Le Starship vise aussi la Lune

Le Starship vise aussi la Lune

Initialement annoncé comme devant permettre la colonisation de Mars, le Starship présenté à l’état de prototype fin septembre par Elon Musk n’oublie pas de viser aussi la Lune dans un contexte de retour vers notre satellite naturel.

Le 28 septembre en fin de journée, Elon Musk était présent sur le site de SpaceX à Boca Chica au Texas pour présenter plus avant le Starship Mk 1 que ses équipes ont assemblé. Haut de 50 m et rendu brillant par sa structure en acier, l’engin n’est pas le vaisseau qui permettra la colonisation de Mars, mais un prototype qui doit tester plusieurs solutions techniques en s’élevant jusqu’à 20 km pour ensuite revenir et se poser à la verticale.

De l’ITS au BFR puis au Starship

Voici 3 ans, en septembre 2016 lors du Congrès International d’Astronautique qui se tenait cette année-là au Mexique, Elon Musk expliqua le concept d’un engin baptisé ITS pour Interplanetary Transport System. Il consistait en un premier étage doté de 42 propulseurs chargé d’envoyer dans l’espace un vaisseau capable d’amener 100 personnes à la surface de Mars. Les dimensions étaient gigantesques avec un diamètre de 12 m pour une hauteur totale de 122 m (les 2 étages) et une masse au décollage de 10 500 tonnes (carburant compris). La structure devait être en fibre de carbone. Au final l’ITS ne vit jamais le jour sans toutefois être abandonné dans l’esprit. En effet, Elon Musk et ses équipes n’hésitent pas à changer radicalement de design en cours de conception. C’est pourquoi le Starship présenté le 28 septembre s’avère assez différent de l’ITS de 2016 et même de son «étape intermédiaire» de design de 2017, le BFR (Big Falcon Rocket). La vidéo ci-dessous montre une mission de base d’un Starship avec une étape de réapprovisionnement en carburant sur orbite (ce qui n’est pas toujours nécessaire).

Le 28 septembre, le patron de SpaceX en a profité pour faire plusieurs mises au point après le succès technique et médiatique du vol à 150 m de hauteur du prototype très partiel Starhopper non loin de là où il s’exprimait à Boca Chica. Le diamètre du vaisseau futuriste est passé de 12 à 9 m et la structure en fibre de carbone envisagée en 2016 est abandonnée depuis quelque temps.

Ci-dessous, la vidéo officielle de SpaceX de la présentation du 28 septembre avec Elon Musk.

Le Starship emploiera en effet un alliage d’acier inoxydable et des tuiles en céramique pour les parties les plus exposées à la chaleur lors du retour dans l’atmosphère. Musk a affirmé que le choix de l’acier est la meilleure décision qui ait été prise au niveau du design et a souligné que le but de ses équipes d’ingénieurs et de lui-même consistait à aller vers la simplification et la réduction du nombre d’éléments.

Le Starship Mk 1 présenté à Boca Chica fin septembre est un prototype partiel du second étage du Starship qui pourra être inhabité ou habité. Il reviendra sur Terre un peu comme les navettes de la NASA avant de basculer pour se poser à la verticale en utilisant ses propulseurs. Crédit : SpaceX

Le Starship Mk 1 présenté à Boca Chica fin septembre est un prototype partiel du second étage du Starship qui pourra être inhabité ou habité. Il reviendra sur Terre un peu comme les navettes de la NASA avant de basculer pour se poser à la verticale en utilisant ses propulseurs.
Crédit : SpaceX

Le Starship, un vaisseau pour le business, Mars et la Lune

Ce qui était montré le 28 septembre n’est pas le Starship définitif, mais bien un prototype destiné à tester plusieurs solutions techniques. Baptisé Starship Mk 1, haut d’une cinquantaine de mètres et équipé de 3 propulseurs Raptor (le nouveau moteur au méthane et à l’oxygène liquide développé par SpaceX depuis plusieurs années), il doit s’élever à une altitude de 20 km et revenir au sol. Un autre prototype dit Mk 2 est construit par SpaceX sur un site situé en Floride à cap Canaveral. Viendront ensuite les générations Mk 3 et Mk 4 avec 6 moteurs Raptors et chargés d’atteindre l’orbite. Il ne faut pas oublier la mise au point du premier étage appelé Super Heavy de 68 m de hauteur qui comportera 24 à 37 propulseurs Raptor. Au décollage, le couple Super Heavy et Starship fera 118 m de haut.

