Succès pour Hayabusa

Succès pour Hayabusa
La capsule larguée par la sonde japonaise et qui contient peut-être des échantillons de l’astéroïde Itokawa s’est posée sans encombre en Australie.



La sonde Hayabusa largue sa capsule de retour d’échantillons alors qu’elle s’approche de la Terre (illustration). D’autres images dans ce portfolio.
Crédit : JAXA


Le 13 juin à 23h51, heure locale de Woomera en Australie, Hayabusa est entrée dans l’atmosphère terrestre au terme d’un périple riche en rebondissements (voir cet article Enjoy Space). La sonde japonaise était précédée d’une capsule qu’elle avait larguée et qui contient peut-être des échantillons de l’astéroïde Itokawa.

Le Japon prouve son savoir-faire
En effet, en novembre 2005, Hayabusa s’était posée à deux reprises sur l’astéroïde Itokawa et avait activé son dispositif de récolte d’échantillon. Mais l’agence japonaise JAXA reconnaît qu’un doute sérieux subsiste sur le fonctionnement correct du mécanisme. Toutefois, malgré cette incertitude et les nombreuses pannes rencontrées par la sonde, le Japon a prouvé avec cette mission son savoir-faire spatial. Tout d’abord, les trésors d’ingéniosité déployés par l’équipe chargée de piloter à distance Hayabusa montrent que les ingénieurs et techniciens du Soleil Levant savent non seulement affronter une situation de crise, mais aussi trouver des solutions. Enfin, l’atterrissage réussi de la capsule est à lui seul un éclatant succès. N’oublions pas que ce réceptacle de 40 cm de diamètre et d’une vingtaine de kilos a heurté l’atmosphère à 43.950 km/h, protégé par un bouclier thermique de 3 cm d’épaisseur (estimation de la température maximale subie : 2.760 °C !).

Une heure avant de plonger dans l’atmosphère terrestre, Hayabusa a accompli son dernier cliché : la Terre vers laquelle elle se dirige avec la capsule qu’elle vient de larguer.Crédit : JAXA

Après 7 ans de voyage dans les dures conditions du vide spatial, l’électronique et les mécanismes de bord ont répondu présents et le parachute s’est déployé comme prévu. La spectaculaire vidéo ci-dessous, filmée depuis un DC-8 de la NASA (voir cet article), montre la destruction d’Hayabusa dans l’atmosphère, qui se désagrège en de multiples morceaux qui se consument, et le retour de la capsule. En dessous, un schéma précise ce que vous voyez dans le film.

Quelques minutes avant minuit, toujours en heure locale de Woomera en Australie (un site militaire choisi car présentant une immense zone sans populations), la JAXA confirmait avoir retrouvé la capsule (photo ci-dessous). Aux dernières nouvelles celle-ci est en bon état et est en train d’être récupérée afin de rejoindre le Japon. Le bouclier thermique (largué peu avant le déploiement du parachute) a aussi été localisé. Nul doute que les ingénieurs l’examineront avec attention.


La capsule au sol avec son parachute.
Crédit : JAXA


Le suspens continue
L’agence américaine, la NASA, sait que ce type de retour s’impose comme délicat puisqu’elle essuya un échec en 2004, lorsque que la capsule contenant des particules de vents solaires récoltées par la sonde Genesis s’écrasa au sol, faute de déploiement du parachute (en revanche, en 2006, le retour de la capsule de la mission Stardust — poussières cométaires — fut un succès). Le Japon entre donc dans le club très fermé des puissances spatiales capables de réaliser un retour automatisé d’échantillons prélevés dans l’espace ou sur un corps du système solaire. Les seuls autres membres en sont les États-Unis et la Russie ! L’événement a été d’ailleurs logiquement salué par les médias nippons. La vidéo ci-dessous est un flash d’information de la chaîne de télévision NHK.

Avec cet atterrissage réussi de la capsule d’Hayabusa, on pourrait croire que tout suspens lié à la mission vient de prendre fin… Il n’en est rien ! Il subsiste ce doute quant au fonctionnement ou non du dispositif de récolte d’échantillons de l’astéroïde Itokawa. Un mécanisme devait propulser une bille le long d’un tube d’un mètre de long orienté vers la surface du «caillou baladeur». L’impact de la bille devait alors projeter des poussières qui remonteraient le long du même tube pour être stockées dans un réceptacle au sein de la capsule de retour.


En rentrant dans l’atmosphère, Hayabusa s’est consumée tel un météore artificiel. La trace brillante qu’elle a laissée dans le ciel australien a été photographiée par les équipes de récupération de la JAXA.
Crédit : JAXA


Si l’opération a bien été programmée, les contrôleurs au sol n’ont pas reçu de la sonde la confirmation du fonctionnement du mécanisme de tir de la bille. Mais face aux multiples pannes rencontrées par Hayabusa, une question demeure : est-ce le mécanisme de tir qui a connu une défaillance ou la transmission des données à ce moment-là ? La JAXA a depuis le début joué la prudence et estimé qu’il était probable que la capsule ne contienne pas d’échantillons. Le suspens prendra fin à l’ouverture du précieux réceptacle, au Japon.

Portfolio L’odyssée d’Hayabusa

Publié le 14 juin 2010