygène liquide. Bien évidemment, ce booster revient se poser comme les premiers étages des Falcon 9. La deuxième partie est le BFS, le vaisseau spatial de 55 m de long qui est lui aussi réutilisable. Il est doté de ce qui ressemble à 2 ailes et à une dérive. En fait, les 2 «ailes» sont mobiles pour s’adapter aux conditions d’une rentrée atmosphérique (qui n’est pas sans rappeler ce que faisaient les navettes spatiales de la NASA) et hébergent en leur bout les jambes d’atterrissage. Du coup, la dérive n’en est pas une a précisé Elon Musk car elle est surtout là pour fournir l’indispensable troisième jambe d’atterrissage. Son aspect semblable aux 2 autres est une raison de symétrie ! Il y a également 2 «ailerons» plus petits mobiles à l’avant. Le BFS est propulsé par 7 moteurs Raptor et offre 1000 m3 de volume !
Les ingénieurs de SpaceX ont donc affiné le concept du BFR. Rappelons que ce lanceur géant est censé pouvoir mener des missions différentes qui vont de l’envoi de satellites aux vols habités. Et pour cette dernière possibilité, un tour de la Lune payé par un privé a été confirmé. Le client est le milliardaire japonais Yusaku Maezawa. Ci-dessous, l’enregistrement du direct vidéo de SpaceX.

Pour l’art, l’humanité… et un business model ?

Né en 1975, Yusaku Maezawa doit sa richesse à la vente en ligne de vêtements sur mesure (marque ZOZO). Sa fortune est estimée à un peu moins de 3 milliards de dollars. Amateur d’art (il fut d’ailleurs lui-même musicien), il possède une collection réputée et il a récemment acquis un tableau du peintre new-yorkais Basquiat (1960-1988) pour plus de 100 millions de dollars. C’est cet intérêt pour la création artistique qui, de son propre aveu, le pousse à financer une mission spatiale de 4 à 5 jours (aller-retour Terre-Lune compris) unique en son genre. Yusaku Maezawa se demande en effet ce que les plus grands artistes pourraient créer s’ils pouvaient aller dans l’espace et surtout approcher la Lune. Il a donc décidé de payer SpaceX pour voyager autour de notre satellite naturel avec 6 à 8 artistes qu’il sélectionnera personnellement ! Peintres, stylistes (de mode), musiciens, photographes, réalisateurs (de films) ou architectes sont les types d’artistes mentionnés sans qu’ils soient exhaustifs. La vidéo ci-dessous explique la logique de ce projet appelé #dearMoon.

Ce n’est pas la première fois que le milliardaire japonais défend l’intérêt de l’art pour l’humanité puisqu’il a fondé la Contemporary Art Foundation à Tokyo qui soutient les jeunes créateurs. Il est de plus persuadé (comme dit dans la vidéo d’ailleurs) que «l’art a le pouvoir de promouvoir la paix dans le monde».
Le vol autour de la Lune de #dearMoon représente un investissement significatif dont le montant n’a pas été dévoilé. Elon Musk a assuré que la somme «n’était pas triviale» et allait aider au développement du BFR. L’année 2023 est avancée, mais sans aucune certitude a reconnu le patron de SpaceX qui a tenu à saluer le courage de Yusaku Maezawa. Côté budget, il a été souligné, même si c’était implicite, que les artistes sélectionnés ne paieraient pas leur voyage. Une mission pour l’art et l’humanité donc.
On peut toutefois se demander s’il n’y a pas aussi un «business model» osé derrière cette initiative. Le site officiel #dearMoon explique ainsi qu’après le vol (voire même pendant également), les artistes créeront des œuvres qui seront par la suite médiatisées avant qu’une exposition soit organisée. Il y a là la possibilité de générer des revenus de plusieurs façons (vente des œuvres, produits dérivés ou sous licence, etc.). Bien évidemment, on ne peut écarter le fait que Yusaku Maezawa ne souhaite nullement aller dans cette direction. Mais sa marque de vêtements ZOZO bénéficie sans doute déjà indirectement d’une belle publicité grâce à ce projet.
Le côté hors-norme, à la fois du BFR et de #dearMoon n’a pas manqué de soulever une bonne dose d’incrédulité et tout autant d’enthousiasme. Au final, rien de bien étonnant pour une annonce concernant SpaceX !