Le Starliner à l’épreuve de son éjection

Le Starliner à l’épreuve de son éjection

Le 4 novembre, Boeing a testé la procédure d’éjection de sa capsule CST-100 Starliner, un des essais exigés par la NASA pour que ce vaisseau transporte les astronautes américains vers la Station Spatiale Internationale.

Depuis l’arrêt des navettes spatiales de la NASA en 2011, les États-Unis ont perdu leur autonomie en matière de transport des astronautes vers la Station Spatiale Internationale (ISS). Les allers et retours vers le complexe orbital se font en achetant plusieurs dizaines de millions de dollars des places à bord des vaisseaux russes Soyouz. L’agence américaine a décidé de se tourner vers le privé pour retrouver une solution de transport nationale.

La sécurité avant le calendrier

C’est donc le secteur privé américain qui doit fournir à la NASA une prestation «clé en main» visant à amener ses astronautes vers l’ISS et à les ramener dans le cadre d’un contrat commercial. Cette logique s’appelle d’ailleurs Commercial Crew Program. En septembre 2014, SpaceX et Boeing furent les sociétés sélectionnées au terme d’une compétition de plusieurs années impliquant une dizaine de concurrents. Dans les 2 cas, la formule de la capsule s’envolant de Floride a été retenue : Crew Dragon au sommet du lanceur Falcon 9 pour SpaceX et CST-100 Starliner avec l’Atlas V d’United Launch Alliance (Boeing et Lockheed Martin) pour Boeing. L’agence américaine regarde toutefois «sous le capot» pour ainsi dire et exige que soient conduits des tests précis. Il a ainsi plusieurs fois été répété que la sécurité passait avant le calendrier. D’ailleurs celui-ci n’est pas respecté et accuse du retard.
C’est dans ce contexte que Boeing a mené le 4 novembre dernier à un essai d’éjection de sa capsule, plus exactement la procédure qui serait déclenchée si le CST-100 Starliner devait s’éloigner en urgence de son lanceur présentant un danger alors qu’il est encore sur son pas de tir. Le test se déroulait au White Sands Missile Range au Nouveau-Mexique. Ci-dessous, la vidéo intégrale du direct diffusé par la NASA. La mise à feu des 4 propulseurs destinés à arracher le vaisseau suffisamment vite, par exemple en cas d’explosion de l’Atlas  V au sol, se produit peu après 29:55.

Appelé «Pad Abort Test», la procédure est aussi rapide que complexe. De l’envol à l’atterrissage, à peine 95 secondes se sont écoulées durant lesquels les propulseurs arrachent la capsule CST-100 Starliner de son lanceur (ici seulement posé au sommet d’une petite tour), puis s’éteignent alors que se déroule une manœuvre de retournement, suivie du déploiement des parachutes, du largage du module de service (comprenant les propulseurs) et du bouclier thermique. Enfin l’arrivée au sol amortie par le gonflage d’airbags conclut la séquence de sauvetage.

Cette étape importante pour le Commercial Crew Program a connu un imprévu notable puisque sur les 3 parachutes, seulement 2 se sont déployés. La NASA et Boeing jugent la situation «acceptable» au regard de la sécurité des équipages. Seul l’avenir dira si l’Aerospace Safety Advisory Panel (ASAP) sera du même avis. Cet organisme indépendant chargé de scruter les procédures de sécurité de l’agence américaine suit en effet de très près le Commercial Crew Program et n’hésite à pointer ce qui lui semble inadéquat. Pour le moment, il n’est pas envisagé de retarder un autre test crucial, à savoir un vol automatique à vide d’une capsule CST-100 Starliner vers l’ISS avec amarrage puis retour. Cette mission est planifiée pour la mi-décembre au plus tôt.
De son côté, SpaceX avait réussi un vol similaire inhabité avec sa capsule Crew Dragon (mission Demo 1 en mars 2019). Mais l’explosion de cette dernière lors d’une mise à feu de ses propulseurs SuperDraco pour test avait repoussé à une date indéterminée le premier vol habité. Annoncée pour 2019 au début de l’année, le retour à l’indépendance des États-Unis en matière de vols habités vise désormais plutôt 2020.