L’envol du Stratolaunch

L’envol du Stratolaunch

Le plus grand avion du monde, par son envergure de 117 m, a accompli son premier vol le 13 avril en Californie. L’aéronef a été conçu pour larguer en altitude un lanceur qui placera des satellites sur orbite.

Il s’agit d’un projet hors-norme voulu par le milliardaire américain Paul Allen décédé en octobre 2018. Co-fondateur du géant du logiciel Microsoft avec Bill Gates, Paul Allen menait via sa compagnie Vulcan plusieurs initiatives dont certaines concernaient le spatial. Avec le Stratolaunch, le but est de baisser le coût de l’accès à l’espace grâce à un avion capable de larguer à haute altitude un lanceur.

Le record du Stratolaunch

Avec son double fuselage, ses 6 réacteurs et une aile gigantesque, le Stratolaunch est un appareil unique en son genre. Construit sur le site de l’aéroport de Mojave en Californie à partir de deux Boeing 747 achetés d’occasion, l’aéronef en développement depuis 2011 a pris pour la première fois la voie des airs le samedi 13 avril (vidéo ci-dessous). Il a culminé à 5000 m d’altitude et 300 km/h

Ce jour-là, le Stratolaunch est devenu le plus grand avion du monde ayant volé du fait de son envergure de 117 m, un record. La deuxième place revient au Hugues H4 Hercules et ses 97,5 m d’envergure (un seul vol en 1947) et la troisième à l’Antonov 225 Mriya avec 88,4 m.

Comment est né ce géant des airs ? Paul Allen avait précédemment soutenu la création de l’avion-fusée SpaceShipOne pensé par l’ingénieur Burt Rutan et sa firme Scaled Composites. Ce fut le premier engin habité privé à atteindre l’espace (vol suborbital) dans le cadre de l’Ansari XPrize en 2003. Rappelons-le, le SpaceShipOne était largué en altitude par un avion porteur, mettait à feu son propulseur et dépassait les 100 km d’altitude avant de revenir tel un planeur. Ce concept a été repris par le milliardaire britannique Richard Branson pour le SpaceShipTwo de Virgin Galactic qui doit emporter 6 passagers au-delà de la frontière de l’espace (les vols d’essai se poursuivent). De son côté, Paul Allen, avec l’ingénieur Burt Ruran, a poussé le principe du lancement aéroporté vers de plus grandes dimensions afin d’amener à haute altitude un lanceur capable de placer des charges utiles sur orbite. Les satellites de 6 tonnes étaient même envisagés.

Paul Allen sur l’aile centrale du Stratolaunch alors que l’aéronef géant était en phase d’assemblage. Le milliardaire américain est décédé en octobre 2018. Crédit : Stratolaunch

Paul Allen sur l’aile centrale du Stratolaunch alors que l’aéronef géant était en phase d’assemblage. Le milliardaire américain est décédé en octobre 2018.
Crédit : Stratolaunch

La mise au point du Stratolaunch fut, au regard de la complexité du projet, logiquement plus longue que prévu et le premier vol annoncé au départ en 2015 a donc demandé 4 ans de plus. Un moment, la firme SpaceX devait fournir une version allégée de son lanceur Falcon 9 avec seulement 4 ou 5 propulseurs au lieu de 9 qui serait larguée par le Stratolaunch. L’idée est que l’aéronef porteur joue en quelque sorte le rôle d’un premier étage récupérable afin de faire baisser le coût d’un lancement. Il offre aussi théoriquement une plus grande flexibilité opérationnelle en décollant d’une piste d’aviation (mais tout de même d’environ 3 km de longueur).

Quel avenir pour le Stratolaunch ?

Cependant, le partenariat avec SpaceX ne se concrétisa pas et Stratolaunch se tourna vers le petit lanceur Pegasus XL de la firme Orbital ATK, depuis rachetée par Northrop Grumman. Le Pegasus XL est un engin modeste qui peut envoyer 443 kg sur orbite basse et il est amené en altitude par un ancien avion de ligne L-1011 modifié.
Clairement, l’énorme Stratolaunch est surdimensionné pour une telle mission. C’est pourquoi il a été annoncé que le recours à l’aéronef initié par Paul Allen permettrait de larguer 3 Pegasus XL en un seul vol. On notera au passage que le milliardaire est mort quelques mois avant de voir s’envoler pour la première fois cet appareil dont il a soutenu la mise au point.

Illustration montrant le Stratolaunch et sa potentielle famille de lanceurs associés (de gauche à droite). Tout d’abord, le Pegasus XL de Northrop Grumman qui peut être largué par groupe de 3. Puis les lanceurs «maison» pour le Stratolaunch annoncés en août 2018 avec un petit modèle plus puissant que le Pegasus XL, un autre constitué de 3 étages accolés les uns aux autres pour placer 6 tonnes sur orbite basse et enfin une petite navette. Crédit : Stratolaunch

Illustration montrant le Stratolaunch et sa potentielle famille de lanceurs associés (de gauche à droite). Tout d’abord, le Pegasus XL de Northrop Grumman qui peut être largué par groupe de 3. Puis les lanceurs «maison» pour le Stratolaunch annoncés en août 2018 avec un petit modèle plus puissant que le Pegasus XL, un autre constitué de 3 étages accolés les uns aux autres pour placer 6 tonnes sur orbite basse et enfin une petite navette.
Crédit : Stratolaunch

Sans Paul Allen aux commandes, quel est l’avenir du Stratolaunch ? Avec le Pegasus XL, l’aéronef de 117 m d’envergure se limite au marché du lancement des petits satellites, marché qui compte de plus en plus d’opérateurs actifs et à venir (Rocket Lab, Virgin Orbit, etc.). Face à cette concurrence, et avant la disparition du milliardaire, Stratolaunch avait annoncé le développement d’une famille de lanceurs spécifiques pour l’avion-porteur allant jusqu’à un engin pouvant placer 6 tonnes sur orbite basse et même une petite navette capable de revenir sur Terre et susceptible d’évoluer vers les vols habités ! La firme Vulcan a affiché son intention de continuer les initiatives de son fondateur, mais des rumeurs ont fait état du gel de la mise au point de la famille de lanceurs spécifiques.