Un Starship sur Mars, cheville ouvrière de l’établissement d’une colonie sur ce monde. Un projet récurrent qu’Elon Musk ne cesse de présenter comme l’objectif à long terme de SpaceX. Crédit : SpaceX

Un Starship sur Mars, cheville ouvrière de l’établissement d’une colonie sur ce monde. Un projet récurrent qu’Elon Musk ne cesse de présenter comme l’objectif à long terme de SpaceX.
Crédit : SpaceX

Toujours optimiste sur le calendrier, Elon Musk annonce la possibilité d’un premier vol habité dès l’année prochaine soit 2020. Car le Starship se veut multifonctions. En version inhabitée, il peut amener jusqu’à 150 tonnes sur orbite. N’oublions pas que l’on parle aussi d’un engin intégralement réutilisable (les 2 étages). Se pose la question du marché pour un tel monstre et là Musk avance souvent une logique qu’on peut résumer ainsi : qui peut le plus, peut le moins. Bref, avec une flotte de quelques Starship capables de revoler très rapidement, SpaceX serait à même de tout faire. La concurrence reste sans surprise dubitative.
Bien évidemment, Elon Musk n’abandonne pas son rêve de faire de l’Humanité une civilisation multiplanétaire en commençant par installer une colonie viable sur Mars. Le Starship est alors montré comme l’outil de base pour y parvenir. Au-delà de ce leitmotiv, on note que le milliardaire souligne parfois avec insistance les possibilités lunaires offertes par son vaisseau révolutionnaire. Un Starship pourrait se poser sur la Lune et sa partie vaisseau habitée (le deuxième étage) disposerait même de suffisamment de puissance pour en repartir sans l’aide du premier étage Super Heavy. Dans plusieurs Tweets, Elon Musk évoque une base lunaire dite Moon Base Alpha, clin d’œil évident à celle de la série de SF Cosmos 1999 des années 1970.

Un Starship dessert une ambitieuse base lunaire. Une vision très optimiste en phase avec la communication très futuriste de SpaceX. Crédit : SpaceX

Un Starship dessert une ambitieuse base lunaire. Une vision très optimiste en phase avec la communication très futuriste de SpaceX.
Crédit : SpaceX

L’allusion à la SF (Elon Musk est un fan avoué de science-fiction) n’est pas aussi innocente qu’en apparence. La NASA a été chargée par la Maison-Blanche d’amener le prochain homme et la première femme sur la Lune d’ici 2024, un calendrier très serré que beaucoup estiment très difficile à tenir. L’agence américaine compte faire appel largement à l’industrie privée via des contrats pour y parvenir, notamment pour la fourniture d’un atterrisseur lunaire habité. Mais en même temps, la NASA souffre du retard et des dépassements de budget de son futur lanceur lourd, le SLS (Space Launch System). Avec le Starship, Elon Musk propose donc potentiellement une alternative (du moins sur le papier) au programme de retour sur la Lune de l’agence. Force est de constater que le Starship n’utilise aucune des infrastructures spatiales prévues par la NASA (capsule Orion, lanceur SLS, station sur orbite lunaire Gateway, module lunaire fourni par l’industrie). Du coup, des observateurs estiment que la NASA ne verrait pas forcément d’un bon œil un Starship qui ferait «concurrence» à son projet. Mais le 10 octobre, alors que le patron de l’agence Jim Bridenstine visitait le siège de SpaceX en Californie avec Elon Musk, il a fait une déclaration en forme de mise au point : «Je veux que les gens ne fassent pas d’erreur : la NASA a intérêt à ce que le Starship soit un succès».

Chez SpaceX on sait voir grand et loin ! Illustration d’un Starship croisant dans le système saturnien. Crédit : SpaceX

Chez SpaceX on sait voir grand et loin ! Illustration d’un Starship croisant dans le système saturnien.
Crédit : SpaceX