Suspension de la mission ExoMars : coup dur pour le spatial européen

Suspension de la mission ExoMars : coup dur pour le spatial européen

La mission russo-européenne ExoMars vers la planète rouge suspendue… La guerre en Ukraine frappe encore de plein fouet la coopération spatiale entre l’Europe et la Russie, peu après la décision de Moscou de quitter le centre spatial guyanais de Kourou.

Reconnaissant « l’impossibilité actuelle de poursuivre la coopération avec (l’agence spatiale russe) Roscosmos concernant la mission ExoMars et son rover », dont le lancement était prévu en septembre 2022, le Conseil de l’Agence spatiale européenne (ESA) a annoncé sa décision de « suspendre les activités de coopération ».
Dans un communiqué laconique, le Conseil note qu’il a « autorisé le directeur général de l’ESA (Johann-Dietrich Wörner) à mener une étude industrielle pour définir les options possibles pour mener à bien » la mission ExoMars.
Cette décision place Exomars dans un coma artificiel, quelques mois avant son lancement.
Le patron de Roscosmos a déclaré sur la messagerie Telegram que cette mesure était « très regrettable », qu’il s’agissait d’un « événement très amer pour tous les enthousiastes spatiaux ».

Le rover Rosalind Franklin lors de tests menés avec succès chez Airbus à Toulouse en France en 2019. Crédit : Airbus

Le rover Rosalind Franklin lors de tests menés avec succès chez Airbus à Toulouse en France en 2019.
Crédit : Airbus

La mission, qui devait notamment poser sur la planète l’astromobile européen Rosalind Franklin, avait pour objectif principal d’étudier l’atmosphère de Mars, et notamment de tenter de comprendre l’origine des traces de méthane déjà observées sur la planète, potentiellement des reliques d’une vie passée. Prévue pour 2018, elle avait été reportée en 2020, puis en 2022.

ExoMars : un programme maudit

La première version du programme ExoMars avait été étudiée au début des années 2000 avec l’agence spatiale américaine, la NASA. Elle comprenait la mise sur orbite en 2016 d’une sonde européenne, ExoMars TGO (Trace Gas Orbiter), et en 2018 l’atterrissage de deux rovers, un européen et un américain, Max-C. Mais en 2012, la NASA, qui devait également fournir les deux lanceurs, abandonnait le projet pour des raisons financières.
L’ESA s’était alors tournée vers Roscosmos, dont une fusée Proton a assuré le lancement d’ ExoMars TGO en 2016. Une fois sur orbite, la sonde a lâché un atterrisseur expérimental européen, Schiaparelli (577 kilos), destiné à valider pour les futures missions européennes les techniques de descente et d’atterrissage. Mais en raison de problèmes avec les parachutes et les rétrofusées, l’atterrisseur s’est écrasé au sol.

Représentation d’artiste de la sonde Exomars TGO de l’Agence spatiale européenne (ESA) survolant Mars, après sa mise sur orbite en 2016
Crédit : ESA.int

La seconde partie du programme, ExoMars et son astromobile européen, était attendue pour 2018, puis repoussée en 2020, et enfin en 2022 car la sonde n’était pas prête. Ce nouvel ennui risque de la repousser en 2024, les missions vers Mars ne pouvant être lancées que tous les deux ans, quand la distance entre la planète rouge et la Terre est à son minimum.
La Russie, en plus du lanceur Proton, devait fournir le module de descente et d’atterrissage du rover. Construite en Russie par l’entreprise Lavotchkine, la plateforme d’atterrissage a déjà rejoint en 2019 Turin pour y subir des tests chez Thales Alenia Space, et pour l’assemblage final avec le rover de l’ESA, un engin de 300 kilos. Doté d’une foreuse pouvant creuser jusqu’à 2 mètres de profondeur, celui-ci possède également un laboratoire pour analyser les échantillons, d’instruments pour identifier la présence d’eau, de caméras…

La guerre d’Ukraine : choc pour la coopération spatiale Russie – Europe

La « suspension » du programme ExoMars n’est toutefois qu’une partie des conséquences désastreuses du conflit ukrainien pour l’Europe spatiale.
Quelques jours après le début du conflit, prenant acte de l’interdiction par l’Union européenne de l’exportation en Russie de produits destinés à l’industrie aérospatiale, Roscosmos annonçait la suspension des lancements de fusées Soyouz à partir de la base de lancement de Kourou, en Guyane française. Et le rapatriement des employés russes installés sur place.

Lancement d’une fusée Soyouz au centre spatial guyanais de Kourou le 4 décembre 2021
Crédit : CSG

Or la société française Arianespace avait prévu en 2022 d’envoyer trois fusées Soyouz depuis Kourou, pour différents clients. Par ailleurs, la société russo-européenne Starsem, chargée de la commercialisation et de l’exploitation sur le marché international de lancements de satellites et de sondes spatiales avec des Soyouz pourrait être touchée.

Représentation d’artiste de la fusée Ariane 6 de l’Agence spatiale européenne, qui devrait effectuer son premier vol en 2022
Crédit : esa.int

Dans un premier temps, la décision de la Russie sur les lancements de Soyouz remet notamment en question les lancements des satellites Galileo M10 et M 11 (système de positionnement européen par satellites), Euclid (télescope spatial européen) et EarthCare (satellite européo-japonais d’observation de l’atmosphère).
D’où la seconde décision du Conseil de l’ESA d’examiner les alternatives potentielles pour ces missions, y compris avec la future fusée européenne Ariane 6, dont le premier vol est prévu pour fin 2022.