Protéger la Terre des astéroïdes

Protéger la Terre des astéroïdes

La Terre a déjà subi des impacts importants d’astéroïdes et d’autres sont possibles. Mais comme le montre Chasseurs d’Astéroïdes 3D, le nouveau film IMAX de la Cité de l’espace, une véritable logique de défense planétaire a été initiée.

Un objet de grandes dimensions se dirige vers la Terre et menace la survie de l’Humanité : le cinéma s’est à plusieurs reprises emparé de ce scénario catastrophe, que ce soit le classique Le Choc des Mondes en 1951 (là, il s’agissait carrément d’une autre planète !) ou les plus récents Deep Impact et Armageddon (1998 tous les deux).
Le plausible n’était guère le point fort de ces films. On notera toutefois une évolution majeure. Alors que le premier envisageait un principe d’Arche de Noé pour sauver seulement quelques représentants de notre espèce, les deux derniers mettaient en scène un effort international pour stopper la menace. Or, c’est bien un tel effort (moins hollywoodien, mais plus réaliste) qui se construit depuis maintenant des années.

Chasseurs d’Astéroïdes 3D

La Terre a connu plusieurs impacts d’astéroïdes, certains cataclysmiques comme celui qui a bouleversé son écosystème au point de provoquer la disparition des dinosaures (ici, nous simplifions un peu). Dans l’Arizona, célèbre le Meteor Crater de 1,2 km de large et profond de 190 m témoigne de l’arrivée à cet endroit d’une météorite d’une cinquantaine de mètres de diamètre il y a 50 000 ans. Il est estimé que la catastrophe qui en résulta balaya toute forme de vie dans un rayon de 4 km et entraîna des destructions considérables jusqu’à une vingtaine de kilomètres de distance.

Le Meteor Crater en Arizona. La «cicatrice» de 1,2 km de large de l’impact d’un astéroïde d’environ 50 m de diamètre. Crédit : USGS via NASA

Le Meteor Crater en Arizona. La «cicatrice» de 1,2 km de large de l’impact d’un astéroïde d’environ 50 m de diamètre.
Crédit : USGS via NASA

Aujourd’hui, un tel impact raserait une ville. D’ailleurs, les astéroïdes de plusieurs dizaines de mètres potentiellement capables de tels dégâts sont surnommés City Killers (tueurs de cités) et font partie des nouveaux dangers pris en compte par les spécialistes de ces «cailloux baladeurs» du Système solaire. On estime en effet avoir répertorié la quasi-totalité des objets de plus d’un kilomètre de large susceptibles des plus grandes catastrophes. On s’occupe aussi désormais de menaces plus petites en taille, mais pouvant causer des désastres aux échelles régionales. Cette quête pour surveiller le ciel et nous protéger est le sujet central de Chasseurs d’Astéroïdes 3D (bande-annonce en anglais ci-dessous, le film est traduit en français à la Cité de l’espace).

À la Cité de l’espace de Toulouse, ce documentaire de 38 mn réalisé par W.D. Hogan bénéfice d’une toute nouvelle salle IMAX 3D dotée d’un écran de 400m2. Des mesures spécifiques ont été mises en place pour que les spectateurs puissent porter les indispensables lunettes relief dans le respect des exigences sanitaires qui s’imposent.

Le sujet pourrait paraître anxiogène de prime abord. Cependant, Chasseurs d’Astéroïdes 3D montre surtout que, de par le monde, des scientifiques étudient ces objets avec des observatoires ou grâce à des missions spatiales. La logique de défense planétaire ainsi établie consiste tout d’abord à disposer de moyens pour détecter ceux qui suivent une trajectoire de collision. De tels télescopes automatiques de surveillance existent déjà et les renforcer avec de plus performants est en cours. L’étape suivante serait de dévier un astéroïde dangereux en organisant une mission spatiale spécifique (différents principes sont à l’étude). On notera qu’à plusieurs reprises des sondes ont été envoyées vers des astéroïdes afin de mieux en comprendre la nature, ce qui s’avère bien évidemment essentiel pour sélectionner les meilleures méthodes de déviation.

Un exemple concret européen : Hera

Une des méthodes possibles repose sur un impact volontaire d’un engin. Pour évaluer concrètement les mérites d’une telle stratégie, la NASA et l’Agence Spatiale Européenne (ESA) coopèrent avec AIDA (Asteroid Impact & Deflection Assessment). En juillet 2021, la sonde américaine DART (Double Asteroid Redirect Test) décollera en direction de l’astéroïde de 780 m de large Didymos. En septembre 2022, DART s’écrasera sur Dimorphos, la petite lune de 160 m de large de Didymos.

Illustration du concept de la mission DART de la NASA. Crédit : NASA

Illustration du concept de la mission DART de la NASA.
Crédit : NASA

C’est après cette collision qu’entre en scène la sonde Hera de l’ESA. Elle s’envolera en octobre 2024 afin d’atteindre le duo Didymos et Dimorphos à la fin 2026. Hera scrutera le cratère d’impact laissé par DART, ce qui fournira aux scientifiques énormément d’informations sur la nature de tels corps célestes. Surtout, la sonde européenne déterminera avec précision la façon dont l’orbite de Dimorphos autour de Didymos a été altérée par l’impact de DART. De tels relevés permettront de calculer comment on pourra à l’avenir dévier en toute efficacité et sécurité, si nécessaire, un astéroïde se dirigeant vers la Terre.

Illustration montrant Hera scrutant le cratère laissé par l’impact de DART sur Dimorphos. Crédit : ESA

Illustration montrant Hera scrutant le cratère laissé par l’impact de DART sur Dimorphos.
Crédit : ESA

Et pour en savoir plus, nous vous proposons ci-dessous l’enregistrement de la Journée des Astéroïdes proposée en juin 2020 par l’ESA.
Ce programme animé par Bruce Benamran a pour invités les experts suivants : Ian Carnelli (ESA), Aurélie Moussi (CNES), Patrick Michel (CNRS – Centre National de la Recherche Scientifique), Naomi Murdoch (ISAE-Supaero), Marc Serres (l’Agence spatiale luxembourgeoise) et l’astronaute de l’ESA Léopold Eyharts.